Champion du monde juniors du chrono, qui est Benjamin Noval, la pépite espagnole déjà recrutée par Netcompany INEOS ?
CYCLUSME SUR ROUTE – Portrait de Benjamin Noval, prodige du cyclisme espagnol, champion du monde juniors du chrono à Montréal et déjà recruté par Netcompany INEOS.
Lancé à la poursuite d’Harry Hudson dans les cinq derniers kilomètres des Championnats du monde juniors à Kigali, le jeune Espagnol semblait très fort. Il venait de lâcher ses derniers adversaires au sommet de l’une des dernières côtes du parcours. Il ne restait alors plus que le Britannique, seul à l’avant depuis plus de 30 kilomètres et qui ne disposait plus que d’une maigre avance. À l’approche de la dernière ascension, Benjamin Noval semblait bien parti pour revenir sur Hudson et rafler le titre mondial. Malheureusement, au détour d’un virage, Noval a chuté, réduisant à néant ses espoirs de titre, mais aussi de médaille, alors qu’elle semblait presque assurée.
Un an après cette désillusion et au terme d’une saison exceptionnelle, Benjamin Noval se présente au départ des Championnats du monde juniors avec un sentiment de revanche. Découvrons ce phénomène qui éclabousse l’Espagne de son talent depuis maintenant deux ans.
Benjamin Noval, deux années de succès et déjà huit titres nationaux
Fils de Benjamin Noval González, ancien équipier d’Alberto Contador lors de son Tour de France victorieux en 2007, Benjamin Noval Suárez est l’un des plus grands talents que l’Espagne ait connus depuis le Pistolero. Lui-même admiratif d’Alberto Contador, Noval marche sur ses traces et gagne sur tous les terrains dans sa catégorie.
Depuis 2025, il fait ses armes au sein de la MRR Academy, une équipe juniors (U19) gérée par l’ancien champion olympique et vainqueur d’étape sur le Tour de France Samuel Sánchez. Une structure qui lui laisse une certaine liberté puisque Benjamin Noval excelle dans pas moins de quatre disciplines : la route, le contre-la-montre, le cyclo-cross et le VTT. À seulement 17 ans, il est déjà huit fois champion d’Espagne, après avoir réalisé le quadruplé (route, CLM, cyclo-cross et VTT) dès sa première année juniors, avant de rééditer l’exploit la saison suivante. Une polyvalence qui en ferait presque rougir Tom Pidcock et Mathieu van der Poel !
Un grimpeur qui aime attaquer loin de l’arrivée
La majorité de ses courses se déroulant dans son pays, il est vrai que le jeune Espagnol n’a pas souvent eu l’occasion d’affronter les meilleurs mondiaux cette saison. Sauf lors de l’Ain Bugey Valromey Tour, prestigieuse course par étapes de la catégorie juniors, qu’il a remportée face à certains des meilleurs coureurs de son âge. Il y a démontré de belles aptitudes en montagne, qui semble être son terrain de jeu favori, même s’il est également capable de faire la différence sur des parcours vallonnés.
Ne comptant ni sur la chance ni sur sa pointe de vitesse pour remporter ses courses, il aime attaquer loin de l’arrivée, à l’image d’un Tadej Pogacar. Lors des Championnats d’Espagne sur route juniors 2026, il s’est imposé avec plus de quatre minutes d’avance sur son dauphin après s’être envolé à 31 kilomètres de l’arrivée. Une performance exceptionnelle qui rappelle les écarts creusés par Remco Evenepoel lorsqu’il évoluait lui-même chez les juniors.
Cómo se nota cuando un ciclista es distinto.
La forma de pedalear, de moverse, de pararse. Llevo años viendo ciclismo y se reconocer la calidad de un ciclista con ver un par de segundos.
Lo de Benjamin Noval es cosa seria. Ojalá que España y el Ineos lo cuide.…
— Rodri (@RodriSabato) June 26, 2026
Mais s’il grimpe aussi bien, il doit probablement avoir plus de difficultés sur le plat, vous demandez-vous peut-être ? Eh bien, Benjamin Noval a remporté le Championnat d’Espagne du contre-la-montre en roulant 2 km/h plus vite que son dauphin. Il ne se contente donc pas de rouler vite sur son vélo, il roule aussi sur la concurrence en Espagne.
