Gilles Biron : « Le 400 m est un dépassement perpétuel de soi »
ATHLÉTISME – Entretien avec Gilles Biron, vice-champion du monde avec le relais 4×400 m aux Mondiaux de Budapest. Une année 2023 dorée pour le Français, qui a porté son record à 45.05 sur 400 m. À cinq centièmes des minima pour les Jeux Olympiques de Paris 2024. Qui seront l’objectif principal de l’athlète martiniquais, qui s’entraîne à Lyon. Il se confie sur les Mondiaux, ce que cela lui a apporté et sur la préparation de la saison 2024. Gilles Biron a envie d’une année 2024 encore meilleure.
Gilles Biron : « En tant qu’athlète, c’est dans notre tempérament d’aller chercher plus loin »
On se replonge neuf mois en arrière à Budapest. Est-ce que tu repenses souvent à cette médaille mondiale ?
Gilles Biron : Honnêtement, j’y repense que quand les personnes m’en reparlent. En soi, dans ma préparation, je suis complètement passé à autre chose et je pense aux Jeux Olympiques.
Justement, après l’argent, est-ce que tu vises l’or à Paris ?
Oui et on est en accord là-dessus (NDLR : Téo Andant et David Sombé nous avaient confié cet objectif d’or dans leur interview). C’est vraiment la médaille d’or qu’on vise. En tant qu’athlète, c’est dans notre tempérament d’aller chercher plus loin, plus haut. Et après la médaille d’argent, c’est la médaille d’or. Et la prochaine compétition internationale, c’est les Jeux Olympiques.
À Budapest, tu cours ton relais très intelligemment, en te rabattant en 2e position. C’était la tactique prévue ?
Totalement. C’était voulu de faire cet effort plus prolongé pour se rabattre en deuxième position. Le but était, même si je n’aime pas ce terme, d’imposer ma course et « gêner » mes adversaires.
C’est vrai que, derrière toi, ça fait strike au passage de témoin.
C’est sûr que si je m’étais rabattu en troisième position, c’est peut-être moi qui aurais été gêné. Pas dans ma foulée et j’aurais fini moins bien. Du moins, je l’imagine. C’était un move stratégique qui a bien payé.
Gilles Biron : « On avait déjà notre pression à nous à Budapest et pas besoin de s’en rajouter »
Ce relais a été un gros travail collectif, un vrai travail d’équipe.
Oui. On ne s’était pas forcément concerté sur tout le déroulement de la course. Mais le fait qu’on soit en accord sur cette volonté d’aller chercher la médaille, on a pu tous donner le maximum. On a vu que chaque coéquipier a donné 100 % de lui. On ne voulait pas décevoir. Et on a toujours des décisions importantes à prendre, à ce moment-là.
Cette finale intervient au lendemain de certaines déclarations et critiques vues dans la presse et sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous aviez de la pression ?
On a fait abstraction de tout ce qu’il y avait autour. C’est vrai que j’étais au courant de ces histoires, avec les points presse. Où on nous posait la question de cette pression. C’est là que je me suis dit : « Ah oui, on était peut-être la seule chance de médaille » (rires). Cela n’a pas changé notre objectif. On avait déjà assez de pression sur nous aujourd’hui. On n’était pas loin du record de France un an plus tôt. Et on savait qu’en réalisant une bonne performance, on avait potentiellement cette chance de monter sur le podium. On avait donc notre pression à nous et on n’avait pas besoin de s’en rajouter.

Individuellement, tu as franchi un gros cap en 2023. Où est-ce que tu as progressé ?
(Il réfléchit) On a beaucoup travaillé sur l’aspect vitesse. Enchaîner des départs, mais aussi la transition jusqu’à la fin de course. C’est vraiment sur cela que j’ai progressé. Et, d’après les chronos, je suis en avance sur la vitesse, par rapport à l’an dernier. On n’oublie pas que sur 400 m, il faut résister à cette vitesse (rires). On entre justement dans cette préparation de résistance vitesse. Je vais partir à Tenerife, pour travailler cela.
Gilles Biron : « J’ai un chrono dans un coin de ma tête »
On parle du relais, mais le plus important, c’est de se qualifier individuellement.
Totalement. Même si je suis bien classé au ranking, cela ne veut pas dire que cela ne va pas bouger. La seule garantie, c’est de faire des minima.
- À ce sujet – Les minima pour les JO de Paris 2024
Tu as fait l’impasse sur la saison en salle, c’est un choix de te focaliser sur la saison estivale ?
On est parti dès septembre, avec mon entraîneur, en faisant le choix de ne pas faire de saison en salle. J’ai fini ma saison 2023 assez tard, à la mi-septembre. Et j’ai pris un bon mois de repos. J’ai repris sur le tard et j’aurais pu ne pas être en forme. Finalement, on a vu que je pouvais faire quelques chronos. Mais comme on était parti sur le fait de faire l’impasse, on n’a pas dérogé à notre idée. La saison estivale commence tôt et sera longue. On ne voulait pas gâcher des cartouches pour cet été.
