Éric Poiret : « L’Enduropale du Touquet est digne des plus grands événements sportifs mondiaux »
ENDUROPALE DU TOUQUET 2025 – L’évènement fondé en 1975 fêtera cette année, du 7 au 9 février prochain, son demi-siècle d’existence. À cette occasion, Éric Poiret fait paraître « Le Touquet 50 ans – Les héros de l’Enduro » (Éditions Solar) où il rend hommage aux pilotes qui ont forgé la légende de la course. Grand passionné de cette course qu’il a découverte en 1980 à l’âge de sept ans et dont il n’a loupé que deux éditions depuis, il revient sur ses particularités afin de mieux comprendre sa renommée.
Comment expliquez-vous la popularité de l’Enduropale du Touquet ?
Il faut la vivre pour s’en rendre compte. C’est un événement qui a une dimension très particulière, puisque c’est une course avec 1 000 motards à l’époque, sur une plage, dans les dunes et qui est gratuite. Il attire des curieux qui, comme ma famille, ne sont pas du milieu de la moto, mais qui accrochent à l’événement grâce à son cadre, au spectacle, au bruit, aux hélicoptères… L’Enduropale du Touquet est digne des plus grands événements sportifs mondiaux. En France, c’est comparable aux 24 heures du Mans ou au Bol d’Or.
Vous expliquez justement que des pilotes internationaux comme Kees van der Ven surnommé « Monsieur Touquet » (cinq victoires consécutives entre 1982 et 1986) y ont fait leur légende. Comment s’est-elle internationalisée ?
Au tout départ, c’était une manifestation très franco-française. Les organisateurs étaient dans l’incertitude et c’était presque du one-shot. Mais dès le départ, l’engouement a été là au niveau du public et des pilotes qui ont doublé dès la deuxième édition. L’évènement est aussi devenu international grâce aux marques de moto, qui ont très vite compris qu’il y avait un intérêt commercial important à être présent sur cet événement.
Kees van der Ven participe pour la première fois en 1981 et c’est la première fois également que KTM s’implique dans l’épreuve. Mais auparavant, des importateurs comme Ossa, Yamaha et Honda un petit peu s’étaient déjà intéressés. Petit à petit, les vedettes internationales et des champions du monde de motocross sont venus rouler au Touquet et ça fait la renommée internationale de l’épreuve.

Beaucoup de grands noms de l’Enduropale ont aussi participé au Dakar. Pourtant, les deux évènements demandent des habiletés distinctes.
Effectivement, les deux épreuves sont totalement différentes. Le rallye est une discipline à part entière. À l’époque, l’Enduropale s’apparente plus à de l’enduro où les pilotes roulaient dans les dunes sur un terrain peu délimité. Maintenant, c’est devenu un moto-cross géant, voire un Grand Prix géant. En fait, les pilotes du Dakar venaient rouler à l’Enduropale par amitié pour Thierry Sabine. Dans les premières années, il n’y avait d’ailleurs pas vraiment de pilotes de rallye parce que Thierry Sabine n’avait pas encore inventé le Dakar (Paris-Dakar à l’époque, créé en 1978).
Ensuite, les pilotes du Dakar, qui étaient davantage des pilotes d’enduro que des crossmen et qui finissaient généralement à la mi-janvier, venaient au mois de février au Touquet parce qu’ils avaient passé trois semaines avec Thierry Sabine et qu’ils avaient noué des liens. Mais ils venaient surtout rouler pour le plaisir. Même Stéphane Peterhansel, qui était un enduriste, avant de partir sur le Dakar (14 victoires : six en moto et huit en auto), n’est jamais venu à l’Enduropale pour le gagner. Il venait parce que c’était une fête de la moto.
En 2014, Livia Lancelot a terminé 39e de la course, soit le meilleur classement d’une pilote sur la course. Pourrait-on en voir une gagner un jour ?
En moto, c’est quand même assez compliqué. Sa place est une performance qui n’avait jamais été réalisée avant et qui n’a jamais été rééditée depuis. Tout le monde aimerait bien, mais je pense que c’est assez difficile. Plein de facteurs font que dans la moto, les féminines n’accrochent pas encore les hommes. Il y aura peut-être un prodige féminin qui pourra rivaliser avec les hommes. Mais espérons. Ce serait bien qu’un jour une championne puisse le faire.
L’Enduropale du Touquet n’est pas qu’une course de moto. Il y en a également une en quad (le quaduropal). Peut-on parler d’un festival du sport mécanique ?
C’est un peu ça et c’est ce que souhaite la mairie du Touquet : faire un évènement sur quatre ou cinq jours, peut-être même une semaine cette année avec un musée éphémère pour les 50 ans. Ce n’est pas vraiment multidisciplinaire dans le sens où il n’y en a que deux, mais le quad apporte autre chose, car c’est un pilotage totalement différent.
C’est très difficile d’importer une nouvelle discipline au Touquet et je ne pense pas que ce soit dans les projets, mais il y a tout un tas de manifestations qui sont faites tout au long du week-end, comme des démonstrations de motos électriques pour les enfants. Cette année, il y aura aussi une vente aux enchères avec des objets de très grande valeur. À une époque, il avait été envisagé de faire une course de SSV (Véhicule utilitaire tout-terrain) donc sur 4 roues, mais ça aurait été une course affiliée à la Fédération française du sport automobile et pas à celle de moto. Peut-être qu’un jour, il y aura une course de motos électriques avec leur développement.
Qui sont les favoris de cette édition anniversaire ?
Deux pilotes paraissent un peu – et même beaucoup – au-dessus des autres sur le championnat de France des sables (six courses) : l’Anglais Todd Kellett, double tenant du titre et qui a gagné l’avant-dernière étape à Grayan-et-L’hôpital (Gironde) et le Belge Cyril Genot qui a été blessé à l’épaule durant la saison et qui revient progressivement à 100 %. Il peut chatouiller Todd Kellett et ce serait bien pour le suspens.
Pour la troisième place du podium, c’est très ouvert, surtout, qu’au Touquet, il peut tout se passer. Sur les 1 300 pilotes qui vont prendre le départ de la course principale, il y a surtout 1 250 pilotes amateurs qui sont tout autant de chicanes mobiles à éviter tout au long des trois heures. Il peut y avoir beaucoup d’incidents qui font que les favoris ne sont pas à l’arrivée. C’est aussi ce qui fait le charme de cette course.


