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Cyclisme sur route

Benoît Cosnefroy chez UAE Team Emirates XRG, mais pourquoi faire ?

Flo Ostermann

Publié le

Benoît Cosnefroy chez UAE Team Emirates XRG, mais pourquoi faire
Photo Icon Sport

À 30 ans, Benoît Cosnefroy quitte Decathlon AG2R La Mondiale pour rejoindre UAE Team Emirates XRG, l’équipe de Tadej Pogacar. Un transfert symbolique qui illustre l’attractivité croissante des grandes formations étrangères et un tournant dans la carrière du puncheur français.

C’est un transfert qui a fait parler ces derniers jours. Longtemps incertain quant à son avenir, Benoît Cosnefroy (30 ans) quitte Decathlon AG2R La Mondiale, l’équipe avec laquelle il a grandi, progressé et forgé un palmarès déjà bien fourni, pour rejoindre UAE Team Emirates XRG, la formation de Tadej Pogacar, l’une des structures les plus puissantes du monde. Ce changement n’est pas anodin. Il reflète à la fois l’évolution de la carrière d’un coureur arrivé à maturité et la transformation du peloton professionnel, de plus en plus structuré autour de quelques super-équipes capables de dicter le tempo de la saison.

Une page tournée après neuf saisons chez AG2R

Benoît Cosnefroy a intégré la structure AG2R en 2017, quelques mois après son titre de champion du monde espoirs sur route à Bergen, en Norvège. Très vite, il s’est imposé comme une grande figure de la formation savoyarde, spécialisée dans les classiques vallonnées, et alors organisée autour de Romain Bardet sur le Tour de France. Son style offensif, son flair tactique et son punch dans les finals lui ont permis de construire un palmarès solide : victoires sur la Bretagne Classic en 2021 et le Grand Prix de Québec en 2022 (deux épreuves World Tour), succès sur la Flèche Brabançonne en 2024, mais aussi de multiples podiums ou places d’honneur sur les Ardennaises, avec une deuxième place sur l’Amstel Gold Race en 2022 et sur la Flèche Wallonne en 2020.

Le Cherbourgeois est devenu, au fil des années, l’un des symboles d’AG2R, une équipe historique du cyclisme français. Leader sur les courses d’un jour, protégé sur les classiques, Cosnefroy disposait d’une grande liberté de manœuvre et d’un statut incontesté. C’est justement ce qui rend son départ si significatif : il quitte un environnement bâti autour de lui pour s’intégrer à une machine collective.

Une équipe qui veut tout gagner

La formation émiratie UAE Team Emirates XRG est aujourd’hui l’équipe la plus dominante du peloton. Ses 97 succès acquis en 2025 — un record explosé sur une saison — en attestent. Autour de Tadej Pogacar, quadruple vainqueur du Tour de France et collectionneur de Monuments, la structure du Golfe a bâti une armada impressionnante, présente sur tous les terrains : Grands Tours, classiques flandriennes et ardennaises, courses d’une semaine et semi-classiques.

Ces dernières saisons, UAE a clairement affiché sa stratégie : renforcer tous les pôles. Derrière Pogacar, Isaac Del Toro a confirmé en 2025 toute l’étendue de son talent. Des valeurs sûres comme Adam Yates, Pavel Sivakov, Brandon McNulty ou Jay Vine sont également capables de briller. L’équipe a aussi densifié ses forces sur les classiques flandriennes en recrutant Tim Wellens, Nils Politt ou encore Florian Vermeersch. L’arrivée de Benoît Cosnefroy s’inscrit dans cette logique : multiplier les options tactiques pour rendre l’équipe imprévisible.





Cosnefroy, avec son profil de puncheur expérimenté, est un renfort idéal pour les Ardennaises et pour toutes ces courses où UAE veut pouvoir peser sans reposer uniquement sur Pogacar. Dans un collectif ultra-solide, il peut aussi être une carte offensive dans des scénarios de course complexes, là où la présence d’un seul leader ne suffit pas.