Le record de France est dans un coin de ta tête ?
J’y pense, mais c’est par-ci, par-là. J’en suis capable, mais je veux prendre les choses étape par étape. J’ai un chrono dans un coin de ma tête, qui n’est pas le record de France. Mais, je sais que si je veux faire finaliste olympique, il faudra certainement passer par ce record de France.
Gilles Biron : « Je veux montrer que je viens de Martinique »
Surtout que, ces derniers temps, les demies vont parfois plus vite que les finales.
Oui (rires). Je pense que je suis un potentiel demi-finaliste. Je sais que c’est à ce moment-là qu’il faut se révéler. Pour passer en finale. Ce sera peut-être à ce moment-là, on ne sait jamais.
Tu t’entraînes à Lyon, tu passes par la Charente aussi, mais tu es licencié en Martinique, tu as dit que tu avais eu énormément de félicitations après Budapest. Est-ce que c’est une fierté, pour toi, de représenter la Martinique ?
Totalement. C’est d’ailleurs quand j’ai représenté la Martinique que j’ai fait mon record en 45.05, au Salvador. Cela m’a galvanisé de porter le maillot martiniquais là-bas. C’est aussi un peu un acte de militantisme. Parce que les conditions d’entraînement ne sont pas top, il faut le dire. Souvent, on a des pépites qui viennent en métropole et qui vont changer de club. Je trouve que c’est dommage, même si je l’ai moi aussi fait. C’est davantage mon entraîneur de Lyon qui est responsable de ma réussite. Mais je veux montrer que je viens de Martinique.
En sachant que, dans ce relais à Budapest, Ludvy Vaillant vient aussi de Martinique.
C’est un bonheur qu’on a pu partager entre Martiniquais. On est liés d’amitié depuis pas mal de temps. Et on a partagé un petit mot en créole avant de partir. On est plus serein quand on partage une connaissance aussi proche à l’amorce d’une grande compétition.
Gilles Biron : « Ce sont mes potes, mais je veux rester devant »
D’ailleurs, on sent qu’il y a une bonne ambiance dans ce relais 4×400 m et c’est aussi pour cela que vous avez su vous transcender.
C’est vrai qu’on peut penser que le 4×400 m n’est qu’une addition de performances individuelles. Et qu’on a vu que le 400 m français est en plein boom. Mais il y a aussi cette bonne ambiance ensemble, avec Téo, David, Thomas (Jordier) et tous les autres. On s’entend tous bien.
Tu as utilisé le bon mot en parlant « de plein boom » pour le 400 m français. Pour toi, le chemin de l’or à Paris, cela passe par un ou plusieurs français qui font les minima ?
Oui, totalement. Cela doit passer par là. Pourquoi ? Je vais parler de mon expérience. À chaque fois que j’ai fait une sélection individuelle et en relais, cela s’est toujours bien passé. Je pense à Munich en 2022, je fais le 400 m en individuel. Et c’est par là qu’on a pu me sélectionner sur le relais. Et que j’ai pu montrer mon état de forme. J’ai mieux vécu cette sélection-là, que juste attendre de faire du relais. Et être moins acteur de sa performance. On reste sportif individuel et on pense d’abord individuel. Le relais reste une cerise.
Gilles Biron : « Le 400 m représente un défi »
Cette concurrence, c’est une motivation au quotidien ?
Cela permet de ne pas se reposer sur ses acquis, de se dire : « Je suis le meilleur ». Les autres ne sont pas très loin et on a toujours cette optique de se dire qu’il faut travailler encore plus, encore mieux, pour ne pas se laisser dépasser. Ce n’est pas une question d’être prétentieux. L’an passé, je suis le premier français et je pense que tout le monde, moi compris, voudra faire mieux. C’est cette pensée que j’ai. De me dire : « Ok, j’ai bien fait, mais il faut continuer sur cette lancée, et ne pas me faire rattraper ». Ce sont des potes, mais je ne veux pas me faire battre (rires).
Pour toi, que représente le 400 m ?
C’est un défi (rires). Ce sont des choix à faire qui peuvent se retranscrire dans la vie. Il faut faire des choix forts dans la course ou à l’entraînement et qui vont payer par la suite. Et c’est un dépassement de soi perpétuel.
C’est mental avant d’être physique ?
C’est très physique quand même (rires). Je mettrais les deux au même niveau. Mais c’est en faisant du travail mental que j’ai pu débloquer certaines choses au niveau du 400 m. Je passe par de la préparation mentale. Mon souci était dans la concentration tout au long de ma course. Gérer la souffrance, avec le lactique qui monte. J’essaye de rester focus sur ces choses. Cela m’a apporté cette concentration. Des petites astuces sur certaines activations pour la course.


