Pauline Stey : « Je veux aller à Budapest sans pression »
ATHLÉTISME – Pauline Stey est devenue championne de France élite du 10 km marche. Une performance qui lui ouvre les portes de Budapest. Où elle sera alignée sur 20 km marche. Une qualification via ranking. Le prolongement d’un été de rêve pour la jeune marcheuse de 21 ans. Sacrée championne d’Europe espoir du 20 kilomètres marche en Finlande. Avec un chrono canon de 1h31:17. Soit la deuxième meilleure performance française de tous les temps, derrière Clémence Beretta. Pauline Stey s’est longuement confiée, après la ligne d’arrivée. Sur ses performances et ses objectifs à venir.
Le sourire était grand, une fois la ligne d’arrivée franchie. Pauline Stey a frappé un grand coup à Albi, dominant Clémence Beretta, sur le 10 kilomètres route, des championnats de France élite d’Albi, le 30 juillet dernier. On pourra toujours dire que l’Alsacienne a bénéficié de la minute de pénalité infligée à Clémence Beretta, grande favorite de la course et finalement battue. Mais le chrono parle de lui-même. En 44:42, Pauline Stey a réalisé la 2ᵉ meilleure performance française de tous les temps sur la distance. Ce fut déjà le cas, plus tôt en juillet, lors de son titre aux championnats d’Europe espoirs du 10 kilomètres. À l’image de l’ensemble de la marche féminine française, elle franchit les étapes à vitesse grand V.
Pauline Stey : « Je suis très contente d’être championne de France »
Ce 44:42, c’était le chrono que vous attendiez ce jour-là ?
Pauline Stey : Honnêtement, au niveau du chrono, l’objectif, c’était au minimum moins de 45 minutes. Vers les 44:30, cela aurait été bien, mais physiquement, je savais que j’avais encore les championnats d’Europe dans les jambes. La première place, j’avais déjà du mal à y croire. Je savais que j’étais dans le dur physiquement et que Clémence allait être préparée. Elle l’a montré, elle était très rapide.
C’est sa prison qui m’a sauvé. Sinon, je n’aurais pas pu gagner. Je dois avouer que cela m’a donné un petit coup de boost. Le chrono plus la place, c’est vraiment top. Même pour le ranking, on ciblait le chrono et les points bonus en vue de Budapest. Je suis très contente d’être championne de France. Je n’étais pas sûre d’y arriver. Le but d’un championnat de France, c’est d’être championne de France.
Ces Mondiaux n’étaient pas prévus au programme en début de saison ?
Non, pas du tout. On en parlait avec le coach, on ne l’envisageait même pas. Ce n’était pas dans nos plans. L’objectif principal était les championnats d’Europe espoirs. Mais au fil de la saison, on a vu que cela allait peut-être être possible. Notamment après les Europe, on s’est dit qu’il fallait tout jouer sur les élites. Car cela aurait été trop bête de ne pas y aller, en étant si proche.
C’est incroyable, parce que c’est la plus belle des histoires, après la saison passée. J’ai vraiment eu une année compliquée en 2022. Un an après, me retrouver aux Mondiaux, c’est incroyable. Rien que pour l’expérience, j’ai trop envie d’y aller. On pense aux JO à la maison l’an prochain. Cela commence à être de plus en plus concret. Ce n’est que du bonus après ma saison.
« Je suis passée dans une autre dimension lors des championnats d’Europe espoirs »
Tu vises les JO sur le 20 kilomètres ?
Oui, même s’il y a cette nouvelle épreuve du 35 kilomètres. Mais on a tellement peu d’infos sur celle-ci. Mais je suis focus sur le 20 bornes. On verra comment cela se décide. Car on ne sait pas comment cela va s’organiser, à quelles dates ce sera. Si le 35 et le 20 sont espacés.
Ce n’est pas gênant de ne pas savoir ?
Je me prépare sur le 20 kilomètres, donc cela ne me gêne pas trop. Mais pour ceux qui se préparent sur les deux distances, ce n’est pas cool pour eux. Ce n’est pas correct.
Est-ce que ce titre européen espoir a été un déclic ?
Ce jour-là, je suis passée dans une autre dimension. Je ne m’en rends pas encore totalement compte. Je dois dire que ma tête est encore un peu en Finlande. Je voulais ce titre plus que tout. Le chrono ne m’étonne pas. Je savais que je l’avais dans les jambes. Et que je peux même faire mieux avec de la bagarre. C’est tout de même une nouvelle dimension.

Pauline Stey : « Aller à Budapest pour profiter et prendre de l’expérience »
Avec ce titre, ta saison va se rallonger. Comment vont se dérouler les prochains jours ?
Je vais me reposer un peu, car je sens que physiquement et mentalement, j’en ai beaucoup laissé aux championnats d’Europe. Après, quand je parle d’un peu de repos, c’est maximum deux jours de coupure. (Elle rigole) J’aime bien couper, mais l’idée, c’est de faire une semaine assez courte pour récupérer. Mine de rien, la chaleur a pas mal tapé aux Élites. Je vais me préparer pour les Mondiaux. Mais comme j’ai dit, je ne les envisageais pas du tout. Ce n’est que du bonus. Je vais aller à Budapest sans aucune pression, juste pour profiter. Et prendre de l’expérience. En faisant ce que je sais faire. Il y aura un objectif chronométrique.