Un rôle moins central, mais potentiellement plus gagnant

Chez Decathlon AG2R La Mondiale, Cosnefroy avait un statut de leader clair lorsqu’il était aligné au départ d’une course. Chez UAE, il entre dans un effectif d’exception où la hiérarchie est déjà bien établie. Cela signifie qu’il devra accepter un rôle plus flexible : parfois en soutien, parfois en deuxième lame, parfois en électron libre.

Mais cette nouvelle position n’est pas forcément synonyme d’effacement. Au contraire. Dans une équipe où le marquage des adversaires se concentre sur Pogacar, Cosnefroy pourrait bénéficier de réelles opportunités de victoire. Encore plus lorsque l’ogre slovène ne sera pas présent, notamment sur certaines semi-classiques vallonnées.

Cette configuration, fréquente dans les grandes formations, peut transformer des outsiders en vainqueurs. Elle demande cependant une adaptation : passer d’un statut de figure centrale dans une équipe française à celui de pièce stratégique dans une armada mondiale. Un changement de culture sportive autant que de structure.

La nouvelle trajectoire des coureurs français

Le choix de Benoît Cosnefroy s’inscrit dans une tendance de fond. Ces dernières années, de plus en plus de coureurs français quittent les équipes tricolores pour rejoindre les grandes formations étrangères. Christophe Laporte en est l’un des exemples les plus marquants. Parti de Cofidis pour la Visma Lease a Bike des Jonas Vingegaard et Wout Van Aert en 2022, il a franchi un cap en quelques mois, s’imposant sur Gand-Wevelgem et À Travers la Flandre en 2023, sur Paris-Tours l’année suivante, sans oublier son titre de champion d’Europe de la course en ligne.

D’autres ont suivi cette voie. Après la disparition de la structure B&B Hotels fin 2023, Axel Laurance a rejoint Alpecin-Deceuninck, avant d’atterrir chez INEOS Grenadiers en 2025. Louis Barré a lui quitté Arkéa pour Intermarché-Wanty, franchissant également un cap en 2025. En 2026, Cosnefroy ne sera pas le seul à faire le grand saut à l’étranger : son futur ex-coéquipier Dorian Godon, ainsi que Kévin Vauquelin (Arkéa-B&B Hotels), meilleur Français du dernier Tour de France, porteront les couleurs d’INEOS Grenadiers.

Cette tendance traduit un changement profond. Les talents français ne se limitent plus aux structures hexagonales, souvent plus modestes en moyens humains et financiers que les super-équipes étrangères. Ces grandes formations offrent des effectifs mieux structurés, une logistique et un suivi ultra-optimisés, une expertise en performance très développée, et surtout la possibilité de se frotter aux meilleurs dans des conditions idéales. Ce qui séduit les coureurs en quête d’un nouveau cap dans leur carrière.

Un choix qui dit beaucoup du cyclisme moderne

L’arrivée de Cosnefroy chez UAE Team Emirates XRG est donc plus qu’un simple transfert. Elle illustre la recomposition progressive du peloton mondial autour de quelques blocs dominants capables d’imposer leur loi sur la plupart des grandes courses. Pour les équipes françaises, cette évolution pose une question stratégique majeure : comment conserver leurs leaders et rester compétitives dans un marché où les super-équipes deviennent incontournables ?

Pour Cosnefroy, ce transfert représente un pari clair et mesuré. Il renonce à un statut de leader unique ou presque, pour intégrer une structure où il aura les moyens de viser plus haut, même en partageant les responsabilités. Son expérience et son profil pourraient s’avérer précieux dans une équipe qui, plus que toute autre, sait capitaliser sur la force du collectif.

Un printemps décisif en perspective

La saison 2026 des classiques s’annonce comme un tournant dans la carrière du Normand. Elle dira s’il parvient à se fondre dans un collectif plus vaste tout en gardant une identité de coureur capable de gagner. Sur les Ardennaises, il pourrait être une carte offensive crédible derrière Pogacar. Sur certaines courses d’un jour, il pourrait même retrouver un statut de leader désigné.

Quoi qu’il advienne, ce transfert marque un moment charnière. Pour Cosnefroy, pour AG2R qui s’internationalise, et plus largement pour le cyclisme français, dans un monde professionnel où la domination de quelques grandes équipes semble appelée à durer.

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