Louis Barré : « Mon objectif numéro 1 en 2026 ? Les classiques ardennaises »
CYCLISME – Louis Barré est l’une des surprises françaises de l’année. Sixième de l’Amstel Gold Race, le puncheur français a répondu à nos questions, à quelques jours de sa dernière course de la saison, la Japan Cup. Il revient notamment sur son année 2025, ses objectifs pour 2026, mais aussi sur la fusion à venir entre Intermarché-Wanty et Lotto.
Cette année, vous participiez à vos premiers Mondiaux, au Rwanda. Vous avez abandonné après avoir été malade, comment allez-vous depuis ?
Je suis tombé malade la veille de la course. Depuis, je suis encore fatigué, donc ce n’est pas le top. Avec Julian (Alaphilippe), on a eu quasiment les mêmes symptômes, mais il n’a pas eu le temps de faire des tests. Moi, j’ai eu le temps, et finalement, j’avais un parasite intestinal. Je suis encore sous antibiotiques, même si j’ai repris les courses. J’ai fait le Tour de Lombardie et le Gran Piemonte, mais c’est compliqué : les sensations ne sont pas là.
Il reste une dernière course au Japon. Quel est le bilan de la saison ?
Je suis un peu déçu parce que j’arrivais en forme au Rwanda, mais ça ne gâche pas ma saison. Sur le Tour de France, ça a aussi été un peu moins bien, à cause de mes deux chutes. Mais à part ça, je ne peux pas me plaindre : j’ai fait une belle année et je suis vraiment content.
Votre Tour de France 2025 a été marqué par une grosse chute dès le début. Comment vit-on le Tour dans ces conditions ?
C’est compliqué. Déjà, j’ai commencé le premier jour en étant malade. Ensuite, ça allait de mieux en mieux, jusqu’au jour où je suis tombé. C’était l’étape du Mûr-de-Bretagne, je me disais que je pouvais jouer quelque chose, donc c’est un peu dommage.
Après la chute, on vit le Tour différemment. C’est un peu plus la galère, on profite moins de l’événement. Mais je me suis battu et je suis allé au bout : c’était mon premier Grand Tour terminé, et sur ce point, je suis vraiment content. L’objectif était de finir, en me disant que ça irait peut-être mieux au fil des jours pour garder la motivation.
Vous déclariez récemment dans Vélo Magazine que vous aviez une puissance phénoménale, malgré une perte après votre grave chute en 2020. Comment l’expliquez-vous ?
Après ma fracture de la rotule en 2020, j’ai perdu de la puissance dans l’équilibre jambe gauche – jambe droite. Avant, j’avais plus de force sur la jambe droite, et maintenant, c’est la gauche. Je pense que j’ai compensé. Ça a pris du temps, mais j’ai réhabitué mon organisme à produire de gros efforts, et aujourd’hui, j’arrive à développer de vrais bons watts.
On vous voit surtout à l’aise sur des efforts de type puncheur. Est-ce là que vous êtes le plus fort ?
Je suis puncheur, voire puncheur-grimpeur. Les efforts que je préfère, et là où je suis le meilleur, sont ceux de 2 à 20 minutes. Il faut aussi que la course ait été difficile tout le long, pas une montée sèche à l’arrivée. C’est ce qui explique que je préfère l’Amstel Gold Race ou Liège-Bastogne-Liège à la Flèche Wallonne. Quand la course a été usante, le placement devient moins important. Ce n’est pas ma spécialité, et souvent dans les classiques, j’arrive seul en fin de course. Il y a donc moins la question d’avoir des équipiers pour bien se positionner dans les derniers kilomètres. J’ai également une bonne endurance, ce qui me permet d’être performant sur les longues courses d’un jour.

Vous n’avez pas encore gagné chez les professionnels. S’il fallait en choisir une en 2026, laquelle serait-ce ? Et pourquoi ?
