Que deviennent les anciens joueurs français de NBA ? #4 : Tariq Abdul-Wahad
NBA – Cette saison, 12 Français foulent les parquets de la NBA, ce qui constitue un record. Pour en arriver à un tel chiffre, il a fallu qu’une génération plus ancienne montre le chemin. Tariq Abdul-Wahad en fait pleinement partie. Premier tricolore à disputer un match officiel de NBA en 1997, il a marqué l’histoire. Il a ensuite disputé six saisons dans quatre franchises dans la grande ligue. Si sa carrière NBA a été plus qu’honnête, « TAW » est depuis tombé dans l’oubli du public français, en partie à cause de ses sorties médiatiques discutables et de son éloignement vis-à-vis de la France. Retour sur les activités qui l’animent aujourd’hui dans sa vie de retraité.
Carrière NBA
Statistiques
- 6 saisons
- 1830 points (7.8 de moyenne)
- 776 points (3.3 de moyenne)
- 266 passes décisives (1.1 de moyenne)
- 42% au tir, 24% de loin et 70% aux lancers francs
Palmarès
- 2 campagnes de playoffs
- Finales de Conférence Ouest avec les Dallas Mavericks en 2002/03
Tariq Abdul-Wahad est un nom qui reste relativement méconnu du grand public français. Il a pourtant été un joueur NBA tout à fait respectable, qui a joué quasiment 150 matchs comme titulaire, entre la fin des années 1990 et le début des années 2000. En six saisons dans la grande ligue, TAW a connu quatre franchises : les Kings de Sacramento, où il a été drafté, le Magic d’Orlando, les Nuggets de Denver et les Mavericks de Dallas. Mais ce n’est pas par ses prouesses ou par sa longévité qu’il a marqué l’histoire. C’est par le fait qu’il soit un pionnier. En 1997, il devient officiellement le premier Français à évoluer en NBA. Hervé Dubuisson l’avait précédé 13 ans plus tôt, en 1984 avec les New Jersey Nets, mais s’était arrêté à l’étape de la Summer League. Abdul-Wahad est le premier à jouer un match de saison régulière et de playoffs.
Joueur athlétique d’1m98 pour une centaine de kilos, il a joué toute sa carrière comme arrière/ailier. C’est d’ailleurs afin de connaître le rêve américain qu’il s’est dirigé vers ces postes. Les entraîneurs français, sur son début de carrière, le voyaient plutôt comme un intérieur. Il l’a décrit dans un entretien à All-the-TALK en octobre 2020 : « Si j’avais suivi le cursus du basket français, j’allais être un pivot de 2 mètres. Et ça, ça ne m’intéressait pas. Ce qui m’intéressait, c’était d’apprendre à jouer ailier et arrière, pour pouvoir aller jouer à l’université et en NBA. »
Durant sa carrière, Abdul-Wahad s’est plus concentré sur la défense. C’est principalement ce qui l’a amené à jouer plus de 60% de ses matchs en tant que titulaire. Son expérience américaine a cependant été écourtée par les blessures au début des années 2000. Mais aucun regret pour lui. « Dans l’ensemble, pour un gamin français qui a rêvé de NBA, c’était une expérience extraordinaire […] Même si je me suis blessé, que ma carrière n’a pas été aussi fulgurante que je voulais en tant que compétiteur, même si je n’ai pas été All-Star… L’expérience est quand même énorme. » Par la suite, pour affronter une après-carrière arrivée plus tôt que prévue, TAW s’est reconcentré sur les essentiels.
