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Grégory Saint-Genies (DTN FFHandisport) : « Le bilan des Jeux Paralympiques est très positif »

Etienne Goursaud

Publié le

Grégory Saint-Genies (DTN FFHandisport) : "Le bilan des Jeux est très positif"
Photo Fédération Française Handisport

PARASPORT – Entretien avec Grégory Saint-Genies, Directeur Technique National de la Fédération Française de Handisport qui revient sur le bilan des Jeux Paralympiques et leur héritage. Et qui nous explique également le fonctionnement de la fédération. Celui qui a participé aux Jeux Olympiques de Vancouver en 2010, en skeleton, espère que le para-sport français va poursuivre son développement, tant en termes de haute performance, que dans la pratique.

Grégory Saint-Genies : « Il y a ce sentiment collectif d’avoir été au rendez-vous »

À froid, quel bilan peut-on faire de ces Jeux Paralympiques ?

Grégory Saint-Genies : C’est un bilan très positif sur beaucoup d’aspects. D’un point de vue sportif. Je ne peux qu’exprimer une très grande fierté sur ces résultats et performances réalisés. Et la façon dont ont été portées les couleurs de l’équipe de France sur les différentes compétitions. Fierté sur le travail réalisé par les équipes, les entraîneurs du quotidien et nos staffs nationaux, qui ont construit la stratégie sur de longues années. On a encore des points d’amélioration de la performance et c’est une très bonne chose. On est entré dans les phases de bilan, pour évaluer les points de réussite et d’amélioration pour l’avenir. Pour savoir où on doit progresser. Mais on a déjà des idées dans ce sens.

Et il faut aussi parler de l’ensemble des équipes de la fédération, qui sont moins mises en lumière que les équipes techniques. Les services de territoire, le marketing et la communication. Il y a ce sentiment collectif d’avoir été au rendez-vous. Les sportifs ont été mis dans de bonnes conditions, grâce à une approche concertée du Ministère des Sports et de l’Agence Nationale du Sport. Dans l’accompagnement des collectifs nationaux de performance. On a pu renforcer nos compétences en ajoutant des entraîneurs nationaux quand c’était possible. Il y a également des garanties financières pour les athlètes du cercle de performance. Avec 40000 € de revenus garantis. Cela leur permet d’aborder sereinement la préparation. On n’oublie pas les partenaires privés, qui ont aussi participé.

L’objectif de Marie-Amélie Le Fur a été respecté à une médaille près, c’est toujours satisfaisant d’être au rendez-vous ?

De notre côté, on avait projeté 55 médailles, sur la partie FFHandisport dont 14 titres. On peut vraiment dire que nous avons fait notre part pour faire rayonner l’équipe de France.

Vous vous attendiez à un tel engouement de la part du public ? On a vu des ambiances incroyables.

Ces Jeux ont été au rendez-vous sur bien d’autres sujets. On a vu la réponse du public français et sa présence dans l’ensemble des arènes de compétition qui étaient pleines. De l’engouement également et une mentalité positive. J’ai trouvé le public génial, car il soutenait tout le monde. Un vrai public de supporter. C’est un cap de passé en France. Quand toutes les forces se rejoignent pour atteindre un même but, on arrive à quelque chose d’extraordinaire. Évidemment, on ne peut pas faire porter sur un évènement la transformation totale de la société, mais cela en est un levier et on a réussi un pari et on peut s’en réjouir. Le fait d’avoir des sites exceptionnels à Paris aide aussi à créer un engouement.

Grégory Saint-Genies  : « Au-delà du handicap, on a vu des athlètes réaliser des performances »

Et il y a l’enjeu de médiatisation. Ces JP étaient les premiers 100 % médiatisés. Mais comment médiatiser ces athlètes toute l’année et pas qu’une fois tous les quatre ans ?

