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Edito

Tour de France 2020 : Les amours déçues de Thibaut Pinot et autres histoires

Jordane Mougenot-Pelletier

Publié

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Thibaut Pinot forfait pour les Mondiaux d'Imola
Thibault Camus / AP Pool

EDITO – Jour de repos, jour d’édito. Voilà ce que l’on a retenu de la première semaine du Tour de France 2020.

Le Tour de France n’est pas tout…

Parfois, le Tour de France est un amour qui se refuse. On le convoite, on lui fait les yeux doux, on se prépare et on se fait beau. Rien à faire, il se refuse obstinément à certains ; il s’offre corps et âme à d’autres. Chaque fois, le sentiment est détestable. Tous ces efforts, tous ces sacrifices, tout ce que ça demande. Tout ça pour des défaillances, tout ça pour des blessures, tout ça pour des chutes.

Les hispters du biclou vous diront que le Tour ne fait pas tout, justement. Ils vous diront que dans le cyclisme, il y a plus d’une course par jour. Tous les jours de janvier à novembre. Que le Tour de France, avec tout ce qu’il trimballe de cadenassage et d’enjeux financiers phénoménaux, pervertit le formidable sport de mouvement et de suspense qu’est le vélo. Ces mêmes qui vous rappelleront que les courses d’un jour, ça d’accord ! là oui ! c’est le vrai esprit d’un cyclisme dont ils semblent être les détenteurs. A les écouter, on se demanderait presque ce que les meilleurs cyclistes du monde et de l’histoire ont depuis un siècle à vouloir le remporter.

… mais le Tour de France est presque tout

Le Tour de France permet au cyclisme d’être ce qu’il est dans le cœur des millions de suiveurs. C’est à la fois une porte d’entrée pour accéder à un sport aussi tentaculaire qu’addictif et une valeur refuge. On peut ne pas aimer les distributions cinq étoiles, mais force est de constater que le Tour de France est encore le meilleur moyen de voir s’affronter les meilleurs cyclistes de la planète.

Alors non, le Tour de France ce n’est pas tout. De formidables courses à gagner, il y en a d’autres. Mais le Tour de France c’est beaucoup. Courir pour le gagner, c’est énorme et le gagner c’est presque tout. Alors être prêt – mais pas assez, tout donner – sans doute trop – et finalement le perdre, c’est pour ainsi dire perdre tout.

Voilà, c’est fini

Thibaut Pinot fait partie de ceux qui sont désormais habitués à presque tout perdre. L’an passé, il n’y avait pas plus fort que lui à la pédale. Il avait englouti le Tourmalet en une bouchée, la concurrence avec. Les meilleurs n’avaient rien pu faire. Ce Tour-là était pour lui. N’était une blessure qu’on ne se fait pas sur un vélo et un adieu en larmes. Cette année que le Tour de France semblait plus ouvert que jamais et taillé pour un costaud, on l’attendait bien sûr. Mais il a fallu qu’il chute. Il a fallu qu’il soit moins bien. Un tout petit peu moins bien. Et c’est déjà fini. A la fin de la première semaine, Thibaut Pinot a perdu le Tour de France. Sans doute la fois de trop. Pinot l’a dit à trois quarts de mot, il ne prend pas assez de plaisir sur une bicyclette pour consentir de nouveau aux sacrifices que demande la préparation d’un Tour de France. On croyait que Thibaut Pinot avait tout perdu. Il a peut-être perdu davantage.

Bois d’humilité

Et puis il y a ceux à qui le Tour se donne, à qui il donne tout sans réfléchir. Et même si c’est prédit, même si on l’avait vu venir. Julian Alaphilippe fait partie de ceux-là. Un coureur d’une classe et d’un panache presque sans égal. Un cycliste qui, même sans être aussi impérial qu’en 2019, réussit encore des coups. Parce que c’est Julian Alaphilippe, parce que c’est le Tour de France. L’Auvergnat en jaune, même l’espace de quelques jours et même si une connerie l’en prive, c’est peut-être ce qu’on a vu de plus beau cet été.

Le Tour ne se trompe jamais. Il sait reconnaître les plus grands coureurs du monde. Et là, il sait que c’est le tour de Wout Van Aert. Le meilleur cycliste du monde, c’est lui. Et même s’il est, officiellement, venu comme coéquipier, il est suffisamment au-dessus du lot pour gagner déjà deux étapes. Fait du même bois d’humilité qu’un Philippe Gilbert, il sait se mettre au service d’un leader désigné quand il le faut. Chapeau.

Le temps est assassin

Le leader en question, c’est Primoz Roglic. Et il est le plus costaud du peloton. On l’avait compris depuis la reprise et son abandon dans le Dauphiné n’avait instillé qu’un doute aussi léger qu’un bob Cochonou. Primoz ne commet pas – encore ? – d’erreur. Roglic a la meilleure équipe. Primoz Roglic est le grandissime favori auquel Ineos Grenadiers semble devoir laisser le Tour pour la première fois depuis 2014. Il faut dire que Jumbo-Visma s’est donné les moyens d’aligner une équipe surpuissante. Au sortir des Pyrénées, Roglic est en jaune. Sauf à tout perdre comme dans le dernier Giro, il le sera sur les Champs.

Le Tour de France sait aussi que le temps est assassin et emporte avec lui le prestige des gagnants. Alors il surveille ses jeunes pousses. Il les couve d’un œil attendri, bienveillant mais intransigeant. Ainsi regarde-t-il Guillaume Martin, Tadej Pogacar et Pavel Sivakov. Se dit-il qu’un jour il cédera à leurs mots doux et leurs avances ? Le Tour a ses raisons que la raison devance.

Le Tour est le plus grand amoureux et la plus grande course du monde. Ceux qui essaient de se persuader du contraire ont trop souffert en amour.

JMPPMJ


Journaliste/rédacteur depuis mai 2018 - Dans mon sang coule à la fois le feu des penne à l'arrabiata et la glace du Grand Colombier. Amoureux des belles lettres et des Talking Heads, je supporte un club olympique. Intéressé par les relations qu'entretient le sport avec la société, je m'intéresse autant à Marc Cécillon qu'à Pep Guardiola, à Tonya Harding qu'à Philipp Roth. Enfant des 90's, on ne me fera pas croire qu'il y a eu plus beau à voir depuis Zinédine Zidane, Marco Pantani et Pete Sampras. La béchamel est une invention du diable, la Super Ligue aussi.

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