Netcompany INEOS l’a recruté dès l’âge de 16 ans
En juin 2025, alors que Noval n’avait que 16 ans, l’équipe Netcompany INEOS (anciennement INEOS Grenadiers) a annoncé son recrutement pour la saison 2027. Il s’agit du plus jeune coureur à avoir signé un contrat professionnel, même si celui-ci ne débutera qu’en janvier prochain.
Ce n’est pourtant pas la première fois qu’un junior rejoint une équipe World Tour sans passer par la catégorie Espoirs (U23). Parmi les exemples les plus marquants, Remco Evenepoel et Paul Seixas ont suivi cette trajectoire. De quoi augurer de belles choses pour la suite, même si un recrutement précoce n’est évidemment pas la garantie de victoires immédiates. Andrew August et Marco Brenner, tous deux passés professionnels à la sortie des juniors, n’ont ainsi remporté leurs premières victoires en World Tour qu’en 2026, respectivement deux et cinq ans après leur passage chez les professionnels.
Noval semble toutefois être l’un des cyclistes les plus prometteurs de sa génération, comme l’a déclaré Scott Drawer, directeur de la performance de Netcompany INEOS, auprès de nos confrères de L’Équipe, en juin 2025 :
Benjamin a toutes les caractéristiques d’un coureur qui peut devenir spécial. Il est intelligent sur le vélo et très déterminé en dehors.
Vivement, donc, la saison 2027 pour découvrir ce dont Benjamin Noval est capable au plus haut niveau. Il faudra probablement encore patienter avant de le voir participer aux plus grandes courses du calendrier : 2027 ne sera que l’année de ses 19 ans.
Montréal 2026, l’heure de la revanche après Kigali
À Montréal, aux Championnats du monde de cyclisme, Benjamin Noval est aligné sur le contre-la-montre et la course en ligne. Sacré sur le chrono mardi, il affiche également de grandes ambitions pour l’épreuve en ligne, où il aura une revanche à prendre. Mais la tâche s’annonce difficile : le parcours semble davantage taillé pour les puncheurs que pour les purs grimpeurs. La différence pourrait notamment se faire dans la voie Camillien-Houde (1,6 km à 7,7 %), que les coureurs graviront à dix reprises.
Une course en ligne où il devra probablement faire la différence seul
Le jeune Espagnol figure parmi les favoris, mais pour gagner, il devra probablement arriver seul. Jusqu’à présent, il a remporté la quasi-totalité de ses victoires en solitaire, échouant plus souvent aux places d’honneur lorsqu’il n’est pas parvenu à faire la différence. Malgré l’absence de l’un de ses rivaux, Seff Van Kerckhove, forfait à la suite d’un accident, le titre mondial est loin d’être acquis pour Noval. Face aux meilleurs juniors, dont Vic de Smet qu’il a devancé sur le chrono ce mardi, vainqueur de Liège-Bastogne-Liège U19, et Michael Hetteger, il devra être à son meilleur niveau pour l’emporter.

Une dernière occasion de devenir champion du monde chez les juniors
Le talent de Benjamin Noval ne fait guère de doute. En Espagne, il domine dans plusieurs disciplines et a accumulé les victoires depuis son passage chez les juniors. Sur la scène mondiale, il lui manquait encore une médaille avant ces Mondiaux de Montréal. Après ses deux quatrièmes places aux Championnats du monde de cyclo-cross en 2025 et 2026 et son rêve de médaille brisé par une chute dans les derniers kilomètres des Mondiaux sur route à Kigali, il avait une revanche à prendre. Son titre mondial sur le contre-la-montre est déjà venu effacer une partie de cette frustration.
Il lui reste désormais une dernière occasion de décrocher le maillot arc-en-ciel sur la course en ligne juniors, jeudi. Le Mondial de Montréal sera sa dernière course dans cette catégorie. Dans quelques semaines, Benjamin Noval changera complètement de dimension en devenant professionnel au sein de l’une des principales équipes du peloton mondial.


