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Endurance

WEC : Ce qu’il faut retenir de la saison 2023

Antoine Ancien

Publié le

WEC Ce qu'il faut retenir de la saison 2023
Photo Icon Sport

WEC – Toyota de nouveau champion du monde, WRT domine le LMP2, Corvette à la fête en GTE…Dicodusport revient sur les faits marquants de la saison 2023 du Championnat du monde d’endurance (WEC) qui s’est achevée samedi avec les 8h de Bahreïn.

HYPERCAR : Toyota glane tous les titres mais perd le Mans

Commençons peut-être là où le bât blesse. Les 10 et 11 juin derniers, le constructeur nippon s’avançait comme le grand favori pour remporter le centenaire des 24 Heures du Mans. C’était sans compter sur Ferrari. Les bolides rouges frappés du cheval cabré ont mené la vie dure aux GR010 Hybrid. Et à l’issue d’une longue bataille, Toyota a dû céder son bien qu’il détenait depuis 5 ans. Deuxièmes à l’arrivée derrière la Scuderia, les pilotes de la #8 Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryo Hirakawa peuvent se consoler en ayant décroché un nouveau titre mondial samedi lors des 8h de Bahreïn. Une victoire lors des 6 Heures de Portimão et aux 8 Heures de Bahreïn ont suffi au trio pour devancer leurs coéquipiers de la Toyota #7.

Si la défaite lors des 24h du Mans a fait très mal aux hommes de Pascal Vasselon, Toyota reste le maître de la discipline. Son expérience par rapport à ses concurrents qui disputaient leur première saison a été la clé de son succès. Résultat : 6 victoires en 7 courses, assorties de 4 doublés avec en prime un sixième titre des constructeurs. Le bilan est quasi parfait.

La saison plus que réussie de Ferrari

Seul constructeur capable de contester la domination de Toyota, la Scuderia Ferrari s’est montrée à la hauteur des attentes placées en elle. Réussissant d’entrée de jeu à réaliser la pole position lors des 1000 Miles de Sebring, première manche de la saison, Ferrari s’est distingué comme étant la deuxième force du plateau. Son principal fait d’armes n’est autre que sa victoire aux 24h du Mans. Antonio Giovinazzi, James Calado et Alessandro Pier Guidi ont permis à l’écurie de Maranello de renouer avec son glorieux passé, en l’emportant 58 ans après la dernière victoire de Ferrari dans la Sarthe. Certes, les deux 499 P ne remporteront pas la moindre autre course du calendrier. Ce n’est pas le plus important. En terminant deuxième au classement des constructeurs, Ferrari, auteur de six podiums cette saison est déjà tourné vers 2024. Après le Mans, nul doute que son objectif sera de faire jeu égal avec Toyota durant l’intégralité de la saison. Et qui sait, de s’adjuger peut-être la couronne mondiale.

Cadillac souffle le chaud et le froid, Porsche en difficulté

La première partie de saison de la V-Series.R est à souligner. Avec une seule auto, Cadillac a toujours réussi à décrocher des places d’honneur derrière Toyota et Ferrari. Deux fois au pied du podium à Sebring et à Portimao, l’Américaine au moteur V8 a surpris tout son monde en juin dernier. Au Mans, Alex Lynn, Richard Westbrook et Earl Bamber ont connu une course linéaire, sans le moindre souci. L’équipage de la #2 s’est offert la troisième marche du podium. Signe d’une fiabilité exemplaire et d’une certaine vitesse de pointe, Cadillac a devancé Porsche et Peugeot. Mais sa saison, si belle jusque-là s’est transformée en une longue traversée du désert à partir des 6h de Monza. 10e à Monza et à Bahreïn, et 11e à Fuji, la faute notamment à des erreurs de pilotage, des pénalités dans les stands ainsi qu’à des performances en berne. Il reste encore du travail à faire pour Cadillac qui, en 2024 n’engagera encore qu’une seule auto en championnat.

