Valentin Lavillenie : « Je suis un homme de championnat »
ATHLÉTISME – Interview avec Valentin Lavillenie qui dispute les championnats d’Europe en salle d’athlétisme. Une compétition dont il est médaillé d’argent sortant. Après un début d’hiver compliqué, il a retrouvé petit à petit ses sensations. Avec un bond à 5.71 m en 2023, il reste un outsider. Il aborde la compétition avec pour objectif de réaliser le meilleur saut possible.
Valentin Lavillenie : « L’objectif est de retrouver mon saut »
Comment abordez-vous cette compétition ?
Valentin Lavillenie : Je vais l’aborder comme toutes les compétitions. Pour une fois, je ne me suis pas dit en début d’hiver que c’était un objectif majeur. Enfin, je me le suis dit au début, mais je me suis blessé en décembre. A partir de là, je me suis juste dit que j’allais voir ce que je pouvais faire durant cette saison. L’objectif, c’était surtout de me caler et de retrouver mon saut. Il n’y a pas de vraies prétentions, car je ne sais pas si j’ai tout retrouvé. Si je le cale, je peux faire 5.70, 80 85 voire 90. Et si je fais la performance, je sais que la place viendra avec. Mais je peux être très heureux en ne faisant que 5.70 m, tant que les choses sont bien faites.
Mais si j’arrive à tout recaler et que je retrouve mon saut, je peux faire de très bonnes choses. Et réitérer ce qu’il s’est passé il y a deux ans. C’est un peu bizarre comme sentiment. Attention, cela ne veut pas dire que je ne suis pas prêt. Bien au contraire. Sinon, cela voudrait dire que je n’ai pas confiance au coach. Au contraire. Et les élites ont montré que j’étais prêt et que notre coach savait nous préparer. Margot Chevrier gagne et je fais deuxième.
« Les Europe sont ouverts et fermés à la fois »
Justement, on sent que vous avez retrouvé votre saut ces dernières semaines.
Carrément. Depuis le Meeting de Metz, où je fais 5.60 m. Depuis, j’enchaîne quatre compétitions avec 5.60 m minimum. Ce n’est même pas la hauteur qui est le plus intéressant. À Metz, je commence vraiment bas, donc j’étais un peu KO à 5.72 m. A Liévin, je change encore et encore de perche. Aux élites, je commence avec la perche avec laquelle je finis à Liévin. Mon deuxième saut à 5.70 m me laisse un peu de regrets. Au All-Star Perche de Clermont, j’étais KO, j’étais là sans être là et ce n’est pas là où j’aurais pensé aller le plus haut de l’hiver. Même si ce n’est que 5.71 m. Cela fait plaisir.
Les championnats d’Europe sont assez ouverts, en l’absence d’Armand Duplantis. On a l’impression qu’il peut tout se passer.
C’est ouvert et fermé à la fois. Il y a des athlètes qui ont sauté à 5.90 m la saison passée et cette année. C’est un niveau très fort, même sans Mondo. Oui, Mondo c’est un monde à part, il fait 6 m à chaque concours, c’est presque indécent, mais la compétition reste très relevée. Six ou sept athlètes ont fait 5.80 m cette saison. Le niveau est aussi fort qu’il y a deux ans. C’est juste que le premier n’est pas là.
C’est un championnat, avec peu de sauteurs qui y ont fait des podiums. On est 5 à avoir fait un podium européen. Menno Vloom a le record le plus haut, mais n’a pas encore concrétisé en championnat. Tu peux très bien ne pas passer en finale, car ils n’en prennent que 8. Il y a deux ans, ça passe à 5.60 m, mais là cela peut être plus haut.
Valentin Lavillenie : « Me lever tôt et sauter tôt ne me dérange pas »
Il y aura un autre facteur à gérer, c’est que le concours sera à 9 heures, soit 7 heures heure française. Pour le coup, cela ne me gène pas. Sébastien a voulu qu’on s’entraîne tôt le matin. Je l’ai fait mais depuis que je suis papa, je n’ai plus le choix, je me lève tôt. C’est mon fils qui dicte mes horaires et il est réveillé tous les jours à 7 heures. Parfois, je suis réveillé dans la nuit. Là, j’ai pris le train à 5h50 (NDLR : interview réalisée mardi matin). A 5h30, j’étais en pleine forme. Limite, cela me gêne plus de faire des concours tard le soir. J’ai pris un rythme de sommeil différent d’avant. Comme j’ai dit, l’objectif sera d’abord de caler mon saut. Je prendrai barre par barre, comme il y a deux ans.
