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Athlétisme

Agathe Guillemot : « Faire le 1500 m était le meilleur des choix »

Etienne Goursaud

Publié le

Agathe Guillemot : "Faire le 1500 m était le meilleur des choix"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Agathe Guillemot va représenter la France aux Mondiaux de Budapest, qualifiée sur 1500 m. L’aboutissement d’une folle progression sur la distance pour la Bretonne. Passant de 4:12.43 en 2022 à 4:03.26 lors du meeting de Monaco cette année. Chrono synonyme de minima mondiaux. Agathe Guillemot s’est confiée à Albi, lors des Championnats de France élite, où elle a remporté le titre. Sur son choix du 1500 m, ses objectifs et sa saison.

À Albi, la patronne, c’était elle. À l’image de son incroyable saison, Agathe Guillemot a raflé la mise, avec le titre de championne de France. Un aboutissement et un premier titre avant de s’envoler à Budapest, où elle va disputer sa première grande compétition internationale sous le maillot de l’équipe de France. La Bretonne ne fait que repousser ses limites courses après courses.

 

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Agathe Guillemot : « Je voulais faire un grand championnat »

Il y a un an, tu me disais que tu voulais porter le maillot de l’équipe de France en 2023. Objectif plus qu’accompli.

Agathe Guillemot : Oui, c’est clair. L’objectif était atteint dès le mois de juin, avec les Championnats d’Europe par équipes. Mais je n’étais pas complètement satisfaite, car ce n’est pas ce genre d’équipe de France que je visais. Je voulais le grand championnat. Cet été, c’étaient les championnats du monde. C’était une grosse étape à franchir pour y accéder. J’ai eu la chance d’entrer dans de gros meetings. Qui m’ont permis de faire les minima, lors du meeting de Monaco. Comme je gagne les Élites, cela doit totalement valider mon billet (NDLR : La sélection n’était pas sortie quand l’interview a été réalisée).

Est-ce que tu arrives à réaliser ta progression cette année ?

Je réalise parce que j’ai les pieds sur terre. Ce que je faisais à l’entrainement me laissait présager ce genre de chronos. Mais je n’ai pas envie d’être trop dans l’euphorie, car la saison n’est pas finie. J’ai envie de bien faire mes championnats du monde. Pour que ce soit une belle répétition pour les JO de Paris. Et pour cela, il ne faut pas être dans l’euphorie, mais dans l’instant présent. Se dire que c’est mon niveau et que je peux aller chercher encore mieux. Je ne me fixe pas de limites et j’accepte les étapes. J’ai profité de mon titre, mais je digère vite pour passer à autre chose. Tout arrive très vite et je dois faire une formation express du haut niveau. Après, il faut savoir profiter, car on ne sait pas de quoi l’avenir est fait. Je vis de grands moments.

« Faire confiance à son entraîneur est une des choses les plus importantes pour réussir »

La saison est longue pour toi, mais tu arrives à faire descendre le chrono quasiment à chaque sortie. Et sans être fatiguée.

C’est le travail de Marc (NDLR : Marc Reuze, son entraîneur). Je lui fais pleinement confiance dans sa programmation. J’ai commencé fin avril les compétitions, mais cela rentrait dans le cadre de l’entraînement. On ne faisait pas trop de spécifique à l’entrainement. Au final, je faisais des chronos, alors que la compétition rentrait dans la semaine d’entraînement. Pour moi, cela fait seulement deux semaines que j’aménage vraiment, pour faire du jus. C’est pour cela que j’ai réussi à sortir le 4:03, mais aussi le titre de championne de France élite. Tout mai, juin et juillet, je me suis entrainée 10/12 fois par semaine. Faire confiance à son entraîneur, c’est une des choses les plus importantes pour réussir. Et être durable dans la saison.

En plus de ton 4:03, il y a eu beaucoup de chronos intéressants. La régularité est extraordinaire.

Je suis assez fière de cela. Ce n’est pas qu’une performance de pointe. À Silesia, lors du meeting Diamond League, quand je refais pour la 2e fois 4:05, c’est triste à dire, mais je me suis dit : « Fais chier ». Car ce n’était pas cela que j’avais envie de voir. Je savais qu’en étant régulière autour de 4:05, j’allais potentiellement atteindre les 4:03. Quand on est régulier à un niveau, on peut, quand tout s’aligne, réussir à aller gagner cette seconde et demie. Comme Monaco.





