David Sombé, vice-champion du monde du 4×400 : « Ne pas banaliser une médaille »
ATHLÉTISME – Entretien avec David Sombé, qui a remporté la médaille d’argent, avec le relais 4×400 m, lors des mondiaux de Budapest. Placé en troisième position dans le relais bleu, il a fait une excellente course, pour propulser Téo Andant. Il nous raconte son aventure en Hongrie, qui a aiguisé ses ambitions pour Paris 2024. Mais aussi sa grande progression en 2023. En passant par son passé de déménageur et les difficultés à l’époque, pour concilier sport de haut niveau et métier aussi exigeant. Et comment l’arrêt a été profitable à sa carrière d’athlète.
David Sombé : « Notre objectif, c’est aussi l’année prochaine »
Arrives-tu à réaliser cette médaille ?
L’objectif à Paris, c’est l’or ?
C’est une médaille surprise pour le grand public. Y croyais-tu depuis le début ?
Bien entendu. Les personnes étonnées sont celles qui ne nous connaissent pas et qui ne se sont pas tenues au courant des résultats. Quand on regarde les bilans tous temps français au 400 m, on est quatre dans les 14. Gilles est 3e, Téo est 6e, Ludvy est 10e et je suis le 14e. Derrière, c’est très proche. Avec la densité, il y avait clairement quelque chose à faire. L’année prochaine, ce sera pareil. On peut ajouter Fabrisio Saïdy, Loic Prévot, Ludovic Ouceni. Pour nous, rien ne nous semblait impossible.

David Sombé : « J’ai trop d’hommages à donner à trop de gens »
Dans son interview, Téo Andant vous a rendu un grand hommage en parlant du travail des trois autres relayeurs. Tu peux me raconter comment tu as vécu cette course ?
David Sombé : « En championnat, tout est remis à 0 »
Est-ce que dans ta tête, tu savais que tu allais déborder ton concurrent ?
Je le connaissais. Je me suis dit qu’à part s’il se transcende ou que des gens de l’arrière perturbent la course, normalement, je dois donner le relais en 2e. C’est le seul gars avec qui je pouvais me dire cela, car je le connaissais depuis les catégories jeunes. Il a couru le relais mixte et je connaissais ses standards de 2023. Je savais que je pouvais le doubler.
Il part avec trois mètres d’avance, mais c’était difficile de combler l’écart avec l’Américain. Moi, j’étais poussé par les gars derrière. Je savais que je pouvais le doubler, je ne savais pas quand. Mais au bout de 200 mètres, je temporise pour ne pas le doubler dans le virage. Puis je me doutais qu’on ne me doublerait pas dans la ligne droite, vu ma forme. Et que j’allais donner le témoin en 2e.
Ce relais, il se gagne aussi en séries. Tu prends le relais, vous êtes en difficulté. J’imagine que cette course t’as donné de la confiance.
Pas forcément. Quand j’arrive en championnat, je me dis que tout est remis à zéro et qu’il faut tout oublier. C’est fois 1000 en finale. Certains n’ont pas couru la veille. Du sang neuf. Nous, on avait 24 heures pour récupérer. Rien n’était acquis et je n’avais pas plus de confiance. Ce sont mes premiers championnats du monde. Même en catégorie jeunes, je n’ai jamais fait les mondiaux. Je ne savais pas comment j’allais gérer le stress. Mais j’ai participé aux Europe par équipes, en individuel sur 400 mètres et dans le relais. Le fait d’avoir fait le 400 mètres, cela met un pied dedans. C’est une très bonne introduction et heureusement que j’ai pu faire ces championnats-là, car la gestion du stress aurait été différente.

