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Unique sélection non référencée au classement FIFA, l’Érythrée va reprendre du service

Maxime Cazenave

Publié le

Unique sélection non référencée au classement FIFA, l’Érythrée va reprendre du service
Photo Icon Sport

FOOTBALL – Dans l’anonymat le plus complet, la participation de l’Érythrée aux prochains éliminatoires de la CAN a été officialisée. Un évènement pour une sélection inactive depuis six ans.

Le 6 janvier dernier, la CECAFA (Conseil des associations de football d’Afrique de l’Est et centrale) a annoncé que l’Érythrée s’était engagée à participer aux éliminatoires de la prochaine CAN. Jusque-là, rien d’anormal, pourrait-on dire. Sauf si l’on précise que cette nation située au nord-est de l’Afrique n’a plus disputé le moindre match officiel depuis… six ans !

Plus de six ans sans match officiel

Dans le paysage footballistique, la sélection érythréenne constitue une anomalie. Lorsque l’on se penche sur le classement FIFA, elle est la seule des 213 sélections affiliées à ne pas y figurer, la faute à sa très longue inactivité.

Depuis la rencontre amicale disputée dans la capitale Asmara le 25 janvier 2020 face au Soudan (0-1), les Red Sea Boys n’ont plus disputé le moindre match. Exception faite de deux rencontres jouées l’été dernier face au Niger, avec une sélection de joueurs locaux composée à la hâte.

Si l’on remonte encore un peu plus loin, la Coupe CECAFA des Nations 2019 constitue même le dernier tournoi disputé par la sélection. Présente en éliminatoires de la Coupe du monde jusqu’à l’édition 2022, avec une élimination systématique dès le premier tour, l’Érythrée n’avait en revanche plus pris part aux éliminatoires de la CAN depuis son élimination face au Kenya en… 2008. Mais alors, pourquoi cette sélection entretient-elle une histoire aussi compliquée avec le ballon rond ?

L’Érythrée, la « Corée du Nord de l’Afrique »

Pour le comprendre, il faut se pencher sur le contexte politique. Rattachée à l’Éthiopie après le départ des Britanniques au début des années 1950, l’Érythrée a lutté durant plusieurs décennies avant d’obtenir son indépendance officielle le 24 mai 1993. Hélas, les espoirs de démocratie nés de cette libération ont rapidement été réduits à néant. Ancien membre éminent du Front de libération, Isaias Afwerki a pris le pouvoir au moment de l’indépendance.



Plus de 32 ans plus tard, ce dernier tient toujours d’une main de fer un pays qu’il a progressivement transformé en dictature refermée sur elle-même à partir de la fin des années 1990. Répression sanglante, contrôle des organes de presse, service militaire forcé sur une durée pouvant s’étendre sur de très longues années, violations systémiques des droits fondamentaux… Ce n’est pas pour rien si l’Érythrée est surnommée la « Corée du Nord d’Afrique ».



Les joueurs s’exilent en déplacement, le gouvernement muselle la sélection

Naturellement, tout cela a eu une influence considérable sur la situation du football local. Pourtant, durant les années 2000, la sélection participait encore normalement aux compétitions organisées par la CAF et la FIFA. Malgré des moyens restreints, elle était parvenue à se hisser à une honorable 121e place au classement FIFA, tout en s’offrant quelques résultats marquants : un match nul 0-0 face au Nigeria en 2000, puis des victoires 1-0 face au Kenya et 3-2 en Ouganda en 2007.

Toutefois, la situation politique du pays a conduit de multiples joueurs et membres du staff, environ 80 au total, à déserter la sélection lors de déplacements à l’étranger pour demander l’asile politique.

Depuis 2008, cela se serait produit à cinq reprises selon les informations du New York Times. En 2019 notamment, sept joueurs U20 ainsi que quatre membres de l’équipe senior avaient profité de matchs disputés en Ouganda pour s’exiler. Cette situation n’a pas été du goût du gouvernement érythréen, qui a fini par fermer les vannes en sabotant sa propre sélection.

