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Vendée Globe : Le tour du monde presque parfait de Charlie Dalin

Théo Gripon Auer

Publié le

Vendée Globe Le tour du monde presque parfait de Charlie Dalin
Photo Icon Sport

VENDEE GLOBE – 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes après le départ donné le 10 novembre des Sables-d’Olonne, Charlie Dalin a coupé en premier la ligne d’arrivée tracée au large de la ville vendéenne. Il boucle un tour du monde presque parfait, pulvérisant de plus de neuf jours le record de l’épreuve établi en 2017 par Armel Le Cléac’h.

Au départ de ce Vendée Globe, donné le dimanche 10 novembre à 13 h 02, personne n’aurait imaginé revoir Charlie Dalin de sitôt. On le savait, les IMOCA dernières générations, toujours plus rapides grâce à leurs foils leur permettant de voler au-dessus de l’eau, mettaient en grand danger le record de 74 jours, réalisé par Armel Le Cléac’h il y a huit ans. Les plus optimistes misaient sur un tour du monde bouclé en moins de 70 jours. Mais encore fallait-il que les planètes s’alignent et que les dieux de la mer et du vent soient favorables aux 40 skippers embarqués dans cette aventure autour du monde.

Le calme jusqu’à l’équateur

La traversée de l’Atlantique nord ne présageait pas d’un Vendée Globe record. Le calme régnait, les vents peinaient à se lever et les skippers prenaient la direction du sud en meute, sans qu’aucun ne puisse creuser d’écart par des conditions aussi paisibles.

Au large de l’île de Madère, un premier coup de vent révélait déjà le plein potentiel des bateaux les plus récents. Après quatre jours en mer, Nicolas Lunven profitait des premières conditions favorables pour établir un nouveau record de distance parcourue en 24 h par un IMOCA. Filant à 22,78 nœuds de moyenne (42,2 km/h), Nicolas Lunven parcourait 546,6 milles nautiques (1 012 km) en une journée et devenait le premier à franchir la barre symbolique des 1 000 km en 24 heures, à bord d’un IMOCA. Yoann Richomme améliorait cette marque de cinq miles une semaine plus tard, mais le manque de vent rencontré en ces premiers jours de course avait ralenti la progression de la flotte. Après onze jours de course et la traversée du pot-au-noir, Thomas Ruyant était le premier à franchir l’équateur et entrer officiellement dans l’Atlantique sud. Charlie Dalin pointait en troisième position, les treize premiers skippers se tenaient en moins de 100 milles nautiques.

Retard de Charlie Dalin sur le record d’Armel Le Cléac’h au passage de l’équateur : 1 jour, 23 heures et 7 minutes.

La course s’emballe dans l’Atlantique sud

D’un groupe de tête compact, où se confondaient les derniers IMOCA sortis d’usine aux bateaux d’ancienne génération, la flotte s’étire et les navires les plus récents prennent les devants grâce à des conditions météos plus favorables. À partir du 14e jour de course, Charlie Dalin et les skippers de tête profitent du front froid d’une dépression pour se laisser porter par des vents favorables et tirer tout droit, des côtes de Rio de Janeiro jusqu’au Cap de Bonne-Espérance. Les IMOCA les plus récents et leurs foils volent au-dessus de l’eau et creusent l’écart sur le reste de la flotte. Les records de vitesse tombent, le Cap de Bonne-Espérance est atteint par Charlie Dalin après 19 jours de course. Avec 7 jours, 18 heures et 39 minutes de navigation, il signe un nouveau record de l’épreuve sur le tronçon équateur – Cap de Bonne-Espérance.

Retard de Charlie Dalin sur le record d’Armel Le Cléac’h au Cap de Bonne-Espérance : 1 jour, 00 heure et 13 minutes.



L’Océan Indien, contraire à sa réputation

Les skippers la savent et le redoutent, naviguer entre les 40e rugissants et les 50e hurlants de l’océan Indien n’est pas de tout repos. La mer se déchaîne, les conditions deviennent chaotiques et réservent l’enfer aux navigateurs qui s’y aventurent.

Une fois n’est pas coutume, l’océan Indien n’aura pas été fidèle à sa réputation pour les skippers de tête. Le quatuor de tête, composé de Charlie Dalin, Yoann Richomme, Sébastien Simon et Thomas Ruyant, profitent d’une mer calme et d’un système météo favorable pour maintenir leur rythme effréné. Les journées à plus de 500 milles nautiques s’enchaînent, les embarcations sont mises à rude épreuve, le bruit et les secousses répétées pèsent sur le physique des skippers, mais aucun d’entre eux ne souhaite ralentir la cadence.



Dans les mers du Sud, le quatuor de tête croise sur sa route la première grosse dépression de leur périple. Charlie Dalin et Sébastien Simon prennent le pari risqué de se laisser porter par les vents du front, cette dépression, au risque de se faire rattraper par cette dernière et devoir affronter des conditions bien plus chaotiques. Plus raisonnés, Yoann Richomme et Thomas Ruyant se déportent vers le nord, à l’abri du cœur de la tempête. Les jours suivants donnent raison à Charlie Dalin et Sébastien Simon. Le skipper de l’IMOCA Macif Santé Prévoyance longe la zone d’exclusion de l’Antarctique définie par l’organisation et profite des vents favorables pour se présenter en premier au passage du Cap Leeuwin, situé au sud-ouest de l’Australie. Grâce à son pari risqué, mais gagnant, il signe un nouveau record de l’épreuve sur le tronçon Cap de Bonne-Espérance – Cap Leeuwin, en 9 jours, 22 heures et 27 minutes.

