Rétro 2023 : Le 4×400 m a mis du baume au cœur à l’athlétisme français
ATHLÉTISME – Retour sur la médaille du relais 4×400 m lors des championnats du monde d’athlétisme à Budapest. Une médaille acquise lors de l’avant-dernière course de la compétition et qui a sauvé la France du zéro pointé.
La menace du zéro pointé
Au moment de faire les paris sur les potentielles médailles françaises à Budapest, ils n’étaient pas en tête de liste. On pensait évidemment à Kevin Mayer pour sauver la patrie, comme ce fut le cas avec son titre mondial à Eugene en 2022. On espérait un exploit de Thibaut Collet à la perche, un coup de nos hurdlers sur 110 ou 400 m haies. Mais peu de monde aurait pensé à ce relais 4×400 m. Il faut dire qu’aucun ne s’était qualifié en individuel sur la distance. Au mieux, Ludvy Vaillant était un très honorable demi-finaliste sur 400 m haies. Mais, entre les haies et le plat, il peut y avoir un sacré gap. Le Français en fera l’expérience lors des séries, avec une bien pénible fin de course.
Mais, en moins de trois minutes de course, 2:58.45 pour être précis, Ludvy Vaillant, Gilles Biron, David Sombé et Téo Andant vont faire basculer le destin d’une équipe de France bien mal en point. En crise de résultats dans ces championnats du monde. Avec une vraie menace d’un terrible zéro pointé. Avant même la fin de la compétition, les critiques pleuvent sur ces Tricolores. Romain Barras tire à boulets rouges sur son équipe, tandis que le Ministère des Sports exige des explications. Autant dire qu’à l’amorce de cette dernière journée de compétition, la morosité aurait pu être de mise. Et pourtant, l’avant-dernière course de la compétition sera celle de la délivrance.

Un relais parfaitement maîtrisé
Cette médaille, c’est aussi l’histoire d’un relais parfaitement négocié. D’une course au millimètre. Tactiquement, les Bleues ont tous été à un très haut-niveau. Tout d’abord Ludvy Vaillant. Le 3e français de tous les temps sur 400 m haies (47.85) a réalisé une course pleine de maîtrise. Il était parti bien trop fort en série, coinçant dans la dernière ligne droite et plaçant alors son équipe en difficulté. Là, il ne craque pas et donne le relais en troisième position à Gilles Biron. Premiers frissons, les Bleus sont bien placés.
Gilles Biron aura apporté une sacrée pierre à l’édifice de ce relais. Il s’est battu comme un beau diable, dans la ligne droite opposée, pour se rabattre en deuxième position. Dès lors, ce sont les Français qui maîtrisent et les autres qui subissent derrière. Le Français peut imposer sa foulée. Surtout, il peut transmettre à l’intérieur à David Sombé, là où les autres doivent passer dans le trafic. Si Gilles Biron coince quelque peu dans la fin de course, les autres s’emmêlent les pinceaux. Le Botswana se fera disqualifier, la Jamaïque perdra très gros dans ce 2e passage. David Sombé hérite du témoin en troisième position. En série, il avait montré toute l’étendue de sa force dans la dernière ligne droite. Bis repetita en finale. Il accélère en fin de course, laisse sur place tout le monde – hormis les USA loin devant. Celui qui a réalisé une progression exceptionnelle en 2023 était parfaitement au rendez-vous.
Mais en réalité, c’est tout ce relais qui aura résisté à la pression. Car Téo Andant hérite du témoin en seconde position. Et surtout avec tout le poids des espoirs d’une équipe de France qui peut alors sauver sa compétition. Autant dire que la responsabilité était grande pour le Monégasque. Qui tiendra la corde et la médaille d’argent jusqu’au bout. Record de France battu. Un record de France mythique glané par la bande à Marc Raquil, Stéphane Diagana, Leslie Djhone et Naman Keïta. Un soir de titre mondial à Paris en 2003.

De belles perspectives
Vingt ans après, ils ont enfin des héritiers, pour la première médaille mondiale depuis ce sacre sous le soleil de Paris. Et cette équipe de France peut s’installer dans la durée. Avec un Téo Andant âgé de 24 ans, un David Sombé âgé de 23 ans. Et des hommes d’expérience, mais qui n’ont pas atteint la trentaine. Comme Gilles Biron, 28 ans et Ludvy Vaillant, 28 ans aussi. Sans oublier Wilfried Happio, 4e des mondiaux 2022 sur 400 m haies, ou encore Thomas Jordier, longtemps membre très important de ce relais. D’autres peuvent se révéler et on sera très attentif dès la saison hivernale. L’émulation française sur le tour de piste est très intéressante en 2023. Elle devrait encore monter d’un cran en 2024. Avec des perspectives de minima olympiques et de Jeux Olympiques en France à Paris. Autant dire que chacun aura envie d’y être. Et pas pour y faire du tourisme.