Les vacances vont être plus courtes.
(Elle rigole) Ça va. C’est vrai que normalement à cette période, je suis en vacances. Cela aurait dû être aujourd’hui. Mais depuis les championnats d’Europe, on sait que cela pouvait être décalé. Et je ne me voyais plus ne pas aller à Budapest. J’ai fait mon deuil des vacances. Mais je le vis plutôt bien (rires).
Tu es encore jeune, dans une discipline qui requiert de la maturité. Tu es encore loin de tes limites. Et largement dans les temps de passage.
C’est sûr que c’est une discipline à maturité tardive. Mais on voit que les trois premières de la course ont moins de 25 ans (NDLR : Clémence Beretta a 25 ans depuis décembre). Le top français est très jeune. Pour nous, c’est du bonus, car on est toutes ensemble à se tirer la bourre. Oui, on est jeunes, mais cela ne me fait pas peur. Au contraire, cela nous laisse de bonnes années devant nous.
Pauline Stey : « C’est une bonne chose de performer, surtout quand on sait que la marche vit des moments compliqués par rapport à la fédé »
Vous êtes toutes jeunes, mais jamais la marche féminine française n’a été aussi forte que là. C’est une source de motivation au moment d’aller à l’entraînement ?
Forcément. On sait qu’avec Camille (Moutard), on nous a appelé la génération dorée. Cela fait plaisir. On sait qu’on a débloqué des choses. Il y a eu de très belles médailles chez les cadettes et chez les juniors. Dans pas longtemps, il y a les championnats d’Europe juniors et je suis sûre qu’il peut y avoir de belles médailles. C’est forcément une bonne chose, surtout quand on sait que la marche vit des moments compliqués par rapport à la fédération. C’est important, cela fait plaisir, car cela fait de la publicité pour la marche.
Les médailles mondiales commencent-elles à être dans ton plan de carrière ?
Honnêtement, non. Déjà, si je vais aux Mondiaux, ce sera ma première expérience au niveau mondial. Tous les Mondiaux que j’aurais pu faire, il s’était toujours passé quelque chose. On a une bonne densité en Europe, mais le palier mondial est encore un peu élevé. Donc ce n’est pas pour tout de suite.
Comment as-tu découvert la marche ?
Sérieusement, vraiment par hasard. Quand j’étais en benjamine. Petit à petit, cela m’a pris aux tripes.
« On est un peu mis de côté par la Fédé »
C’est une discipline dont les regards ont changé positivement ces dernières années ?
Je pense que maintenant, beaucoup de personnes comparent les allures qu’ils ont eux, sur leurs footings ou leurs courses, par rapport à ce qu’on fait en compétition, sur la marche. Quand une personne lambda fait son footing tous les dimanches et qu’il compare, il se rend vite compte qu’on ne fait pas de la randonnée.
Et tu aimes ces comparaisons ?
Franchement, oui, car cela permet de valoriser l’effort que l’on fait. Sachant qu’on le fait en marchant.
Malgré tout, on sent que c’est une discipline qui est en manque de médiatisation. Comment peut-on changer les choses ?
Il faudrait peut-être un peu plus d’intérêt de la fédération. On sent que l’on est mis de côté, notamment sur la saison en salle. Là, on était sur la route, c’est sympa, mais on sent que ce n’est pas la même ambiance que sur la piste. J’aurais sans doute préféré être sur la piste. Après, il faut être à un bon moment sur la piste. Un dimanche matin sur piste, avec que de la marche, il va y avoir personne. Sur route, c’est sympa, mais il faudrait mettre la marche à un moment où il y a d’autres épreuves. Et ce serait plus visible. Maintenant, on a eu Athlé TV pour couvrir la course et ce n’était pas le cas il y a trois ans (NDLR : Les deux derniers 10 000 m étaient sur la piste).
Pauline Stey : « J’ai de la chance de ne pas trop être embêtée techniquement »
Tu sais déjà ce que tu vas faire l’année prochaine ?
J’ai des pistes pour des alternances. Ce sera soit études, soit athlé à fond. Je reviens en Alsace m’entraîner. Je garde mon coach, mais je ne serai plus en présentiel au pôle de Nancy. Pour l’instant, je serai chez mes parents, mais si je fais mes études à Strasbourg, je ferai mes études en Alsace.
En plus d’être physique, ta discipline est très technique. Comment gères-tu la partie technique quand la fatigue arrive ?
J’essaie de tirer sur les bras, car c’est un peu mon défaut. Cela me permet d’être encore mieux techniquement. Mais j’ai de la chance, je suis très peu embêtée techniquement. Je n’ai pas de tips particuliers, si ce n’est de me concentrer sur ma technique jusqu’au bout. On le voit bien, si à la mi-course, on n’a rien pris, c’est bon signe. Aux Élites, je n’avais encore rien pris après la mi-course. Du coup, cet aspect sort de la tête et on y pense beaucoup moins. J’ai confiance en ma marche. De toute manière, il faut poser le cerveau et avancer.


