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Cyclisme sur route

Axel Zingle : « J’aspire à me rapprocher des meilleurs mondiaux »

Etienne Goursaud

Publié le

Axel Zingle J'aspire à me rapprocher des meilleurs mondiaux
Photo Icon Sport

TOUR DES FLANDRES 2023 – Interview de Axel Zingle (Cofidis), qui va découvrir son premier Monument ce dimanche. Le coureur originaire de Mulhouse effectue un bon début de saison, avec une victoire sur la Classic Loire-Atlantique. Il vient de terminer 12ème d’A Travers La Flandre ce mercredi. Son meilleur résultat sur une course WorldTour. Entretien.

Axel Zingle : « Un bon début de saison, sans être exceptionnel »

Tu termines à la 12ème place d’A Travers La Flandre. Considères-tu la course comme un cap franchi ?

Axel Zingle (Cofidis) : Je ne pense pas, car je n’ai pas disputé énormément de courses de ce niveau pouvant me convenir. Si un cap a été franchi, c’est plutôt cet hiver, en récupérant de 2022. Et en début de saison sur le plan physique. Sur cette course, j’ai fait ce que je savais faire et pour moi, il n’y a pas de surprises.

On peut dire que c’est une confirmation de ce début de saison. Tu en es satisfait ?

Cela peut toujours être mieux. À Oman, je suis arrivé malade, je suis passé un peu à côté. A Majorque, je marchais super bien, mais je n’ai pas réussi à lever les bras. On aimerait toujours que ce soit mieux, mais on peut dire que c’est un bon début de saison. Sans que ce soit exceptionnel. On ne peut pas dire non plus que j’en sois déçu. Mais je vois que les jambes sont bien et que je continue de progresser. Il y a beaucoup de positif, malgré des courses où je me suis loupé. Il faut essayer de tirer les leçons quand cela se passe mal et savourer les bons moments.

Comme tu l’as confié à nos confrères de Direct Vélo, ce fut un soulagement de lever les bras à la Classic Loire Atlantique.

Franchement, oui. Je voulais gagner rapidement et on commençait à arriver fin mars. Donc il était temps. Pour se dire qu’on est capable. Et que c’est ma place. Je commençais à avoir une petite pression, que je me mettais moi-même. Je vais avoir des courses WorldTour au programme. Ce sera moins facile de lever les bras. Mais il y aura des courses Pro Series ou Classe 1, avec l’occasion de scorer si les jambes sont bonnes. Je m’en réjouis aussi.

« Quand on s’investit, on est payé en retour »

En discutant avec toi, on sent vraiment que tu places le curseur d’exigence très haut.

C’est nécessaire ! On en rigolait ce matin (NDLR : interview réalisée ce jeudi après-midi), car on a fait la reconnaissance du Tour des Flandres. On a roulé 90 kilomètres et on était un peu fatigué d’hier. Max Walscheid m’a demandé si c’était une sortie un peu à la con. Je lui ai dit que si on pouvait espérer gagner des courses sans s’entraîner, on le ferait. Mais malheureusement, il n’y a pas cette possibilité, donc j’essaye de donner le meilleur de moi-même. Car c’est comme cela que je peux me faire plaisir en course, sur le vélo. C’est déjà assez dur comme ça, donc si c’est pour aller sur une course pour subir… Ce n’est pas comme ça que je vois le vélo et j’essaye toujours de faire les choses bien. Quand on s’investit, on est payé en retour.

C’est ce qui t’as permis d’exploser en 2022, avec ces trois victoires et de nombreux tops 10 ?

Je pense que oui. Je suis arrivé chez les pros l’an dernier. Et les performances sont le fruit de presque dix ans de travail. Même en VTT, même chez les amateurs, j’avais le même état d’esprit. Ce sont des automatismes, apprendre à connaître son corps, se préparer. Des choses qui servent pour la suite. Quand on se prépare pour une course et que le jour J on se loupe, malgré tout, tu sais que ton travail ne sert pas à rien. Et que ca paye plus tard. Évidemment, il y a des coureurs très précoces. Mais il faut quand même du travail de long terme.





Et c’est vrai qu’on en oublierait presque que tu n’as que 24 ans. Tout le monde n’a pas les mêmes résultats à ton âge.

Et il y a des coureurs qui ont de meilleurs résultats à mon âge ou en étant plus jeune. J’essaye de me comparer à ceux devant. Et je ne me considère presque pas comme un jeune. Il y a dix ans, j’aurais été jeune. Maintenant, un jeune est quelqu’un qui sort des rangs juniors et qui passe pro directement. En juniors, j’étais 100 % VTTiste. Mais j’ai mon histoire et ma propre trajectoire. Et je suis content d’avoir fait ce que j’ai fait. Cela m’apporte beaucoup aussi.

Axel Zingle : « Je suis admiratif de Philippe Gilbert »

Tu regardes les résultats de quel coureur en particulier ?

Je regarde beaucoup des coureurs qui ont un profil similaire au mien. De jeunes sprinteurs, des coureurs de classiques, des puncheurs. Je regarde aussi des grimpeurs parce que je les aime bien, mais ce n’est pas mon profil, donc je m’identifie moins. J’essaye d’égaler les meilleurs. Mais ce n’est pas facile, car il y a beaucoup d’excellents coureurs et j’en suis encore loin. Mais c’est important de viser un bon résultat. Et prendre le départ d’une course pour essayer de la gagner. Même si souvent, ce n’est pas possible.

Tu as évoqué la polyvalence. C’est vrai que tu es à l’aise au sprint, que tu as du punch et maintenant, tu viens sur les pavés. Tu te définis comme un coureur ayant quel profil ?

J’avoue que j’aurais aimé être un grimpeur, mais je n’ai pas la génétique pour malheureusement. Ce qui va me correspondre dans le futur, ce sont les classiques d’un jour, Flandriennes ou autres, comme Milan-San Remo. C’est ce que je vais viser à terme. J’ai la chance d’avoir un très bon punch et je trouve que ce sont des efforts sympas. J’aimerais bien essayer de viser les arrivées montantes. Cela ne me fera pas de mal dans les classiques. Cette double-casquette me convient bien.

Il y a une course qui te fait rêver ?

Le Tour de Lombardie, mais comme je dis, je ne pense pas avoir les caractéristiques pour gagner (rires). Quand je discute avec mes coéquipiers, je dis toujours que je suis admiratif de Philippe Gilbert. Il a réussi à gagner les Flandriennes, Liège et le Lombardie. Je ne comprends toujours pas comment il a fait. J’aimerais être ce type de coureur-là, capable de briller un peu partout. D’asphyxier les autres dans les bosses et dans les secteurs pavés. Je serais fier de gagner une course comme la Flèche Wallonne. Une course qui se joue à la pédale. C’est toujours le plus fort qui gagne, ce qui est rare dans le cyclisme. Évidemment, il y a un peu de placement, mais cela se résume à une course de côte d’un kilomètre. C’est assez beau.

« Je serai au départ du Ronde »

D’autant que tu as un profil à la Michael Matthews, qui a déjà eu des résultats ici.

Pourquoi pas ! Même si je serais content d’avoir un jour son palmarès. Il est vraiment impressionnant.

Au sein de la Cofidis, il y a des coureurs, des vieux briscards, qui continuent à te donner des conseils aujourd’hui ?

Bien sûr. Je peux citer les piliers de l’équipe. Ceux qui sont là depuis longtemps et avec qui j’ai beaucoup couru. Comme Pierre-Luc Périchon ou Anthony Perez. Des coureurs toujours prêts à aider les jeunes et qui ne nous voient pas comme des concurrents. Ils sont contents de nous voir là et sont très positifs. Ils ont envie de nous apprendre à bien courir. C’est précieux. Sur un profil différent, il y a Guillaume Martin que j’admire beaucoup. Il y a également Simon Geschke, toujours de bon conseil. Il y a les coureurs belges de classiques, mais aussi Max Walscheid.

Tu as parlé de reconnaissance du Ronde. Tu n’es pas sur la startlist provisoire, tu nous confirmes ta présence dimanche ?

Oui, je serai au départ de mon premier Monument.

Axel Zingle : « Il faut connaître la course et savoir où se placer »

Comment abordes-tu cette course ?

Je ne sais pas trop. J’ai l’impression de m’embarquer dans une galère (rires). Aujourd’hui, sur la reconnaissance, c’était dur. On connait les monts et le plus dur c’est l’enchaînement. La distance me fait un peu peur. J’essaye de me raisonner en me disant que même si la course est dure sur le papier, les coureurs seront les mêmes que sur les autres classiques que j’ai faites. Il n’y a pas de raison que je sois hors du coup. Je suis bien en ce moment et il faut courir comme d’habitude. C’est tellement long que cela va bien finir par se poser à un moment donné. C’est sûr que si cela court à l’allure de l’Omloop, de l’E3 ou de La Flandre, ce sera compliqué de tenir la distance. Mais c’est pareil pour tout le monde. J’arrive le couteau entre les dents. Et si j’explose, j’explose. Mais je veux me faire plaisir.

95e de l’Omloop, 53e de l’E3, 12e mercredi, tu montes en régime.

D’après mes calculs, je dois faire une place négative au Ronde (rires). Mais être dans les 10, ce serait super.

Des cyclistes qui font top 10 au Ronde dès leur première participation, c’est rare.

Effectivement, je ne pense pas qu’il y en ait énormément. Même un top 20 serait un bon résultat, attention. Mais on ne prend jamais un départ pour essayer de faire 20e, sinon ce n’est pas la peine. Je vais essayer de faire une course propre. Ce sont des courses spéciales, où le placement est important. Il faut connaître la course et les enchaînements, pour savoir où se placer. Cela va venir avec le temps. C’est la bonne année pour découvrir ces courses. Car c’est là que je veux briller à l’avenir. Il faut la bonne forme, éviter les chutes et les pépins mécaniques. Puis être bien placé. Beaucoup de facteurs à prendre en compte pour, ne serait-ce que faire un top 15 comme mercredi. Je fais une course assez propre, même si c’est loin d’être parfait. Et je ne suis pas dans le top 10. Donc il y a du chemin.

« Je peux progresser partout »

Mais avec du beau monde derrière toi.

Oui, mais je préfère regarder ceux qui sont devant. Et il y a 11 coureurs devant et on ne peut pas se satisfaire d’une 12e place. Même si c’est déjà mieux que la 53e place sur l’E3. Et je ne parle même pas de l’Omloop. Cela va dans le bon sens.

Dimanche, il y aura Mathieu van der Poel et Wout Van Aert. L’objectif, c’est de rivaliser avec eux dans le futur ?

Rivaliser avec eux, cela veut dire être dans les meilleurs mondiaux. Et c’est ce à quoi j’aspire. C’est ce qui me motive à l’entraînement, quand je fais une série de PMA un peu difficile. Je m’imagine arriver au sprint avec eux, pour aller chercher plus loin dans l’effort. Cela me plairait, mais est-ce que j’en suis capable ? C’est à moi de tout donner. On ne sait jamais à l’avance, mais il faut essayer. Parfois cela marche, parfois non. Mais je peux donner le meilleur de moi-même dans l’entraînement, dans l’hygiène de vie. Et être actif en course, en réfléchissant aux erreurs que j’ai faites sur les courses précédentes. Et peut-être que j’atteindrai ce niveau un jour.

Quels sont tes axes de progrès ?

Je pense que je peux progresser partout. Que ce soit au niveau du réglage du matériel, l’entraînement, la récupération. Attention, faire mieux ne veut pas dire forcément faire plus. Cela peut être faire différemment, tester des choses. Cela peut être pire, comme cela peut être mieux. Mais il faut savoir prendre ce risque pour apprendre à se connaître et progresser. S’il y avait une recette magique, tout le monde l’appliquerait. C’est un travail sur soi, son entourage. Pour trouver des solutions et avancer petit à petit. C’est sur le long terme. C’est un projet qu’on fait avancer petit à petit.

Axel Zingle : « Quand je suis en coupure, je me sens un peu désœuvré »

Tu parles d’alimentation, de sommeil, de récupération. Ces choses, tu les vois comme une contrainte ou cela ne te pose aucun problème ?

