Courses de légende #9 : La Western States 100
En plein cœur de la Californie la plus aride se tient à la fin du mois de juin une des courses d’ultra-trail les plus prestigieuses de la planète, la Western States Endurance Run. L’occasion pour nous d’ouvrir un nouveau volet de nos courses de légende.
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Le 28 juin, ils seront comme de coutume très exactement 369 coureurs à arpenter les pentes de la Sierra Nevada. La Californie, des canyons aux couleurs ocres jusqu’aux sommets enneigés, nous promettait une nouvelle fois une lutte de haute volée dans un cadre magique pour la course à pied. D’autant qu’on se frottait tous les mains à l’idée du duel qui se profilait entre deux des grandes stars de la discipline, le Catalan Kilian Jornet et l’Américain Jim Walmsley. Malheureusement, ce dernier, blessé, a dû renoncer à prendre le départ ce samedi, ce qui n’enlève rien à l’attente des premières foulées des traileurs, parmi lesquels Vincent Bouillard, vainqueur surprise de l’Ultra-Trail du Mont Blanc l’an passé.
Saturday, June 28 starting at 4:15am PST. The annual 100-mile pilgrimage from Olympic Valley to Auburn begins for 370 runners. Tune in to watch their journeys unfold.
📺: https://t.co/P4p8jJaUDR pic.twitter.com/vIM1PXbwHv
— Western States 100 (@wser) June 26, 2025
Un profil plutôt descendant et des lieux mythiques
161 km et les sacro-saints 100 Miles pour 5500m de dénivelé positif et surtout 7000 de dénivelé négatif, voilà ce qui attend les valeureux aventuriers qui s’élanceront d’Olympic Valley ce 28 juin. Située à 1900m d’altitude, la station est un vestige du lieu qui a accueilli les Jeux Olympiques d’Hiver en 1960. Les coureurs se dirigent ensuite immédiatement vers le point culminant du parcours, Emigrant Pass, un sommet la plupart du temps enneigé à 2667m.
Ensuite, le profil s’avère relativement roulant et descendant dans sa globalité. Les canyons de la mythique ruée vers l’or proposent toutefois un parcours très accidenté et surtout de fortes chaleurs jusqu’à 38 degrés. La traversée du cours d’eau Rusty Chucky sur le dernier tiers du parcours peut s’avérer aussi salutaire que dangereux. En effet, quand cela n’est pas effectué en barque, elle se fait via une ligne de sécurité entrainant un risque spectaculaire de choc thermique mettant à l’épreuve les organismes fatigués de chacun. Ensuite, la partie technique, surnommée Darkness en raison du passage effectué de nuit, demande de la prudence et de la concentration et entraine une fatigue mentale importante. Enfin, la dernière partie s’apparente davantage à une carte postale, traversant le monument historique du Pont No Hands et, malgré la dernière montée de Robie Point, reprenant le bitume roulant dans ses derniers kilomètres vers Auburn.
De grands noms au palmarès
Il faut bien reconnaitre que les Américains et Américaines composent en grande partie le palmarès de l’épreuve californienne. Jim Walmsley l’a par exemple emporté à quatre reprises et détient le record de l’épreuve en 14h09:28. Parmi les autres figures de l’Oncle Sam à s’être illustrées, notons le septuple vainqueur Scott Jurek, qui a régné sans partage de 1999 à 2005 et bien entendu l’immense Courtney Dauwalter, qui l’a emporté par deux fois, dont une sixième place au scratch en 2023. Elle détient également le record féminin en 15h29:34. Cependant, la locale Ann Trason domine le nombre de trophées hommes et femmes confondus avec pas moins de 14 victoires à son actif.
Ainsi, rares sont les coureurs d’autres nationalités à avoir récolté les lauriers en Sierra Nevada. L’Ultra-Terrestre Kilian Jornet est de ceux-là avec sa victoire de 2011 mettant fin à l’hégémonie américaine. Ajoutons à cette courte liste le Sud-Africain Ryan Sandes en 2017, la Néo-Zélandaise Ruth Croft en 2022 ou encore le Britannique Tom Evans en 2023.
Une histoire singulière dès les années 50
La course attire ainsi chaque année d’immenses stars de la discipline, et ce n’est certainement pas un hasard. Plus ancien ultra-trail de la planète, la Western States 100 nait dans sa première version au milieu des années 1950. A l’époque, point de coureurs, mais des chevaux. Sur un parcours presque similaire, des cavaliers s’opposent dans une course, véritable guerre des équidés, nommée Western States Trail Ride (ou Tevis Cup).
Les premiers exploits pédestres arrivent vingt ans plus tard. Suite à une blessure de son cheval, Gordy Ainsleigh boucle la course à pied en un peu moins de 24 heures et la légende prend forme. Deux autres tentatives semblables ont suivi en 1975 puis en 1976 pour un second succès de finisseur. Après ces quelques pionniers, la course sous sa forme ultra-trail apparait en 1977 et c’est le local Andy Gonzales qui règle un field de 14 coureurs pour seulement trois arrivants !
Cependant, la course explose très vite et dès 1981, l’organisation coule sous les demandes de participation et est contrainte de mettre en place un tirage au sort pour désigner les participants à l’épreuve. Puis, en 1986, le parcours définitif prend forme et le restera jusqu’à aujourd’hui. Après plus de 50 années d’existence, la Western jouit d’une popularité immense, est intégrée aux plus grands circuits d’Ultras tels le défunt Ultra-Trail World Tour, et est même considérée comme un des quatre monuments de la discipline avec ses consœurs la Hardrock 100, l’Ultra-Trail du Mont Blanc et la Diagonale des Fous.
Boucles de ceinture et contrôles médicaux
Alors, pour qui cette année la boucle de ceinture en argent représentant un temps inférieur à 24h et celle bronze symbolisant un sub 30h ? Ne nous y trompons pas : malgré un profil plus roulant que dans les autres monuments, les conditions extrêmes et les passages très techniques rendent la course longue et fastidieuse pour beaucoup. Aussi, comme pour tout ultra-trail, le terme finisher prend une saveur bien particulière pour tout concurrent ayant réussi à rallier Auburn dans les temps.
Dans l’héritage de la course de chevaux qui s’y tenait, plusieurs checkpoints présentent encore aujourd’hui des contrôles médicaux obligatoires. Du personnel médical s’y trouve pour prendre la tension et relever le poids des concurrents. Bien sûr, ces arrêts coupent sans doute l’élan de certains, mais prouvent, si besoin, il en était, que la santé des coureurs est une priorité absolue pour l’organisation. Les fortes chaleurs et les grands écarts en termes de température sont propices aux hallucinations. À titre d’exemple, la traversée du cours d’eau Rusty Chucky provoque parfois un choc thermique fatal, alors que d’autres prennent plaisir à piquer une tête. Allez comprendre.
Au-delà d’un parcours exaltant et riche en terrains différents, de canyons rouges et arides en sommets enneigés, de forêts sauvages en cours d’eau imposants, la Western States 100 Endurance Run fascine par son ancienneté et les conditions extrêmes dans laquelle elle se court. Devenue un véritable monument de l’ultra-trail, la course américaine n’est jamais boudée par les plus grandes stars de la planète trail.