Agathe Guillemot : « En début de saison, on s’est dit que le 1500 m était plus ouvert que le 800 m »

À Monaco, vous saviez qu’il y avait cette chronométrie au 1500 m ? (C’était un mile lors de ce meeting)

Exactement. Mes agents m’en avaient parlé et on s’est renseigné auprès de la fédération pour savoir si c’était pris en compte. On s’est rendu compte qu’à Oslo, il y avait déjà eu cela et que les filles étaient dans le Road to Budapest, grâce à leur 1500 du mile. C’étaient les mêmes technologies. Je visais clairement le 1500 m. D’ailleurs, je finis très difficilement le mile, car j’avais tout donné. J’étais à bloc. Mais je suis contente d’avoir réussi à occulter qu’il restait 109 mètres, pour faire ce 1500 m à fond. Cela m’a permis de faire les minima. C’était clairement ma dernière chance.

En 2022, tu étais davantage sur 800 m. Quel a été le cheminement pour passer sur 1500 m ?

Au début de l’année, on s’est posé avec Marc, pour savoir où potentiellement, on pouvait se qualifier pour les JO. On s’était dit que le 1500 m était plus ouvert en France. J’avais de bonnes capacités VMA à l’entraînement. Et que je pouvais être bonne sur 1500 m. Mais ce n’était qu’une hypothèse, car à 4:12, on est encore très loin des JO. Cet hiver, j’ai fait un premier 1500 m. Je n’ai pas du tout eu de bonnes sensations.

« J’ai pu arriver à Monaco en ayant couru des 1500 m de haut niveau »

La saison étant courte, malgré le fait d’avoir fait une prépa 1500, on a décidé de courir sur 800 m, pour travailler la vitesse. Et pourquoi pas aller aux Europe, car les minima étaient accessibles. Même si je n’ai pas réussi à les faire. À la fin de l’hiver, on s’est re-concerté. J’ai dit à Marc : « Même si sur mon premier 1500 m, j’ai eu de mauvaises sensations, je veux continuer à persévérer ». Car le 1500 m est une course qui demande pas mal d’expérience. J’étais plus à l’aise sur 800 m, car j’en ai couru beaucoup plus que des 1500 m.

Je voulais me forcer à faire cela. Et dès le début, cela s’est bien passé, ce qui a mis fin au dilemme. Bon, j’aurais aimé refaire un 800 m, car je pense que je pouvais battre mon record. Mais heureusement que j’ai fait ce choix-là. J’ai pu arriver à Monaco en ayant couru pas mal de 1500 m de très haut niveau. Et je n’ai pas du tout été impressionnée. J’avais déjà rencontré la majorité des filles et cela ne me faisait pas peur.

Agathe Guillemot : « Il peut y avoir une course tactique en série des mondiaux »

Cette connaissance des filles, cela peut être un avantage en vue d’une éventuelle qualification en demi-finale, voire mieux ?

Clairement oui, je me dis que c’est normal que je sois contre ces filles-là. Je ne sais pas comment vont se courir les séries des mondiaux. Mais si c’est un peu plus lent ou tactique, les niveaux peuvent se resserrer. Comme on a pu le voir aux Elites, avec une Bérénice (Cleyet-Merle) qui termine 4e, alors qu’elle avait réalisé un gros chrono, par rapport à Katia (Delarche) et Charlotte (Mouchet). Quand c’est tactique, tout le monde peut avoir sa place. Ce ne sont pas des courses de meeting. Une série peut se jouer en 4:05. J’y crois et je n’ai aucun complexe.

J’aimerais aller chercher les minima olympiques à Budapest ou en fin de saison. Ce serait une bonne chose de faite, mais je ne me mets pas de pression là-dessus. Cela sortira ou non. Il restera du temps.

