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Biathlon

Jean-Paul Giachino : « C’est ma dernière saison, c’est sûr »

Paul Lalevee

Publié le

Jean-Paul Giachino C'est ma dernière saison, c'est sûr
Photo Icon Sport

BIATHLON – Jean-Paul Giachino, entraîneur de tir de l’équipe de France féminine de biathlon, mettra fin à sa carrière d’entraîneur à l’issue de cette saison olympique, à 62 ans. Lors d’une rencontre avec la presse, où Dicodusport était présent, il est revenu sur la préparation, le tir et l’évolution du biathlon au fil des décennies.

Comment prépare-t-on les biathlètes en cette année olympique ?

Il ne faut pas inventer des choses, il faut rester sur ce qu’on a l’habitude de faire, sur le même travail. Ce serait une erreur de vouloir partir sur autre chose. Et puis on a prouvé que ce qu’on faisait marchait, donc on serait bien bête de changer quelque chose qui marche.

Au niveau du tir, on travaille sur la continuité, avec l’objectif d’améliorer la qualité et la régularité. La priorité, c’est vraiment pour chaque athlète d’améliorer encore la qualité, de manière constante.

Comment situez-vous ce groupe de filles à l’aube de cette saison olympique ? Est-ce le plus fort que vous ayez eu à entraîner ?

Oui, c’est surtout le groupe le plus dense dans la performance. J’ai eu des groupes forts, mais avec moins d’athlètes performantes. Il y a eu l’époque Marie Dorin, bien avant Sandrine Bailly. Il y avait deux ou trois filles qui pouvaient jouer les podiums et la gagne. Mais là, il y en a cinq ou six, au moins cinq, et c’est beaucoup plus dense.

Est-ce que cette densité explique les bons résultats depuis quatre ans ?

Oui, exactement. Ce sont des problèmes de riches. Il y a une telle densité que plusieurs athlètes peuvent gagner ou monter sur le podium. Logiquement, cela tire tout le monde vers le haut et pousse chacune à rehausser son niveau. Il n’y a pas mieux : il y a une vraie concurrence interne, saine et sportive. Pour être retenue sur les relais, il ne faut pas être la cinquième meilleure, mais au minimum la quatrième.

Pour des athlètes comme Lou et Justine, après leur superbe saison, qu’est-ce qui reste à améliorer ?

Tirer encore un peu mieux, gagner en qualité et en régularité, tirer un peu plus vite, grappiller quelques secondes sur les temps de tir. Parce que la grosse évolution du biathlon ces dix à quinze dernières années, elle est là : dans les temps de tir. Les réussites sont déjà très fortes. Quelqu’un comme Lou (Jeanmonnot), avec environ 90 % de réussite, peut viser les 92 ou 93 %. C’est toujours plus difficile, mais c’est possible. Il faut toujours chercher à être un peu meilleur, dans tous les domaines : tir, qualité, rapidité, ski.





À titre personnel, s’agit-il bien de votre dernière saison en équipe de France ? Et quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Oui, c’est ma dernière saison, c’est sûr. Parce qu’après, quand on se réengage, c’est pour quatre ans, une olympiade. Ce serait 2030. Et je n’aurais pas l’énergie de continuer à animer un groupe de ce niveau. Mais ce n’est pas fini, il reste encore toute la saison à faire.

Je retiens tous les bons moments vécus, toutes ces performances et les rencontres avec tant de personnes, d’athlètes, chacun avec sa personnalité et son fonctionnement. Je n’ai pas de regrets. Les échecs font partie d’une carrière, que ce soit celle d’un athlète ou d’un entraîneur. Personne ne réussit tout. Mais professionnellement, cela aura été pour moi un très grand bonheur. Je suis fier de ce parcours.

Au début de votre carrière, imaginiez-vous que le biathlon prendrait une telle ampleur médiatique ?

Non, jamais. Je n’y avais même pas pensé. La discipline a pris une ampleur phénoménale, notamment grâce à la visibilité médiatique. La Fédération internationale a su créer des formats plus spectaculaires, comme les poursuites ou les mass starts, avec davantage de confrontation directe.

Le biathlon a vraiment grandi depuis mes débuts. C’est une discipline passionnante, jamais terminée, ni en bien ni en mal. Les retournements de situation peuvent survenir jusqu’à la toute dernière balle.

Y a-t-il un format dans lequel les Bleus excellent particulièrement, selon vous ?

Je dirais les courses de confrontation, les poursuites et les mass starts. On s’en sort bien et de manière régulière. Là où il nous manque un peu sur les deux ou trois dernières saisons, c’est sur les individuels, les courses plus longues, moins spectaculaires, mais historiques. Sur ce format, on est un peu en deçà de ce qu’on pourrait faire.

Les épreuves olympiques auront lieu à Antholz. Les Françaises peuvent-elles en tirer un avantage ?

L’avantage, partagé par beaucoup d’équipes, c’est que quasiment toutes les athlètes connaissent Antholz. Il n’y aura aucune surprise sur la piste, elles y viennent depuis des années. Elles connaissent l’arrivée, le pas de tir… La seule vraie difficulté sera l’altitude : le rythme cardiaque monte plus vite, et il faut s’adapter au tir. Mais elles le savent, on y travaille, elles seront prêtes.

Quels progrès Lou Jeanmonnot peut-elle encore accomplir ?

C’est une athlète qu’on peut classer parmi les meilleures tireuses. Elle a toujours eu une excellente qualité de tir. Là où elle doit encore évoluer, c’est sur les temps de tir. La saison passée, elle semblait parfois un peu sur la retenue. Aujourd’hui, elle doit avoir confiance en un tir plus engagé. Pas en précipitation, mais en maîtrise. Elle doit être capable d’exécuter sa séquence deux ou trois secondes plus vite. Sur quatre tirs, ça fait dix à douze secondes. Et à ce niveau, dix secondes, c’est souvent la différence entre une médaille et la quatrième place.

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