Nous suivre
Edito

CAN 2022 : Un seul perdant, le football africain

Idriss Ahamada

Publié le

CAN 2022 Un seul perdant, le football africain
Photo Icon Sport

ÉDITO – Oui, les Comores ont été admirables dans la défaite face au Cameroun hier soir (1-2). Mais cette belle histoire ne doit pas faire oublier l’organisation catastrophique de cette CAN 2022.

Exemplaire de courage et d’abnégation hier soir, l’équipe des Comores a gagné le cœur de milliers de personnes à travers le monde pour sa première participation à une CAN. Des hommages du monde entier ont afflué sur les réseaux sociaux après le match, et les Coelacanthes peuvent être très fiers de leur parcours. Néanmoins, une organisation n’a pas de quoi être fière ce matin : la Confédération Africaine de Football (CAF). Toute la préparation de ce match a été ubuesque. Retour sur les faits.

La CAF invente le changement de règlement en cours de compétition

Concernant les cas de COVID-19, le règlement était simple. En cas de test positif, un joueur devait être isolé pendant 48 heures. Passé ce délai, un autre test était effectué. S’il s’avérait négatif, la réintégration au groupe pour les entraînements était immédiate. La participation à un match était elle conditionnée au passage d’un test cardiaque et au don d’une dérogation par la CAF. Samedi matin, les Comores ont fait leurs tests habituels auprès du décrié laboratoire Unilabs. Et le résultat fut sans appel : 7 joueurs (dont les deux gardiens restants Ali Ahamada et Moyadh Ousseni) et 5 membres du staff, dont le sélectionneur Amir Abdou, sont positifs.

Comme le veut le règlement, les Comoriens ont attendu 48 heures pour effectuer de nouveaux tests. Le matin du match, bonne nouvelle. Le gardien Ali Ahamada et le milieu de terrain Yacine Bourhane sont négatifs. Les deux joueurs ont également passé avec succès les tests cardiaques requis pour retrouver les terrains. Une fois cet obstacle passé, tout le monde s’est dit que la CAF allait accorder la dérogation, et que les Comoriens allaient pouvoir compter sur un gardien de métier pour ce match. Il paraissait impossible qu’une équipe dispute un match important du tournoi principal du continent sans gardien de but.

Mais à quelques heures du coup d’envoi, les espoirs des Coelacanthes ont été douchés. En effet, la CAF a refusé d’accorder une dérogation aux Comores. Pourtant, les Tunisiens ont pu en avoir une la veille pour Wahbi Khazri et Mohamed Drager, eux aussi positifs la semaine passée. Ce refus se justifie par une raison absolument incroyable : la CAF a changé le règlement en cours de route !



Dimanche à 18h, (soit après le coup d’envoi des premières huitièmes de finale), la CAF a envoyé un mail informant que les cas positifs devaient désormais s’isoler durant 5 jours. Se cachant derrière cette nouveauté, la CAF va refuser une dérogation pour que les Comores puissent aligner Ali Ahamada. Ils vont même pousser le zèle jusqu’à l’interdire d’accès au stade ! Privés de gardien de métier à cause de cette décision ubuesque, les Comoriens n’ont eu d’autres choix que d’aligner le latéral gauche Chaker Alhadhur dans les buts. Mais leurs malheurs ne se sont pas arrêtés là.





Une escorte pour les stars du rap en visite, mais pas pour la sélection comorienne

Vous pensiez qu’on avait touché le fond ? Détrompez-vous ! L’équipe des Comores a quitté son hôtel avant le match et s’est rendue au stade en bus. Mais leur trajet s’est fait sans escorte policière ! Le bus a donc été coincé dans les embouteillages camerounais. Les joueurs ont été contraints de commencer à se préparer à l’intérieur du bus pour que le match puisse démarrer à l’heure.

Dans le même temps, Rohff, star du rap français en visite au Cameroun, a pu profiter d’une protection policière pour se rendre au stade. La CAF et les autorités camerounaises ont décidément le sens des priorités.

Pour être respecté, il faut être respectable

Cette CAN au Cameroun devait être la grande fête du football africain. Décriées en raison des multiples reports et des retards de construction des stades, la CAF et les autorités camerounaises avaient une occasion en or de montrer que le football africain mérite plus de respect. Et malheureusement, ils l’ont laissée passer.

Entre les tests Covid critiqués, l’état déplorable de certaines pelouses, l’absence d’eau dans des vestiaires et la sortie du sélectionneur gambien sur les conditions d’hébergement, la CAF et les autorités camerounaises ont montré une image lamentable du foot africain. Si les Comoriens ont gagné l’affection de milliers de personnes hier, la CAF a elle perdu le respect de millions d’autres. Des personnes désireuses de s’impliquer dans le foot là-bas, joueurs, dirigeants, entraîneurs, vont sans doute revoir leur jugement à cause de ce fiasco.

Si on devait résumer les dernières 24 heures, le Cameroun a gagné sur le terrain. Grâce à leur courage, leur attitude digne face aux éléments contraires et leur jeu sans complexe malgré une infériorité numérique, les Comores ont gagné dans les cœurs. Mais le football africain, dans son ensemble, a perdu hier soir. Et cette défaite cuisante va laisser des traces.

 

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *