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Mélina Robert-Michon : « On est sept ou huit pour le podium à Budapest »

Etienne Goursaud

Publié le

Mélina Robert-Michon : "On est sept ou huit pour le podium à Budapest"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Mélina Robert-Michon a conquis à Albi son 38e titre de championne de France du disque. Et elle sera du voyage à Budapest pour les Mondiaux, 25 ans après sa première sélection en A, dans cette même ville. Elle va participer à ses 10e Championnats du monde. Et avec un meilleur jet à 65.49 m, elle sera en embuscade pour réaliser un gros coup. À 44 ans et à un an des JO de Paris. À Albi, elle s’est confiée sur sa saison, ses objectifs et son changement de staff l’an passé. 

Mélina Robert-Michon : « Pas mal d’indicateurs intéressants aux France Elite »

Au-delà de ce 38e titre de championne de France, il y a eu une très bonne performance à Albi, au dernier essai.

Mélina Robert-Michon : C’est un concours qui se termine bien. Cela a vraiment été très dur au début. Il y a eu pas mal de fatigue accumulée avec le gros stage qu’on a fait et plein de choses qui se sont passées depuis. Je ne suis pas mécontente de la performance, même si on veut toujours avoir plus. Je suis contente de la gestion, avec la forme du moment. On savait que cela allait être plus dur et on voulait voir comment j’étais capable de gérer cela. C’est plutôt encourageant d’être capable au dernier essai d’aller chercher cette performance-là. Il y a pas mal d’indicateurs qui sont intéressants. Mais il y a un peu de frustration, car ce n’est pas le meilleur concours de l’année. Si on ne retient que la performance, cela reste correct.

Sur la saison estivale, cela commence à faire un beau nombre de concours au-delà de 62 m.

Je reste dans la régularité, c’est ce qu’il faut retenir, car c’est ce qu’il va m’aider dans les grands championnats. Notamment lors des qualifications aux Mondiaux. Savoir que 61, 62 mètres, je peux les faire facilement, c’est plutôt encourageant.

« Il y a eu beaucoup de changements en 2022 »

Quel a été le déclic de ce retour au premier plan en 2023 ?

L’an passé, il y a eu beaucoup de changements pour moi. Changement d’entraîneur (NDLR : elle s’entraîne avec son mari). Sans repartir totalement de zéro, on a voulu mettre en place des bases solides. Pour que cette année et surtout l’année prochaine, tout soit en place. Il a fallu prendre le temps, mais c’était important de le faire l’an passé, pour que cette année, on puisse monter d’un cran et encore s’améliorer en 2024. Il a fallu apprendre à travailler ensemble, à se connaître à deux dans le contexte entraîneur-entraîné.

Il y avait plein de choses à remettre en place. Il y a plus de 25 ans que je m’entrainais, avec mon ancien entraîneur (NDLR : Serge Debié). La communication était complètement différente. Il y a des choses, sans se parler, je savais ce qu’il voulait me dire. Là, il a fallu remettre tout un lexique en place. Apprendre à se comprendre, voir ce qui marchait ou non. On a mis les choses à plat pour se dire que ce serait plus facile en 2023. Il a fallu que les bases soient solides.

Mélina Robert-Michon : « Le fait de continuer d’apprendre me fait m’éclater dans ma discipline »

Cela t’a permis d’apprendre de nouvelles choses, malgré ton immense expérience dans la discipline ?

Toujours et heureusement. C’est aussi pour cela que je continue. Si j’avais l’impression d’avoir fait le tour, sans marge de progression, si je savais tout, je ne vois pas où je pourrais grappiller les mètres qui me manquent. C’est aussi le fait d’apprendre qui me fait m’éclater dans ma discipline. On arrive toujours à trouver des axes de progression, c’est intéressant.





Tu t’es débarrassée très tôt des minima pour Budapest, cela te permet de travailler plus sereinement.

Cela permet de changer la saison. J’ai eu une petite alerte au dos début juillet et on a pu ne pas prendre de risques pour empirer le truc, alors que je n’avais pas grand-chose. On peut se reposer, j’ai pu arriver plus fraîche au stage et faire un meilleur stage. Ce sont des choses sur lesquelles j’ai pu m’affirmer un peu plus. J’ose davantage le dire. La priorité, ce sont les championnats du monde. Il fallait se poser la question de savoir quelle était la meilleure solution. Évidemment, c’est toujours frustrant, quand on s’engage dans un meeting, de ne pas pouvoir le faire, mais il faut voir plus loin.

« On est sept ou huit pour trois places sur le podium »

Tu es donc dans une phase de construction et de travail ?