De son côté, Porsche n’a pas effectué le retour escompté en catégorie reine. Malgré deux podiums obtenus à Portimao et à Fuji, les 963 ont cruellement manqué de vitesse de pointe à de trop nombreux meetings. Mais peut-être encore plus de fiabilité. Au Mans, alors qu’elles ont tour à tour mené l’épreuve à un moment donné, elles ont été rattrapées par des ennuis mécaniques. Seules deux d’entre elles, parmi les quatre au départ (trois officielles et une privée) ont fini l’épreuve dans les profondeurs du classement. L’écurie Jota aura peut-être été la bonne surprise de cette fin de saison, jouant notamment une place sur le podium à Bahreïn samedi. Mais les hommes d’Urs Kuratle vont devoir revoir leur copie en 2024. Avec l’arrivée de nouveaux constructeurs, il ne va pas falloir se rater pour une marque habituée à jouer les premiers rôles.





Glickenhaus sort par la grande porte, Vanwall pas au niveau

C’était prévisible. C’est malheureusement devenu officiel il y a quelques semaines. James Glickenhaus a annoncé qu’aucune de ses voitures ne s’engagerait pour la saison 2024 du WEC. 2023 restera donc la dernière année de compétition au niveau mondial des prototypes américains. « Pour être compétitifs, nous devrions faire une version évoluée de la voiture et en faire rouler deux. Ce n’est pas viable pour un privé : la seule manière de le faire serait avec des sponsors, ou si un client voulait faire un programme avec notre voiture » déclarait récemment le patron de la Scuderia Glickenhaus dans les colonnes de Motosport.com. Il ajoutait également le fait de ne pas pouvoir se battre à « armes égales » avec les constructeurs d’usine.

Reste que Glickenhaus a été un acteur majeur du championnat durant trois saisons. Cette année, le « petit poucet » de la catégorie avec Vanwall a réussi à terminer l’édition du centenaire des 24h du Mans en finissant à de très belles 6ème et 7ème places, devançant au passage Peugeot et Porsche. Mais les passionnés d’endurance se souviendront surtout du podium de la SCG 007 dans la Sarthe en 2022. Richard Westbrook, Ryan Briscoe et Franck Mailleux avaient fini meilleurs des autres derrière les deux Toyota. Inévitablement, le team privé manquera à la discipline.

Au contraire de Glickenhaus qui a essayé tant bien que mal de figurer parmi les « gros » cette année, Vanwall n’a jamais véritablement pesé au cours des 7 courses. L’écurie de l’Autrichien Colin Kolles a abandonné à de trop nombreuses reprises et n’a pas figuré une seule fois dans le top 10 cette saison. Avant même la classique mancelle, elle a évincé de son programme Jacques Villeneuve, bien en-deçà au niveau de la performance. Tom Dillmann a de son côté jeté l’éponge au lendemain du double tour d’horloge, certainement agacé par le manque de constance d’une équipe (ex Bykolles du temps du LMP1) qui année après année n’arrive tout simplement pas à rallier l’arrivée de la majorité des courses qu’elle dispute. Ou alors dans l’anonymat le plus complet. Reste à savoir si l’équipe privée souhaite continuer l’aventure en 2024.

LMP2 : Team WRT en patron

Vincent Vosse et ses protégés avaient une revanche à prendre. Battu en 2022 par Jota qui s’était adjugé les titres équipes et pilotes, Team WRT, champion du monde il y a deux ans a remis le couvert au soir des 8h de Bahreïn. La victoire de Louis Delétraz, Robert Kubica et Rui Andrade samedi dernier a entériné le classement. Le trio de l’Oreca, couvé par WRT, devient champion du monde. Le bilan des trois hommes en 2023 est plus que probant. 2 victoires et 5 podiums au total. Leur pire classement aura été une 4ème place obtenue à Portimao et à Monza.

Deuxième des équipes LMP2 à la surprise générale : Inter Europol Competition. Révélation de l’année, la seule auto engagée par l’écurie polonaise a fait sensation en s’invitant parmi les meilleures. Ce qui est certain, c’est que personne n’a vu venir sa victoire lors des 24h du Mans. Sa seule et unique victoire de la saison, certes, mais quelle victoire acquise, devant WRT ! Mais pas de titre mondial pour Albert Costa, Fabio Scherer et Jakub Smiechowski, seulement 6èmes à l’arrivée des 8h de Bahreïn.