Résultat, la Fédération s’est d’abord retirée des qualifications à la CAN à la fin des années 2000, avant de progressivement limiter les apparitions de la sélection, jusqu’à la bloquer totalement il y a désormais six ans.

Une réintégration pour ne pas s’exposer aux nouvelles sanctions de la CAF ?

Mais alors, pourquoi cet État a-t-il décidé de revenir dans le jeu alors que la gouvernance archaïque de l’époque reste toujours d’actualité ? Selon Sports News Africa, cela serait lié à une nouvelle réglementation imposée par la CAF à la fin de l’année 2025. Et qui concerne d’ailleurs directement l’Érythrée. En effet, en novembre dernier, la fédération africaine a fait parler d’elle à la suite d’un imbroglio autour de la non-participation des Érythréens aux éliminatoires de la Coupe du monde.

À l’aube des ultimes matchs décisifs, cette dernière avait bouleversé son règlement, et donc le classement dans la poule de l’Érythrée, en annulant toutes les défaites par forfait concédées par cette dernière.

Afin d’éviter un nouveau scénario de ce type et de motiver les fédérations à jouer le jeu, la CAF a tranché dans le vif. Désormais, tout forfait ou refus de jouer entraînera un retrait automatique de la compétition concernée, ainsi qu’une suspension pour les deux éditions suivantes. Le tout, agrémenté d’une amende colossale de 300 000 dollars.

Une sélection qui repart du zéro absolu

Désormais, la question est de savoir à quoi va ressembler la sélection, et dans quelles circonstances elle va pouvoir évoluer. Sera-t-elle uniquement composée de joueurs locaux, ou bien sera-t-il possible de faire appel à des membres de la diaspora évoluant à l’étranger ? Par ailleurs, le niveau actuel du football érythréen constitue lui aussi une immense interrogation, puisqu’il est quasiment impossible de trouver des informations fiables sur le championnat local depuis plusieurs années.

Excepté sur le site du ministère de l’Information, qui sert avant tout de relais à la propagande gouvernementale. Depuis 2009, le Red Sea FC et le Denden FC, deux clubs basés dans la capitale, se partagent les titres. Mais difficile d’en savoir beaucoup plus.

En ce qui concerne les joueurs, plusieurs évoluent à un niveau professionnel ou semi-professionnel à travers le globe. Né à Francfort, le milieu de terrain Henok Teklab fait naturellement figure d’étendard. Formé en Allemagne, il évolue depuis trois ans en Belgique. Actuellement à OH Louvain, il a eu l’opportunité de disputer deux matchs de Ligue des champions sous les couleurs de l’Union Saint-Gilloise l’année dernière.

On peut également penser à l’attaquant Filimon Gerezgiher, qui évolue actuellement en deuxième division néerlandaise, au FC Emmen. À Redie Habtemariam, qui a connu la troisième division, toujours aux Pays-Bas. Ou encore à l’attaquant Ali Sulieman, qui joue actuellement en première division égyptienne.

Rendez-vous les 25 et 31 mars

Ces trois joueurs font ainsi partie d’une riche diaspora disséminée aux quatre coins de la planète. Mais aujourd’hui, difficile de savoir si la renaissance de la sélection s’accompagnera d’un véritable projet. Et si ces joueurs-là seront bien intégrés. Une seule certitude : l’Égyptien Hesham Yakan sera sur le banc. Passé sur de nombreux bancs dans son pays, cet ancien international dispose d’une expérience relative dans le costume de numéro 1. Et surtout, sa dernière expérience remonte à… 2019.

En tout cas, le timing s’annonce serré pour cette sélection. Dès le lundi 12 janvier, le tirage au sort du premier tour des éliminatoires de la CAN 2027 a été effectué, et l’Érythrée affrontera donc en match aller-retour l’Eswatini, 159e nation mondiale, les 25 et 31 mars.

Un beau clin d’œil du destin, puisqu’il y a 18 ans, c’est face à ce même Eswatini, alors encore appelé Swaziland, que les Red Sea Boys avaient disputé leur ultime match dans la compétition. On aura alors une idée plus concrète du grand retour sur la scène internationale de cette nation qui s’était elle-même retirée du jeu.

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