Rugby Coupe du monde U20 : Pourquoi la France est-elle si forte ?
COUPE DU MONDE DE RUGBY U20 2024 – Les Bleuets affrontent l’Angleterre ce vendredi (19h), pour ce qui est la 4e finale consécutive chez les U20 côté français. Comment expliquer une telle régularité au plus haut niveau ?
Un Crunch au mois de juillet. Quoi de mieux, avant les Jeux Olympiques, pour mobiliser la communauté rugby autour de l’équipe de France ? Alors oui, ce ne sont « que » des U20. Cela ne rassemblera jamais 15 millions de téléspectateurs devant le poste de télévision, comme ce fut le cas en 2023, lors de la Coupe du monde en France. Mais c’est peut-être parce que ce sont des U20 que c’est intéressant.
Car ce France-Angleterre, ce vendredi à 19h, est plus qu’une finale de Coupe du monde U20. C’est le symbole d’une extrême régularité du rugby français et de sa formation qui va disputer sa quatrième finale consécutive. Après 2018, 2019 et 2023. Trois finales gagnées. Et ce n’est pas l’interruption, pendant quatre ans, de la compétition, qui a contrarié ces Bleuets. Une domination réelle, qui interpelle. Comment la France peut-elle autant dominer chez la catégorie juniors, et ce, depuis des années ? Le tout, enchaînant générations dorées sur générations dorées.

Les JIFF ont tout changé, des clubs performants dans leur formation
Cela n’a pas échappé au public, pendant que de grands clubs, comme le RC Toulon, dominaient la sphère européenne, avec trois titres de champion d’Europe consécutif (2013-2015), le XV de France s’enfonçait dans une triste morosité. Incapable de réellement peser dans la sphère internationale. Des déroutes à la Coupe du monde 2015, aux Tournois des 6 Nations bien trop souvent poussifs. Avec quelques tournées catastrophiques. La FFR a décidé de réagir. De 40 % d’un effectif professionnel en 2010-2011, date de la création du statut, la jauge de JIFF (jeunes issus de la formation française) est passée à une obligation de présenter, en moyenne sur la saison, 16 JIFF sur une feuille de match, pour un club de Top 14 et de Pro D2. Et au maximum 13 joueurs non JIFF (14 pour un promu) peuvent être alignés dans la saison.
Des champions du monde U20 qui s’intègrent vite, des jeunes qui jouent déjà au plus haut niveau
Forcément, cela donne un peu plus de temps de jeu aux jeunes. À la mi-saison du Top 14 et de la Pro D2, la saison précédente, nous faisions un point sur les champions du monde U20 2023 et leur évolution sur l’exercice 2023-2024. Certains avaient déjà du temps de jeu avant cette Coupe du monde U20 2024, comme Baptiste Jauneau ou Mathis Ferté. D’autres étaient devenus incontournables en club, comme Émilien Gailleton ou Théo Attissogbé, du côté de Pau. Surtout, lors de la tournée en Argentine, beaucoup ont découvert l’équipe de France. Malheureusement, Oscar Jegou et Hugo Auradou, impliqués dans une affaire de présumé « viol aggravé », ont fait parler d’eux pour les pires raisons qu’il soit, mais Émilien Gailleton, Théo Attissogbé, Lenni Nouchi ou Posolo Tuilagi ont porté le maillot bleu. Ce dernier, avec Nicolas Depoortère, ont déjà été vus lors du Tournoi des 6 Nations.
Concernant le XV qui a affronté et vaincu la Nouvelle-Zélande en demi-finale (55-31), beaucoup ont déjà de l’expérience. Le talonneur Barnabé Massa a joué 29 matchs de Pro D2 avec Grenoble. Léo Carbonneau à Brive, a également disputé la quasi-intégralité des matchs de son équipe, tandis que son partenaire à la charnière chez les Bleuets, Hugo Reus, a disputé 15 matchs, dont neuf en tant que titulaire, en Top 14, avec La Rochelle. En plus d’avoir fait quatre entrées en Champions Cup. Mathis Castro-Ferreira possède exactement les mêmes statistiques avec Toulouse que l’ouvreur des Maritimes. Mais le 3e ligne, lui, n’a disputé « que » deux matchs de Champions Cup. D’autres ont été vus plus épisodiquement, comme Hoani Bosmorin ou Lino Julien, mais montrent le bout de leur nez. Forcément, cette expérience pèse lourd dans la balance.

Mathis Castro-Ferreira, symbole de l’équipe de France U20 version 2024 – Photo Icon Sport
Des champions du monde U20 en 2018 déjà expérimentés
Et si on reprend les champions du monde U20 en 2018, quatorze sont devenus internationaux (plus Giorgi Beria qui a joué contre l’Uruguay cet été). Des joueurs comme Romain Ntamack, Demba Bamba, Jean-Baptiste Gros ou Cameron Woki font partie du socle de l’équipe de France. Tous ont eu des opportunités de jouer très tôt avec leur club et d’engranger de l’expérience. Et ont déjà approché ou dépassé les 30 sélections, tandis qu’Arthur Vincent approche les 20 sélections. Six ans après, seulement, le titre mondial des moins de 20 ans.
Cela contraste avec la première vague de champions du monde 2006. À l’époque U21, parmi les 23 sur la feuille de match en finale contre l’Afrique du Sud (24-13), douze auront l’honneur de connaître le maillot de l’équipe de France. Mais seuls six joueurs dépasseront le cap des 30 sélections (voir ci-dessous). Et beaucoup ont arrêté prématurément leur carrière. À l’heure actuelle, six ans après le sacre, quatre joueurs n’évoluent « qu’en » Pro D2.
Liste des champions du monde 2006 ayant joué en équipe de France : Guilhem Guirado (74 sélections), Maxime Médard (63 sélections), Damien Chouly (46 sélections), Fulgence Ouedraogo (39 sélections), Thomas Domingo (36 sélections), Maxime Mermoz (35 sélections), Lionel Beauxis (24 sélections), Sébastien Tillous-Borde (19 sélections), Julien Le Devedec (11 sélections), Loïc Jacquet (4 sélections), Julien Tomas (3 sélections), Thibault Lacroix (2 sélections).
Enfin, la bonne santé de la jeunesse actuelle reflète aussi la bonne santé de la formation des gros clubs. On s’aperçoit ainsi que c’est le Stade Toulousain, le club dominant en France, qui a fourni le plus de joueurs issus de la formation (11). Avec Romain Ntamack et Matthis Lebel devenus incontournables, alors que Lucas Tauzin était dans la rotation cette saison. Guillaume Marchand était également pleinement dans les plans toulousains à l’époque, avant de s’envoler au LOU en 2021. D’autres ont un peu moins réussi, comme Paul Mallez ou Daniel Brennan mais continuent d’être professionnels en Pro D2.