Ma préférée, c’est Liège. Elle n’est pas facile à gagner, mais c’est celle qui me correspond le mieux. C’est une course longue, dure. En plus, c’est un monument, une épreuve tellement prestigieuse qu’elle fait rêver. J’aimerais aussi remporter la Clasica San Sebastian et le Grand Prix de Montréal.
Quels sont vos principaux objectifs pour 2026 ?
Mon objectif numéro 1 en 2026 sera les classiques ardennaises. Il y aura également San Sebastian, Montréal et les courses italiennes de fin de saison. Pour les Grands Tours, je ne sais pas encore ce que je vais faire, donc je ne sais pas si je serai de nouveau sur le Tour de France.
Qu’est-ce qui vous passionne dans le cyclisme ?
Je suis passionné par ce sport, et ça me motive chaque jour. Je suis un grand compétiteur, j’ai envie d’être présent sur les plus belles courses et de performer au maximum. Quand les meilleurs du monde (Pogacar, Evenepoel, van der Poel) sont alignés, forcément, gagner devient plus compliqué. Mais je sais que si tout se combine bien et que je continue de progresser, tout peut se jouer sur certaines courses.
Si je prends l’exemple de l’Amstel Gold Race : Pogacar, cette année, a eu un coup de moins bien après être parti seul. Derrière, ça revient et il ne gagne pas. Dans ces moments-là, tout devient possible. Et puis, il y a toujours des opportunités quand ils ne sont pas alignés sur la même course que moi. On sait très bien que c’est difficile de battre Pogacar, surtout avec l’équipe qu’il a. Mais il y a toujours des possibilités, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Pour moi, ce n’est pas frustrant : il y a des phénomènes dans le cyclisme, mais c’est tant mieux pour notre sport.
Êtes-vous plutôt un cycliste obsédé par les stats et la puissance, ou un coureur à l’instinct et aux jambes ?
Sur le vélo, je suis un coureur à l’instinct. Quand j’ai les jambes, si je peux attaquer, j’attaque directement. Je ne suis pas du genre à rester dans les roues ou à regarder le compteur. Je ne regarde même pas mes watts en course. Je préfère courir au ressenti. J’ai déjà fait des courses avec un capteur de puissance, mais quand tu vois les watts que tu sors et que ça ne se traduit pas sur la route, ça te plombe le moral. Je préfère faire sans. En revanche, à l’entraînement, je suis très rigoureux, notamment sur la nutrition.
Votre arrivée chez Intermarché-Wanty cette année, ça s’est bien passé ?
Oui, on était quatre Français (Alexy Faure-Prost, Hugo Page et Adrien Petit), mais on parle beaucoup en anglais. C’était quelque chose que je voulais vivre, au moins une fois dans ma carrière. J’ai eu l’opportunité de les rejoindre et franchement, je ne regrette pas mon choix. Cela m’a permis de découvrir de nouvelles choses.
La fusion Intermarché-Lotto vous inquiète-t-elle ? Avez-vous reçu des garanties pour 2026 ?
De mon côté, je ne suis pas inquiet, mais je le suis davantage pour d’autres coureurs de l’équipe et certains membres du staff, car je sais que tout le monde ne sera pas conservé. Moi, j’ai la certitude d’être gardé, et surtout, j’ai des offres ailleurs. Je ne critique pas la fusion, loin de là, car c’est grâce à cela que les équipes peuvent continuer d’exister dans le cyclisme actuel, qui demande beaucoup d’argent pour performer.
En tant que coureur, on n’a pas toutes les infos, mais je pense que ça devrait se faire dans la semaine (interview réalisée le 13 octobre). Ils sont en train de confirmer les documents et de commencer à constituer les effectifs ainsi que le staff. Les contrats actuels ne seront plus valables avec la fusion, je dois donc signer un nouveau contrat. Mais si j’en ai envie, je peux aussi partir. Je donne la priorité à l’équipe dans laquelle je suis. Logiquement, j’attends de savoir ce qu’ils vont faire, avec comme date limite la fin de semaine. Après, on verra…