Le traitement médiatique de ces Jeux est une réussite. De tous les médias, vous en premier lieu (rires). Mais France TV a fait un travail extraordinaire, en termes de diffusion. Cela n’avait jamais été jusque-là. Cela mis en valeur le monde du sport. Il y a eu un changement de mentalité, ce qui était un enjeu de ces Jeux. Évoluer le regard sur le para-sport et les représentations qu’on a sur le handicap. Au-delà du handicap, on a vu des athlètes réaliser des performances et dans toutes les disciplines. Ce sont des athlètes. Le pari sportif a été relevé.

Pour la suite, je ne sais pas si j’ai la réponse, mais je vais ressortir des pistes. La Fédération Française Handisport organise ses pratiques, pour qu’elles soient diffusables. On crée le contenu. Sur le basket, on fait des captations de match de championnat. On va essayer de le débloquer sur d’autres disciplines. On le fait pour nos championnats de France. Il faut discuter avec les diffuseurs, pour être diffusé. On a des plateformes sur Youtube et Sportall. Comment faire pour intéresser les grands médias ?





Il me semble que dans les conditions de l’audiovisuel public, il y a des engagements à diffuser gratuitement certains évènements (NDLR : L’engagement date de début juillet et concerne les chaînes en clair, au-delà de celles du service public). En Italie, la Rai diffuse assez fréquemment des compétitions. Mais il faut se dire que pour une fédération, supporter des productions de niveau télévisuels, c’est compliqué. Il faut se poser l’organisation avec les chaines audiovisuelles. L’État aide sur les couts de productions pour le para-sport. Cela a été le cas des mondiaux de para-athlétisme en 2023. Il faut que chaque grand championnat rentre dans ce cas. Coté écrit, si l’Équipe consacre un quart de page au para-sport, ce serait une bonne chose. On a des choses à raconter.

On a des athlètes qui sont devenus des stars avec un besoin de suivi plus continu…

Le public a découvert nos athlètes, mais grâce aux médias. Je tiens à saluer le travail de l’Équipe, qui sur sa partie digitale a beaucoup accompagné les Jeux Paralympiques. Nos athlètes se sont fait connaitre et ont des parcours intéressants. Et voir comment ils évoluent, comment ils abordent leurs grandes compétitions, cela peut intéresser. On va continuer à faire ce qu’on fait depuis des années, développer nos pratiques et aider les athlètes à réaliser de grandes performances.

Grégory Saint-Genies : « L’engouement est encore difficile à mesurer »

On parle beaucoup d’héritage de ces Jeux Paralympiques, est-ce que vous avez eu des premiers retours en termes de potentiels nouveaux adhérents ?

C’est encore difficile de le mesurer. La saison a commencé le 1er septembre, en plein cœur des Jeux. On a mis en place un système d’informations-affiliation, pour faciliter le parcours de l’usager. Comme toute nouveauté digitale, cela nécessitera des mises à jour et adaptation. Mais on voit que sur nos différentes plateformes, il y a eu une explosion de visites, notamment sur la classification des sports et comment on les pratique. Sur certaines plateformes, on est à 200 % d’augmentation. Et même sur une, on est à 2000 % de 20000 sessions à 360 000. L’intérêt a augmenté considérablement et c’est une bonne chose. Il faudra voir ce que cela donne sur le nombre de licences. On en aura sans doute à la fin septembre/début octobre (interview réalisée le 20 septembre).

Il faut expliquer que la classification n’est pas en empêchement. La classification vient à partir du moment où vous faites de la compétition. On peut aussi avoir envie de faire du sport pour sa santé, s’épanouir et être avec les copains. Cette mixité est importante aussi.

Mais on se prépare, avec les comités et les clubs, pour recevoir les potentiels nouveaux pratiquants. Ces Jeux ont permis des avancées dans les transports et des travaux. Le village olympique était complètement inclusif. Cela va laisser un héritage en termes d’urbanisme. Mais aussi en termes de matériel. Que les clubs peuvent récupérer. Et évidemment, je reviens sur la transformation des mentalités.