Retard de Charlie Dalin sur le record d’Armel Le Cléac’h au Cap de Bonne-Espérance : 5 heures et 58 minutes.

Bataille dans le Pacifique

Au large de la Tasmanie et après trente-deux jours de navigation, Charlie Dalin est le premier skipper à rentrer dans l’océan Pacifique. Derrière, Sébastien Simon et Yoann Richomme ont concédé jusqu’à 350 milles nautiques de retard sur l’homme de tête, mais réussissent à combler ce retard une fois les terres néo-zélandaises laissées à bâbord.

S’entame une lutte à trois dans les eaux du pacifique. Charlie Dalin et Yoann Richomme naviguent bord à bord, tandis que Sébastien Simon parvient héroïquement à faire jeu égal avec les deux hommes malgré un foil tribord gravement endommagé. Le 19 décembre, les trois skippers de tête profitent d’un système météo très favorable pour parcourir près de 600 milles nautiques en 24 heures, et passer devant la marque de référence d’Armel Le Cléac’h pour la première fois de la course.

Handicapé par son foil tribord lorsqu’il faut s’appuyer sur ce dernier, Sébastien Simon concède beaucoup de terrain à l’approche des terres sud-américaines et laisse Charlie Dalin et Yoann Richomme s’envoler. Le dernier nommé franchit le cap Horn en tête, Charlie Dalin entre dans l’Atlantique neuf minutes plus tard, le jour du réveillon de Noël.

Avance de Charlie Dalin sur le record d’Armel Le Cléac’h au Cap Horn : 3 jours, 12 heures et 58 minutes.

Dans l’Atlantique Sud, Charlie Dalin et Yoann Richomme ne se quittent plus

Les conditions extrêmement favorables rencontrées dans l’océan Pacifique ont permis à Charlie Dalin et Yoann Richomme de creuser l’écart sur le temps de référence d’Armel Le Cléach et la tendance se poursuivra durant toute la remontée de l’Atlantique.

Au large des côtes brésiliennes, une petite baisse du vent profite à Charlie Dalin qui reprend les commandes de la course. Yoann Richomme le suit de près, mais ne parvient à recoller, concédant jour après jour quelques milles sur le skipper de tête. Le 5 janvier, Charlie Dalin est le premier à franchir l’Atlantique et faire son entrée dans l’hémisphère nord. Yoann Richomme accuse alors 130 milles de retard, mais la gestion du pot-au-noir et des alizés peuvent encore rebattre les cartes.

Avance de Charlie Dalin sur le record d’Armel Le Cléac’h au passage de l’équateur : 5 jours, 9 heures et 45 minutes.

Charlie Dalin a le dernier mot

Nous y sommes. L’équateur est franchi, le pot-au-noir traversé sans encombre par les deux hommes de tête, le sprint final est lancé. Une nouvelle fois, les deux hommes de tête profitent du front froid d’une dépression pour filer à vive allure sur les eaux de l’Atlantique, portés par des vents favorables.

L’écart se stabilise entre Charlie Dalin et Yoann Richomme. Les deux skippers remontent l’Atlantique nord avec un écart de 150 milles nautiques entre eux, et profitent de la dépression pour grappiller du temps sur la marque de référence détenue, pour quelques jours encore, par Armel Le Cléac’h.

Le 9 janvier, Yoann Richomme annonce être victime d’une avarie. Une voile d’avant est tombée à l’eau et s’est déchirée. Une pièce particulièrement utile par petit temps, lorsque le vent souffle peu. S’il ne perd que relativement peu de temps au moment de l’incident, Yoann Richomme sait que la perte de cette voile lui sera fatale dans le final, le long des côtes françaises. À moins de 2000 milles des Sables-d’Olonne, la victoire de Charlie Dalin se dessine.

Elle se confirme le 12 janvier 2025 au petit matin. Éclairé par la lueur du lever du soleil, accompagné par une horde de bateaux suiveurs, Charlie Dalin franchit la ligne d’arrivée à 8 heures et 24 minutes. Le chrono final s’arrête. 64 jours, 19 heures, 22 minutes et 49 secondes plus tard, le revoilà à son point de départ. Le skipper de Macif Santé Prévoyance lève les bras et peut enfin savourer sa victoire sur le Vendée Globe, lui qui s’était promis de n’y penser qu’une fois la ligne d’arrivée franchie. Quatre ans après avoir été privé du titre par Yannick Bestaven pour seulement 2 h 30, le natif du Havre accroche à son palmarès la plus belle des courses à voile en solitaire, et pulvérise au passage le précédent temps de référence.

Avance de Charlie Dalin sur le record d’Armel Le Cléac’h à l’arrivée : 9 jours, 8 heures et 12 minutes et 57 secondes.

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