Je sors d’un bon stage, je dois récupérer un petit peu. Je suis repartie en stage à l’INSEP depuis le 7 août. Jusqu’à mon départ pour Budapest.

À Budapest, même s’il y a des têtes d’affiches, c’est un concours qui peut être ouvert.

C’est très dense, mais je sais qu’il faut que je sois au niveau de mon record si je veux aller jouer quelque chose, j’en ai conscience (NDLR : record de France en 66.73 m). Il y a Valarie Allman, Sandra Perkovic, Feng Bin, mais aussi Jorinde van Klinken et même Kristin Pudenz. On est sept ou huit pour trois places sur le podium. Cela va être une belle bataille, mais je sais que j’ai les capacités, au vu de ce que j’ai fait cette saison, pour aller battre mon record. C’est l’objectif aussi.

Mélina Robert-Michon : « J’ai trop entendu qu’il n’y avait pas de relève derrière moi »

Tu as déjà Paris dans un coin de ta tête ?

J’y pense forcément. Car tout ce qu’on met en place, c’est pour que ce soit encore mieux l’année prochaine. Si je dois ne pas être médaillée cette année pour l’être l’année prochaine, ce sera comme ça. Après, ce sont des championnats du monde, je ne peux pas dire que j’y vais pour faire dernière. Mais c’est encore une marche en plus pour l’année prochaine.

Dans ta discipline, tu n’es plus aussi seule qu’auparavant en France. Cela te pousse de voir de jeunes Françaises ?

Amanda n’était pas là, car elle est aux championnats du monde universitaires, mais c’est intéressant. J’ai trop entendu les gens dire qu’il n’y avait rien et personne derrière. Je leur dis : « Regardez Amanda, regardez Marie-José. Marie-Jo, elle est junior et elle fait 57 mètres« . Il faut le signaler, cette fille est encore très jeune, elle va participer aux championnats d’Europe juniors. Et elle a sorti une très grosse performance.

C’est hyper encourageant. Amanda, j’espère qu’elle va sortir 60 m aux mondiaux universitaires. Je l’attends. Je pensais qu’elle allait faire 61 ou 62 m cette année. Car elle a le potentiel pour. J’ai eu l’occasion de la voir s’entraîner et ce dont elle est capable. Mais on est trois filles à pouvoir potentiellement lancer à plus de 60 mètres.

« On a longtemps dit que je ne pourrais pas vivre des lancers »

Tu es la première en France depuis des décennies à avoir rapporté une médaille mondiale. Tu es aussi sans doute la première lanceuse à pleinement vivre de ton sport. Est-ce que sur cela, tu peux être également un modèle pour les jeunes lanceurs ? On sait que c’est plus difficile en lancers.

Je ne sais pas si je suis un modèle. Mais si cela peut leur donner la motivation pour le faire, oui. Ce serait tant mieux. Pendant très longtemps, on m’a dit que je ne pourrais jamais vivre de mes lancers. C’était une fatalité en France. Déjà, on n’était pas très bon et on nous disait que c’était comme cela et qu’il n’y avait rien à faire. Ça m’énervait un peu. Évidemment, cela a été compliqué d’en vivre.

Le tournant, c’est Moscou en 2013 ?

Exactement. Mais c’est aussi une fierté de dire : “Regardez, si cela vous plait, si c’est vraiment ce que vous voulez faire, donnez-vous les moyens et vous allez y arriver. Vous pouvez y arriver.” C’est vraiment le message à transmettre.

Mélina Robert-Michon : « L’entourage est primordial pour un sportif »

Tu as su t’entourer sportivement et extra-sportivement.

L’entourage, c’est primordial et c’est important de choisir les personnes avec qui on a envie de travailler. Il y a la compétence, mais aussi le ressenti. Car on passe du temps avec ces personnes-là. Il faut choisir les personnes qui vous correspondent. Ce n’est pas forcément le meilleur entraîneur du monde qui va vous apporter le plus. J’ai eu énormément de chances à ce niveau-là. D’avoir des gens qui étaient très bienveillants, là pour les bonnes raisons. Car il n’y avait encore rien à gagner sur les lancers.

Ils étaient là par plaisir et passion et pas par intérêt. Cela a été une chance pour moi de les avoir. Cela m’a permis de faire le tri dans mon entourage. Et je me rends compte que ce n’est pas forcément évident quand on est dans une discipline plus exposée. Avec beaucoup de monde autour de soi, sans savoir vraiment pourquoi ils sont là. Cela peut être dur pour un jeune qui perce. Peut-être, dans ce sens, cela a été une chance pour moi.

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1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Montagna

    16 août 2023 à 10h17

    Allez Melina vous êtes la meilleure. Et j’espère que les lancers vont évoluer

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