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Cyclisme : Vers un conglomérat renforcé et des superpuissances collectives ?

Etienne Goursaud

Publié le

Cyclisme Vers un conglomérat renforcé et des superpuissances collectives
Photo Icon Sport

CYCLISME – La tendance actuelle des grosses équipes, à continuellement se renforcer, peut poser question sur ces nouveaux conglomérats.

Bora-Hansgrohe, UAE Team-Emirates, des budgets quasiment illimités

La formation Bora-Hansgrohe fait parler d’elle sur les marchés des transferts. Sauf retournement de situation, les Allemands viennent de débaucher le jeune Néo-Zélandais Laurence Pithie (Groupama-FDJ) pour 2025. Une formation, dont Red Bull va prendre le lead ces prochains mois. La marque de boissons énergétiques, très investie dans le sport, possédant plusieurs clubs de football, mais aussi présent dans les sports extrêmes, met un pied (de plus) dans le cyclisme. Avec des moyens considérables.

Et les rumeurs vont bon train déjà. Les noms de Wout Van Aert (Visma-Lease a Bike), Jasper Philipsen (Alpecin-Deceuninck), Oier Lazkano (Movistar) et même Remco Evenepoel ont circulé au sein d’une formation qui s’est déjà offerte cette année Primoz Roglic. Si les rumeurs se concrétisent, comme c’est le cas de Laurence Pithie, Bora-Hansgrohe pourrait déjà devenir une superpuissance du World Tour.

Une superpuissance, c’est ce qu’est déjà la UAE-Team Emirates. D’abord axée sur Tadej Pogacar, vainqueur du Tour de France 2020 et 2021, la formation émiratie n’a de cesse de s’étoffer depuis des années. Rien qu’en 2023, ce sont des pointures comme Joao Almeida ou Adam Yates qui ont rejoint cette équipe. Une équipe qui s’attache les services des jeunes les plus prometteurs. Juan Ayuso en 2022, Isaac Del Toro, Antonio Morgado, Filippo Baroncini et Igor Arrieta cette année. Le Mexicain a déjà montré de grandes choses, y compris au niveau World Tour, alors qu’il sort des rangs des juniors.

L’accaparation des grandes courses est déjà une réalité

En 2023, la Jumbo-Visma a remporté les trois grands tours. Primoz Roglic a dominé le Tour d’Italie, Jonas Vingegaard le Tour de France, tandis que Sepp Kuss a créé la surprise sur la Vuelta. Un Tour d’Espagne où les deux premiers nommés sont montés sur le podium, avec leur coéquipier. En 2022, c’est la Bora-Hansgrohe, la Jumbo-Visma et la Deceuninck-Quick Step qui ont remporté les Tours. Une première pour les formations allemande et belge, mais les Allemands sont en pleine structuration et les Belges ont été très dominants dans d’autres secteurs que les courses à étapes.

En 2021, on retrouve INEOS Grenadiers, qui a été l’équipe des années 2010 sur les courses à étapes (7 Tours de France), UAE-Team Emirates et la Jumbo-Visma. En 2020 ? Exactement les mêmes équipes dans le même ordre. En 2019, Movistar s’est invitée au bal avec INEOS et Jumbo-Visma. Cinq ans, 15 Grands Tours et cinq équipes qui ont placé un coureur au sommet du classement général. Et si la terrible chute au Tour du Pays Basque a rebattu les cartes de la manière la plus horrible qu’il soit, sans cela, on a du mal à imaginer comment le Tour d’Italie pourrait échapper à UAE et le Tour de France à la Visma-Lease a Bike.

Domination également sur les Monuments

Si on se penche sur les Monuments, sur la même époque, on peut intégrer l’Alpecin-Deceuninck du dominant Mathieu van der Poel et désormais Jasper Philipsen. Sept Monuments à eux deux. Sinon, on retrouve Visma (Primoz Roglic, Liège-Bastogne-Liège 2020 et Wout Van Aert, Milan-San Remo 2020). Quick-Step (Remco Evenepoel Liège 2021 et 2022, Julian Alaphilippe Milan-San Remo 2019, Philippe Gilbert Paris-Roubaix 2019, Kasper Asgreen, Tour des Flandres 2021), UAE-Team Emirates (Lombardie 2021,2022,2023, Tour des Flandres 2023, Liège 2021), INEOS Grenadiers (Dylan van Baarle, Paris-Roubaix 2022).





Auquel on peut ajouter la Bahrain-Victorious (Sonny Colbrelli sur Paris-Roubaix 2021, Matej Mohoric sur Milan-San-Remo 2022). La Lidl-Trek s’invite aussi avec Bauke Mollema, sur le Lombardie 2019 et Jasper Stuyven sur Milan-San Remo 2021, sans oublier Astana avec Jakob Fuglsang, vainqueur de Liège en 2019 et du Lombardie 2020. Enfin, EF Education, avec Alberto Bettiol, vainqueur du Ronde. Six ans, 26 Monuments (pas de Paris-Roubaix en 2020), pour seulement huit équipes victorieuses. Et sur les trois dernières années, seules cinq équipes ont triomphé.

Quels problèmes cela pose-t-il ?

Au-delà de l’accaparation des victoires sur les plus grandes courses, le fait de voir les grosses équipes qui se ruent sur les jeunes peut devenir un problème. Car il n’y aura pas de la place pour l’éclosion de tout le monde, dans des effectifs limités en nombre et avec des objectifs de résultats à court terme. Des éléments privés et qui ne se développent plus au sein de formations continentales pro.

Le saut junior/World Tour est de plus en plus fréquent et précoce. On a le souvenir du phénomène Remco Evenepoel, pris par Quick-Step en 2019. Cette précocité était stupéfiante, mais le Belge a été relativement couvé, malgré son succès sur la Classica San Sebastian. Trois ans plus tard, Juan Ayuso, aussi sorti des rangs juniors, prenait la 3e place de la Vuelta, pour sa première saison pro.

Des cracks, mais à côté de cela, de la casse. Des jeunes qui seront laissées de côté, et des formations continentales en souffrance. L’écart de niveau s’est considérablement creusé ces dernières années. On a dans le viseur la Tudor, en plein progrès, mais qui semblent disposer de beaux moyens. À côté de cela, la TotalEnergies tousse de plus en plus, avec des résultats qui s’effritent d’années en années. Et c’est aussi le cas des formations World Tour les moins « performantes ». Et la tendance va aller à l’aggravation de ce fossé.

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