David Sombé : « J’étais déménageur auparavant »
Cette découverte est à l’image de ta saison où tu as gagné 1.3 seconde sur 400 m. C’est plus qu’un cap de franchi.
Tu penses que si tu avais continué ton activité, tu n’aurais pas pu faire une telle saison ?
David Sombé : « J’ai un big-up à passer à ceux qui m’aident »
Ce changement a-t-il induit un sacrifice financier ? Tu vis de l’athlétisme ?
David Sombé : « C’est la première année où je finis une saison »
Tu continues de gagner de l’argent en te débarrassant de la charge physique de ton ancien métier.
Clairement. Quand j’étais déménageur, je touchais 74 € par jour. En te détruisant la santé, même si les collègues essayaient de m’aider et que mon patron était arrangeant. Mais, quand tu fais ce job, tu dois porter des charges lourdes. Et c’était hors de question d’en faire moins que les collègues.
On le voit avec l’arrêt, au-delà du record personnel, c’est la première année depuis deux ans, où je termine une saison. L’année des JO en 2021, mon corps est tellement fatigué que cela ne répond plus. L’an passé, je me blesse. Le corps me disait stop.
Ce job a-t-il apporté une rigueur dans ton entraînement ?
Dans l’entraînement en tant que tel, cela n’apporte absolument rien. Il y a des journées où je marchais 20-30 kilomètres. Cela te fatigue. Tu les fais rarement les mains vides, donc tu te détruis le dos. Mais, mentalement, cela te donne la dalle. Et tu as envie de partir au combat. Une journée chargée débute à 6h30, pour récupérer le camion, pour aller sur le chantier. Tu as le malheur d’arriver quinze minutes en retard, le client peut t’engueuler. La journée se termine, il peut être 19 heures. Il faut déposer le camion. Tu arrives au stade, l’entraînement des autres est déjà fini. Tu t’entraines seul. Je ne fais pas de dessin. Le pire a été la dernière année, quand j’ai doublé avec les cours. C’était en distanciel. Il fallait encore travailler après tout cela. On ne va pas se mentir que c’était difficile (rires).
David Sombé : « Je suis assez jeune sur le 400 m »
La concurrence en France est dingue. Cela t’a-t-il aidé à franchir le cap ?
Et tu es encore tout jeune, la marge de progression est forte.
Même au-delà de mon âge, c’est le fait que je sois assez jeune sur le 400 m. J’ai encore énormément à apprendre de cette distance. Je peux encore énormément progresser en vitesse. Je ne suis pas rapide, j’ai plus un profil de coureur de 800 mètres.
Espères-tu que la médaille va débloquer des choses financièrement ?

David Sombé : « J’ai un problème avec ceux qui nous critiquent de leur canapé »
Tu as d’autres courses prévues cette saison ?
Tu penses déjà à 2024 ou tu gardes des objectifs pour cette fin de saison ?
Clairement, j’espère que les gens vont nous prendre au sérieux, que ce soit dans le relais ou en individuel. On est là, présents, et on a fait ce qu’on devait faire. Évidemment, je ne veux pas vendre du rêve aux gens, leur promettre une finale olympique et un 44.30. Mais il faut que les gens comprennent qu’on peut répondre présent en grand championnat. C’est à nous de faire descendre le chrono, aller chercher les minima. Mais quand je vois Gilles qui a fait 45.05. Je mets au défi quelqu’un de prendre un chrono, de le démarrer et de l’arrêter et de voir s’afficher 5 centièmes dessus. C’est minime ! Si quelqu’un ressort un chrono comme cela, j’espère que le fait d’être à domicile, peut inciter à une sélection. Mais il faudra faire 44 pour ne pas avoir de soucis. Je veux participer aux JO en individuel et on ne veut pas moins que la médaille en relais.
Je crois que tu avais un dernier message à faire passer.
J’ai un énorme problème avec tous les gens qui se permettent de critiquer les Français depuis leur fauteuil. Je les invite à venir sur une piste. On verra s’ils se permettront de critiquer. Malheureusement, les efforts ne se quantifient pas au nombre de médailles. Un Thibaut Collet bat deux fois son record. Jimmy Gressier tient la baraque comme pas possible, Mélina Robert-Michon qui enchaîne les championnats du monde. Sasha Zhoya et Wilhem Belocian entrent en finale. Il y a des trucs à retenir. L’Allemagne a zéro médaille. Et ce n’est pas parce qu’on n’a qu’une médaille qu’on en n’aura pas à Paris. Cette médaille, c’est la médaille de tous les Français, mais pas celle des champions du canapé qui nous critiquent sur les réseaux sociaux.