Il y a deux ans, je ne suis pas dans le coup à 5.70 m. Je passe ensuite 5.80 m au premier essai, je suis le premier à passer. Il faudra être capable de le refaire.
Vous avez évoqué un terme intéressant, celui de concrétiser en grand championnat. Chose que vous avez su faire plus d’une fois dans votre carrière.
Je crois que je n’ai rien à prouver à personne (rires). Mais je sais que je suis un homme de championnat. Aux élites, j’arrive avec la 6e performance, je ne suis pas au top. Et je fais finalement 2e. Je n’ai pas loupé beaucoup de championnats, hormis l’été dernier, mais qui a été une saison catastrophique pour un milliard de raisons. Je sais aborder un championnat, comment faire. Et je n’ai plus le poids sur les épaules que je pouvais avoir avant. La forme monte et arrive au bon moment. Même quand la performance n’était pas bonne, j’étais là le jour du championnat. Je sais que Seb planifie bien les choses et on va arriver en forme.
« J’étais déjà avec Sébastien Reisdorffer en 2018 »
Le fait de ne plus avoir de pression, c’est l’expérience, l’âge, l’habitude ?
C’est un ensemble. J’aborde mes troisièmes championnats d’Europe en salle. J’ai fait les mondiaux, les JO, j’ai tout fait. Avec des finales aux monde et un podium aux Europe. Je me connais et si j’y vais avec le stress en en mettant partout, je vais perdre. C’est en étant relâché, en prenant du plaisir que je suis bon. Il faut garder cette notion de plaisir. Si je suis bien physiquement et mentalement, je sais que la notion de plaisir fait que cela matche. Je ne m’arrête plus sur la notion de place et de performance. Je veux sortir d’une compétition, en étant heureux et content de ce que j’ai fait.
Il y a pas mal de changements depuis un an. À 30 ans, vous aviez besoin d’un renouvellement ?
Oui et non. Le changement de coach (NLDR : Valentin Lavillenie s’entraîne avec Sébastien Reisdorffer) n’en est pas vraiment un, en sachant que j’étais avec lui en 2018, quand je fais ma plus grosse saison. Je le connais, il me connaît. C’est avec lui que je reviens après ma grosse blessure au talon. Si j’avais besoin de trouver un second souffle et de la passion, c’était cohérent que ce soit avec lui. Pour ce qui est de Toulon, c’est une ville où j’habite depuis plus d’un an et demi. Cela fait plusieurs années que j’y allais et je m’y sens vraiment bien. C’est un ensemble et des choses qui me font plaisir. Je voulais retrouver encore plus de plaisir et avoir un groupe avec une relation familiale et amicale au-delà du purement sportif.
Valentin Lavillenie : « J’ai le même regard sur ma discipline qu’il y a douze ans »
Vous confiez avoir connu un été 2022 compliqué. Est-ce que le plaisir s’était envolé ?
Oui, c’était compliqué. J’étais dans une période de recherche. Mais aujourd’hui, je suis totalement heureux dans ce que je fais. Et avec les personnes qui m’entourent.
Vous avez déjà le regard tourné vers cet été ?
Oui et non. Evidemment que j’ai déjà réfléchi à la planification des stages. Mais je suis trop focus sur les championnats d’Europe et le Perche Elite de Rouen pour penser au reste.
Vous avez une grande expérience derrière vous, quelle vision avez vous de votre sport ?
C’est la même qu’il y a douze ans. Le sport ne change pas et je n’ai jamais perdu la notion de plaisir et d’envie. Evidemment, je ne fais plus les mêmes choses qu’à 14 ans, ma vision reste la même. Si tu perds cette petite flamme qui t’anime, c’est que tu as loupé quelque chose et que tu n’as plus rien à y faire.
C’est une discipline qui a explosé médiatiquement ces dix dernières années
Je ne suis pas totalement d’accord. Il y a toujours eu beaucoup de lumière sur la perche. On a de la chance d’avoir de très grands champions en France. On a trois champions olympiques. Pierre Quinon, Jean Galfione et Renaud. On a eu beaucoup de records du monde. Avant Renaud, il y a eu Thierry Vigneron, Pierre Quinon. Des mecs qui ont œuvré pour la perche en France et même au niveau mondial. Je n’ai pas l’impression qu’on soit devenu plus des stars qu’eux.
C’est vrai que cela fait plaisir de voir des personnes extérieures à l’athlé parler en bien de notre discipline.
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