🇫🇷 25 juin 1997 🗓️
Après deux saisons réussies en NCAA, Tariq Abdul-Wahad est drafté par les Sacramento Kings en 11e position 🏀
L’ailier devient le premier joueur tricolore à évoluer en NBA, 3 ans plus tôt que Jérôme Moïso (2ème) et 4 ans avant @tonyparker (3ème). pic.twitter.com/qCP3mP7MRQ
— SPORTRICOLORE (@sportricolore) June 25, 2020
Famille et convictions
Abdul-Wahad est un musulman pratiquant très attaché à sa religion. C’est dans ce sens qu’il a changé de nom en 1997. Né Olivier Saint-Jean, il s’est officiellement renommé Tariq Abdul-Wahad la veille de son premier match NBA. Un choix hautement symbolique pour lui et qui l’a aidé dans sa carrière. « L’Islam m’a apaisé, m’a permis de relativiser les choses. […] Les joueurs de NBA ont beaucoup d’arrogance. Ça vient avec l’environnement là-bas. Réussir à rester humble dans un milieu comme ça, ça a bénéficié à mon expérience. J’ai eu une meilleure expérience en NBA en étant musulman que j’aurais eu si je n’avais pas été musulman. Ça m’a permis de me cadrer et de voir les choses avec lucidité. » Après sa carrière sportive, le natif du Val-de-Marne a lancé plusieurs projets et initiatives en rapport avec l’Islam. Sa pierre intelligente « iHajar », assistant personnel à la prière musulmane lancé en 2014, en est un exemple.
La religion a donc appris à Abdul-Wahad des valeurs qui ont été utiles dans sa carrière. Des valeurs qu’il transmet aujourd’hui à ses 3 enfants, élevés en Californie. La fin de carrière prématurée du basketteur l’a amené à passer plus de temps avec sa famille. Il vit aujourd’hui avec eux à San Jose, non loin de Sacramento, où il a passé ses deux premières saisons NBA. L’occasion de les initier au sport professionnel, et pour lui de rester dans ce monde-là.
Aux amateurs et fans de basket 🇫🇷, 2ème volet de mon entrevue dans ALL THE TALK avec Tariq Abdul-Wahad ✨ 🏀. On y parle de sa relation avec @ffbasketball , de sa culture basket , de politique aux 🇺🇸,@tonyparker et plus …https://t.co/TRwfqfkLXT pic.twitter.com/3OmGanhlnb
— Greg Arkhurst (@Greg76kk) October 26, 2020
Entraîneur sportif
C’est donc dans l’objectif d’aider ses enfants que Tariq Abdul-Wahad s’est reconverti en coach cette dernière décennie. Ses 3 enfants, qui ont tous la vingtaine, ont choisi le sport professionnel, comme lui. Un au football, et deux dans le tennis. C’est pour former ces deux derniers que le basketteur a monté «NorCal», une académie privée de tennis à San Jose. Celle-ci s’est élargie avec le temps, jusqu’à accueillir des dizaines d’adolescents. Avec pour objectif de les faire progresser avant qu’ils rejoignent le circuit universitaire, très développé aux États-Unis, puis le circuit professionnel.
En ce qui concerne le basket, il n’en est jamais vraiment sorti. Il s’est essayé à plusieurs expériences après sa carrière. Au niveau universitaire d’abord, puisqu’il a été coach assistant de la section féminine des Monterey Bay Otters, en Division 2 de NCAA, sur la saison 2011/12. Il s’est ensuite consacré au modeste lycée Lincoln, à San Jose, où il a entraîné les garçons pendant trois ans, de 2013 à 2016. En parallèle, il dirige depuis 2010 une académie privée de jeunes filles, la BlueSox Basketball. Un poste qu’il occupe encore aujourd’hui. Dans son après-carrière, Abdul-Wahad a donc préféré rester loin des projecteurs, et au plus proche de la jeunesse locale. Les jeunes qu’il entraîne aujourd’hui sont d’ailleurs honorés d’être supervisés par un ancien joueur de NBA, eux qui préfèrent généralement des postes au niveau universitaire ou professionnel.
En résumé, un peu comme dans sa carrière sportive, Tariq Abdul-Wahad vit aujourd’hui dans l’ombre. Les Français qui ont marché dans ses traces, comme Tony Parker ou Boris Diaw, prennent la majorité de la lumière médiatique. Le pionnier des Tricolores en NBA vit donc une vie tranquille en Californie, loin des caméras mais toujours au plus près du sport. Comme il l’a expliqué en interview : « On est toujours dans le sport. Quand on est sportif, on n’en sort jamais vraiment. » Lui qui a connu l’exigence de la NBA a beaucoup de choses à apprendre aux futures générations.