C’est sûr que c’est parfois contraignant. On veut faire autre chose, changer d’air. D’un autre côté, comme j’ai dit tout à l’heure, on ne peut pas gagner des courses sans s’entraîner. Et je ne suis pas sûr de prendre autant de plaisir à lever les bras. Ce sont des sacrifices qui rendent la victoire encore plus belle. On savoure encore plus, car on sait qu’on le mérite et qu’on n’est pas là par hasard. C’est le retour sur investissement. Cette rigueur rend les choses intéressantes. Ce serait facile, on serait plus nombreux à être pros. Il y a des avantages, il faut bien des contraintes.

Quelle est ta vision du vélo ? Que ressens-tu en course, à l’entraînement et lors des coupures ?

Quand je suis en coupure, il y a ce contraste avec le reste de la saison. On a du temps, pas d’objectif en tête. Quand on est dans la saison, on se lève chaque jour avec une idée précise de ce qu’on va faire dans la journée. Tout est organisé et les journées passent vite. Il faut compiler l’entraînement, la récupération et les impératifs personnels. Du coup, en coupure, je me sens un peu désœuvré et déprimé. On se retrouve avec rien à faire. On est content une semaine, puis on tourne en rond, sans but. A côté de cela, on voit aussi qu’on n’est plus aussi affuté qu’en cours de saison. On est fatigué de la saison. C’est une période bizarre mais qui passe très vite.

Sur la vie de coureur, si je compare au VTT, la différence, c’est que sur route, on fait beaucoup plus d’heures de selle. Il faut s’habituer à faire entre 3 et 5 heures de vélo presque tous les jours. Même quand on est fatigués. Il faut l’accepter, mais c’est vrai que quand on n’a pas envie, les minutes ne passent pas vite. On regarde souvent le compteur. Mais je ne suis pas du genre à sauter une séance quand elle est sur le plan. Sinon, je me sens mal. Même si cela m’a déjà joué des tours de faire plus que le plan. Mais parfois, je fais ces 5-10 minutes psychologiques en plus. Si je me sens vraiment bien, je vais plutôt ajouter une série d’intensité. Mais j’évite de rajouter trop de volume. Les saisons sont déjà assez exigeantes et j’étais content de ne pas finir sur les rotules la saison passée. Si on est trop cramé, on ne progresse pas.

« Je suis de la génération qui a connu les outils informatiques très tôt »

Tu considères le vélo comme une passion avant d’être un métier ?

Oui !

Même quand il faut rouler sous la pluie ?

C’est difficile de s’entraîner sous la pluie, mais tous les coursiers et les pros aiment s’entraîner. La satisfaction que cela procure. Le fait de voir son corps se sculpter au fil des séances. Voir sa condition s’améliorer. Il faut que ce soit une passion, sinon ce n’est pas gérable sur le long terme. Déjà que ce n’est pas facile, même quand on aime s’entraîner.

Puis, il y a des outils comme Strava qui permettent de briser la monotonie d’un entraînement, avec les KOM etc.

Oui, je suis de la génération qui a connu ça assez tôt. Je suis habitué aux capteurs de puissance et j’ai grandi avec. Mais les anciens, au niveau professionnel, disent que le vélo a beaucoup changé. Tout est plus calculé, avec beaucoup plus d’investissement demandé à un coureur. On lui demande de peser ce qu’il mange, de rouler avec tels watts. Des choses que j’ai toujours fait. Cela me dérange pas, bien au contraire. J’aime analyser mon entraînement après une séance. Ce petit côté fierté quand cela s’est bien passé et que je sais que j’ai les bonnes jambes. Ou quand je suis allé chercher un KOM. Même si ce n’est pas le but de l’entraînement. Mais sur des 30-30, cela arrive. J’aime bien le côté informatique.

Mais je sais que pour certains anciens, cela rajoute une contrainte, et ils peuvent trouver cela pesant. On verra si on fait des carrières aussi longues que nos prédécesseurs. Certains disent que non. Pour ma part, je découvre encore plein de choses et je ne sais pas combien de temps ma carrière durera. J’espère le plus longtemps possible. Pour l’instant, je ne suis pas blasé, mais je peux comprendre qu’il y ait une lassitude. C’est beaucoup d’investissement et parfois, cela ne marche pas. Des coureurs font peut-être encore plus de sacrifices que moi et ne sont pas récompensés. Cela ne doit pas être facile. Chaque situation est différente.

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