Et les Élites, avec ces deux courses en deux jours, c’est aussi une bonne expérience

On peut avoir le même genre de configuration de course, même si cela ira plus vite. On a pu mettre en place avec la fédération, un petit protocole de récupération. Je trouve cela super. Et je sais ce que je dois faire aux Mondiaux pour être bien en demi-finale pour me qualifier. Cela a été une belle répétition de courses tactiques. C’était cool de mettre cela en place.

« Dans les épreuves combinées, il faut savoir vite digérer une perf ou contre-perf. Cela me sert sur le 1500 m »

Louise Maraval disait que les épreuves combinées lui avaient beaucoup apporté en tant qu’athlète. Tu y es passée aussi, tu partages cet avis ?

Les gens ne le voient pas forcément, car les épreuves combinées, surtout chez les femmes, c’est à dominante technique et sprint. Mais il y a tout un aspect de l’approche mentale de la compétition. La gestion et la prise de décision. On parlait de comment je faisais pour digérer ma progression. Mais dans les épreuves combinées, c’est exactement cela. On doit digérer tout de suite une grosse performance ou une contre-performance. Pour passer à l’épreuve d’après. Cela me permet d’encaisser mes performances et la gestion du temps.

Le niveau français sur 1500 m est en train de progresser. C’est une source de motivation ?

Carrément. Il y a une émulation. On n’est pas complexé de réaliser 4:06, 4:05 ou 4:03. C’est devenu normal. Quand je fais les minima, Aurore (Fleury) m’a envoyé un message. C’est hyper bienveillant entre les filles. Même quand Bérénice était juste derrière moi. On est trois ou quatre filles à être capables de se qualifier. Même une fille comme Charlotte Mouchet peut le faire. C’est important qu’il y ait cette émulation.

Agathe Guillemot : « Le record de France dans un coin de tête »

Tu as réussi à garder de la fraicheur dans cette course aux minima.

J’ai même hâte de repartir à l’entraînement. Cela faisait deux semaines que c’était léger et j’en avais marre (rires). J’adore l’entraînement. Je ne suis pas obstinée par les minima, je prenais les chronos les uns après les autres. En acceptant le niveau du moment, tout en cherchant à faire mieux. Je suis assez jeune, je me disais que si c’était pas cette année, c’était l’année prochaine. Il ne faut pas oublier que je gagne beaucoup de secondes. J’essaie de me satisfaire du niveau que j’ai atteint, sans être obstinée par une barrière. Mais je ne me fixe pas de limites.

Tu penses au record de France ?

Franchement oui. Je suis jeune. Il me reste un peu plus de trois secondes à aller chercher. Quand je vois le ranking mondial, je suis dans les plus jeunes. J’espère continuer de progresser. Après, je le vois comme un objectif à long terme.

En 2022, tu me confiais espérer gagner ta vie avec l’athlétisme. Quelle est la situation un an après ?

Pour le moment, je n’en vis pas vraiment, même si je n’ai plus trop de dépenses. Cette saison peut me permettre, j’espère, de mieux en vivre l’année prochaine. Tout va très vite et je suis incapable de dire quelles portes cela peut m’ouvrir. Je découvre tout cela. Je suis novice sur plein de sujets.

« Je remercie mon école l’INSA pour me permettre de pratiquer le haut niveau »

Tu fais toujours des études d’ingénieur ?

Tout à fait. J’ai validé ma 4e année. Il me reste ma 5e, que je vais sans doute passer en deux ans.

Comment vas-tu gérer ?

Ce sont des études assez dures. Heureusement c’est l’INSA. Une école qui permet aux sportifs de prendre leur temps. Cela fait six ans que je suis à l’école et j’ai validé quatre années. Il y un un responsable des sportifs, qui coordonne tout avec les enseignants. C’est vraiment chouette d’avoir cela et je remercie mon école. Ce n’est pas du tout un stress. Je devais faire un stage en entreprise au mois d’août. Je leur ai envoyé un message quand j’ai fait les minima en disant que j’étais désolée, que je ne pouvais pas faire ce stage. Ils ont dit : « Pas de soucis, on verra comment on fera pour que tu le rattrapes. Sois focus sur tes championnats« .

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1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Avatar

    Corentin Peoc'h

    9 août 2023 à 23h05

    Toujours aussi solide Agathe, autant mentalement que physiquement. Elle ne peut que réussir.

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