Grégory Saint-Genies : « Convaincre les personnes en situation de handicap qu’elles peuvent faire du sport »

On évoque l’accueil, mais on sait que beaucoup de clubs ne sont pas encore en capacité structurelle d’accueillir les handi-sportifs ? Comment faire pour accompagner au mieux ces clubs ?

On peut envisager plusieurs angles, mais le premier, c’est la formation et l’information. Notamment aux bénévoles et professionnels des clubs affiliés. Cela prend en compte le besoin de la personne en situation de handicap, en rapport à l’activité physique. Il faut faire mieux connaitre ces formations, comme le fait le dispositif « club inclusif« , un dispositif de l’État, pour aider les clubs « ordinaires » à se former à l’accueil de personnes en situation de handicap. Il faut déjà rassurer et informer en disant aux personnes qu’ils sont capables d’accueillir des handi-sportifs. On peut les accompagner. Cela peut renforcer le maillage territorial. Un gros travail a été fait par les pouvoirs publics, pour rendre les structures accessibles. Mais la question est encore de s’y rendre. Le transport reste un sujet. Cela fait partie de nos discussions.

On en revient au fait de lutter contre les représentations que les valides ont de ce que peuvent faire et pas faire des personnes en situation de handicap. Je cite Philippe Croizon, qui dit que les personnes en situation de handicap sont capables autrement. Mais il faut lutter contre la représentation des personnes en situation de handicap et leur dire qu’elles sont capables de faire du sport. Il faut mettre en place des situations de compensations de l’environnement. Sans oublier les personnes en situation de handicap psychique ou mental. Chose que fait la Fédération Française de Sport Adapté. Notre slogan, c’est « Le handisport, des bienfaits pour toi« . On a une offre avec près de 130 pratiques sportives différentes.

Grégory Saint-Genies : « Dévolopper des compétences transversales entre les sports »

Question de profane, mais la FF Handisport gère tous les sports. Comment on fait pour avoir une expertise sur des disciplines qui sont totalement différentes ? Il y a des passerelles avec d’autres fédérations ?

Jusqu’en 2016 la FFH gérait tous les sports dont les sportifs étaient atteints de handicaps sensoriels et physiques. En 2017, il y a des disciplines qui sont sorties de la FFH pour aller dans des fédérations homologues, comme c’est le cas du triathlon ou l’aviron. Qui ont la labellisation pour les valides et le para-sport. Elles ont développé des activités qui ne sont pas encore développées. Je pense au para-skateboard. Nous, on a 23 disciplines en délégation, dont 11 qui sont paralympiques d’été.

Il y a un sujet pour encadrer et développer la pratique, c’est la connaissance de la pratique et des besoins spécifiques des personnes. Il y a des sports à part entière comme le basket fauteuil, où le meilleur basketteur valide du monde ne fera pas forcément le meilleur basketteur fauteuil. Le rugby fauteuil, par rapport au XV, ce ne sera pas le même sport. Il y a donc une connaissance spécifique et un travail avec un réseau fort. En ayant ce côté pluri-discipline, on a développé des compétences en même temps que les sports ce sont développés. Le parasport avait d’abord pour but l’amélioration de la santé et a aussi bifurqué vers de la performance. On a eu une montée de compétence sur le sportif et l’adaptation à la personne en situation de handicap.

On a aussi des conventions avec les fédérations homologues, que ce soit avec les Fédérations qui ont l’allégation. Cela permet d’avancer et mutualiser les besoins. Mais on a aussi des conventions avec des disciplines dont on est support. Comme l’athlétisme. Notamment au niveau des officiels sur les compétitions. Cela permet de développer l’expertise technique, mais aussi de la connaissance du handicap. On développe aussi des compétences transversales. Avec des points communs entre le basket fauteuil, le rugby fauteuil et l’athlé fauteuil. Et on développe des « hyperexperts » dans nos disciplines. On a vu aussi, sur l’athlé, l’arrivée de Guy Ontanon, un illustre entraineur, en tant que manager. Ses compétences ont apporté sur le para-athlé.

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