Notons la campagne décevante de United Autosports, troisième au classement équipes et Jota, sixième. Alpine, pour sa part ne s’est pas montré à son avantage mais prépare déjà la saison prochaine avec son A424 qui viendra se mêler à la lutte pour la victoire en catégorie Hypercar.

En 2024, rappelons qu’aucune LMP2 ne participera au WEC, la catégorie disparaissant afin de faire plus de places aux nouvelles GT3. Les LMP2 continueront cependant d’animer les championnats d’endurance en Europe (ELMS), en Asie (ALMS) ainsi qu’aux États-Unis (IMSA). Enfin, 15 places au minimum leur seront réservées pour les 24h du Mans.

LM GTE Am : Corvette sur son petit nuage

Pour la dernière des GTE, Corvette Racing n’a laissé que des miettes à ses concurrents. Seule auto engagée à l’année, la « vette » auréolée du numéro 33 a donné le ton dès la première course. A domicile, sur le tracé floridien de Sebring, le trio Keating-Catsburg-Varrone s’est offert le début d’un récital. Un récital qui s’est poursuivi à Portimao avec une nouvelle victoire. Deuxième dans les Ardennes belges, Corvette a imprimé un gros rythme au Mans pour revenir dans le match… Après une immobilisation de 10 minutes au stand en début de course. 4ème à Monza, les hommes du team manager Laura Wontrop Klauser ont officialisé leur titre mondial. Une belle récompense, fruit d’un travail de longues années.

Derrière, il convient de tirer un gros coup de chapeau au trio 100% féminin des Iron Dames. Sur leur Porsche, Rahel Frey, Sarah Bovy et Michelle Gatting ont obtenu leur toute première victoire en WEC aux 8h de Bahreïn. Une victoire historique assortie d’une deuxième place au championnat des équipes. Leur régularité cette saison aura donc fini par payer.

L’émotion était palpable samedi dans les paddocks de Bahreïn. Et pour cause, il s’agissait de la dernière apparition en course des GTE, remplacées dès l’année prochaine par les GT3. Porsche, Ferrari, Corvette, Aston Martin, BMW, Ford et Lexus entre autres devraient être de la partie.

La Balance de Performance contestée et contestable

Ne pas en parler serait une faute. Une nouvelle fois, la Balance de Performance (Bop) censée équilibrer les performances entre LMH et LMDh a été au cœur de toutes les polémiques. Si celle-ci semble avoir été acceptée comme règle du jeu par les concurrents, encore faut-il que les organisateurs respectent le système qu’ils mettent en place. En préambule de la saison, seul un ajustement entre les LMH d’un côté et les LMDh de l’autre pouvait donner lieu à des modifications d’une course à l’autre. C’est ce qui s’appelle la Bop Platform. Or, moins de deux semaines avant les 24h du Mans, un changement complet de la Bop est venu pénaliser ou avantager certains constructeurs, peu importe leur sous-catégorie. Toyota aura beau crier au scandale, rien n’y changera. Ferrari de son côté sera lésé après le Mans et sur les trois courses restantes, pénalisé au niveau du nombre de kilos et de la puissance en kw. Porsche, Peugeot et Cadillac connaîtront également des fortunes diverses.

Bien sûr, il n’est pas question ici de remettre en question le sacre de Ferrari aux 24h du Mans. Bop ou pas, il ne souffre d’aucune contestation d’autant que Toyota a eu l’opportunité de l’emporter. La bataille fut âpre du début à la fin mais le trio vainqueur a commis moins d’erreurs que son principal adversaire. A l’inverse, il faut reconnaître que sur l’ensemble de la saison, Toyota a bénéficié de son expérience, longue de 11 ans dans la discipline. Alors non, la Bop ne justifie pas tout mais au vu de son utilisation, on peut légitimement penser qu’elle est contraire aux valeurs du sport. A pénaliser les constructeurs qui ont le plus travaillé pendant l’hiver et à favoriser les mauvais élèves, elle agace passablement spectateurs, passionnés, pilotes et staff. Alors que Lamborghini, BMW, Alpine et Isotta Fraschini arrivent en catégorie reine l’année prochaine, il serait tellement dommage de faire fuir les constructeurs avant même d’avoir pu profiter d’un championnat disputé. La FIA et l’ACO savent ce qu’il leur reste à faire. La balle est dans leur camp. A eux de jouer.

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