Justine Braisaz-Bouchet sur une possible retraite en 2026 : « Je n’ai pas encore pris ma décision »
BIATHLON – Justine Braisaz-Bouchet fait désormais figure d’ancienne dans l’équipe de France féminine de biathlon. Elle s’apprête à disputer ses troisièmes Jeux olympiques, du côté de Milan-Cortina. L’excellente fondeuse a répondu à nos questions.
Cette année olympique pourrait-elle être votre dernière en tant que biathlète professionnelle ?
Potentiellement, mais sans certitude. Je n’ai pas encore pris ma décision. Ce qui fera pencher la balance, ce seront mes motivations à la fin de la saison. Je dois aussi penser à ma famille : mon mari a, pour l’instant, mis sa carrière professionnelle entre parenthèses pour que je puisse poursuivre la mienne.
Que pensez-vous de la piste d’Antholz ?
C’est une piste exigeante. Le site est complexe, notamment à cause de l’altitude. La vallée, souvent à l’ombre, rend la neige dure et lente à skier. Il n’y a pas un dénivelé immense, mais c’est un tracé qui demande un effort physique constant et intense. Elle use énormément. Là-haut, je suis plus sensible aux baisses d’énergie, aux hypoglycémies, donc il faut se gérer différemment.
J’y ai tout vécu : des courses très difficiles, comme cet individuel où je n’avais plus aucune ressource, plus de force dans les jambes. À Antholz, si tu n’as pas d’énergie, la piste ne te pardonne pas. Mais j’y ai aussi connu de très belles performances, dont certainement mon plus bel individuel. C’est un lieu magnifique, naturel, et j’espère qu’on y réalisera de grandes choses, collectivement et individuellement.

Quel regard portez-vous sur vos deux dernières saisons, entre retour à la compétition et vie de maman ?
Ce sont deux saisons très différentes. L’année 2023-2024, ma première après ma grossesse, a été excellente. Les résultats étaient là, mais aussi la manière. Le retour à la compétition a été un vrai déclic. J’avais les meilleures statistiques de ma carrière. Ma grossesse s’est bien passée, ce qui m’a permis de continuer à m’entraîner et d’arriver avec une grande fraîcheur. J’ai pu jouer le classement général jusqu’à la dernière étape. C’était une saison excitante et riche d’expérience.
La suivante a été plus compliquée. J’ai eu du mal à trouver de l’énergie, j’étais souvent fatiguée, parfois malade. Je n’ai pas toujours fait les bons choix, notamment en courant alors que je n’étais pas à 100 %. Les contre-performances m’ont davantage marquée.
Vous êtes devenue championne du monde après un début de saison difficile. L’expérience a-t-elle été déterminante ?
Oui, clairement. L’expérience joue un grand rôle. Je sais comment me préparer, je fais confiance à mes sensations. Quand je traverse une période de doute, comme en janvier dernier, je sais que je peux rebondir. Paradoxalement, c’est souvent quand je suis dos au mur que les choses se mettent en place plus facilement.
Je suis fière de ma carrière. J’ai un très beau palmarès, mais j’aimerais ne plus être seulement une athlète des grands rendez-vous. Je veux gagner en régularité, car je connais ce frisson de jouer devant. Je ne parle même pas de victoire, mais simplement d’être en mesure de me battre aux avant-postes tout le temps.

Cette saison, allez-vous viser le classement général ?
C’est un rêve, bien sûr, mais inutile de se projeter trop tôt. On voit très vite, dès les premières courses, si la forme est là. Je ne veux pas concentrer toute mon énergie sur cet objectif. Je veux d’abord me sentir performante et construire ma saison étape par étape.
Quel regard portez-vous sportivement sur Lou Jeanmonnot et sa dernière saison ?
Elle s’est construite très vite. Chaque déconvenue l’a rendue plus forte. Je suis admirative de l’athlète qu’elle est, mais aussi de la personne. On partage le même humour, les mêmes valeurs. Notre complicité s’est faite naturellement, sans forcer.
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Avez-vous effectué une préparation différente cette année ?
En termes de volume, pas vraiment. Je travaille toujours de manière régulière, en lissant les efforts. En tant que mère, j’organise mes semaines à la maison en conséquence quand je ne suis pas en stage. En revanche, j’ai beaucoup investi dans ma préparation : j’ai doublé certains stages et passé environ 60 % de mon temps en altitude depuis mai. C’est un nouveau choix, en vue des Jeux à Antholz, où les conditions seront similaires.
Sur le fond, mon entraînement reste comparable à ce que je faisais les années précédentes, et cela fonctionne bien. On individualise davantage, cependant. Mon objectif est de préserver mon énergie, car mon rythme de vie est différent de celui de mes coéquipières. Au tir, j’ai énormément travaillé la technique, en cherchant sans cesse à progresser, à affiner mes repères et mes automatismes.
J’ai de grandes attentes, car je sais de quoi je suis capable. J’aimerais simplement que cela se concrétise en compétition. Ce qui me manque encore, c’est cette régularité que je recherche depuis longtemps.

Qu’attendez-vous du début de saison ?
J’attends beaucoup de la première manche à Östersund, notamment pour savoir où j’en suis physiquement. On sait qu’en début de saison, certaines équipes sont plus prêtes que d’autres. Moi, je veux avant tout faire confiance à mes sensations et entrer dans le game dès les premières courses.


