Affaires antidopage : pourquoi Movistar se retrouve à nouveau au cœur des interrogations
Retour détaillé sur les affaires antidopage récentes liées à Movistar, entre procédures individuelles, rumeurs et absence de preuve d’un système organisé.
Plusieurs dossiers récents impliquant des coureurs liés à l’équipe Movistar ont ravivé les interrogations autour de la formation espagnole. Sans qu’aucune preuve formelle n’établisse l’existence d’un système organisé, la répétition de cas individuels interroge : s’agit-il de simples coïncidences ou du symptôme d’un problème plus profond ?
Une série de situations qui attire l’attention
Ces derniers mois, trois noms ont été associés, à des degrés divers, à des problématiques antidopage : Oier Lazkano, Vinicius Rangel Costa et Ruben Guerreiro.
Leur point commun : tous ont évolué sous les couleurs de la Movistar Team, et leurs dossiers ont contribué à replacer l’équipe au cœur du débat sur l’intégrité et la prévention du dopage.
Oier Lazkano : le signal d’alerte du passeport biologique
Le cas le plus sensible concerne Oier Lazkano. L’Espagnol fait l’objet d’une procédure liée à des anomalies de son passeport biologique, un outil central de la lutte antidopage moderne qui ne repose pas sur un contrôle positif, mais sur l’analyse de variations sanguines jugées statistiquement atypiques par des experts indépendants.
La procédure est toujours en cours et aucun verdict définitif n’a été rendu. Provisoirement suspendu par l’UCI, Lazkano conteste toute pratique dopante, assurant être « propre et intègre ». De son côté, la formation Movistar rappelle que l’ensemble des contrôles réalisés durant la période du coureur au sein de l’équipe se sont révélés négatifs, insistant sur la présomption d’innocence.

Le coureur avait, quant à lui, rejoint la formation Red Bull–Bora–Hansgrohe la saison dernière, mais n’avait plus couru depuis le 13 avril 2025 sur Paris-Roubaix, jusqu’à l’éclatement de l’affaire, à l’automne dernier.
Pris isolément, ce dossier ne permet pas d’établir l’existence d’un dopage organisé. Il agit toutefois comme un élément cristallisant les soupçons, en raison de la nature même du passeport biologique et de la période concernée. Sans preuve formelle, il alimente néanmoins les interrogations dans un contexte déjà marqué par d’autres situations individuelles.
Vinicius Rangel Costa : une sanction pour manquements administratifs
Le cas de Vinicius Rangel Costa s’inscrit dans un registre différent, mais non moins révélateur des exigences croissantes du cyclisme professionnel. Le coureur brésilien a été sanctionné pour des manquements répétés à ses obligations de localisation, connues sous le nom de whereabouts, un dispositif central du système antidopage international.
Ces obligations imposent aux coureurs de renseigner avec précision leur localisation quotidienne afin de permettre des contrôles inopinés à tout moment. Trois manquements sur une période donnée constituent, selon le Code mondial antidopage, une violation assimilée à une infraction antidopage, même en l’absence de toute détection de substance interdite.
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Dans le cas de Rangel Costa, aucun contrôle positif n’a été relevé. La sanction repose exclusivement sur une défaillance administrative, mais elle n’en demeure pas moins lourde de conséquences sportives et symboliques.
S’il ne permet pas d’évoquer un dopage avéré, ce cas pose néanmoins la question de l’accompagnement des coureurs au sein des équipes WorldTour, notamment en matière de prévention et de suivi administratif. Dans un contexte où la responsabilité individuelle est centrale, la multiplication de ce type d’incident contribue à nourrir un climat de suspicion, même en l’absence de toute pratique dopante établie.
Ruben Guerreiro : rumeurs et mise au point
Le cas de Ruben Guerreiro se distingue des précédents par l’absence d’éléments factuels avérés. Ces derniers jours, le nom du coureur portugais a circulé dans le peloton et sur les réseaux sociaux, à la suite d’informations dévoilées par nos confrères espagnols de As, évoquant de possibles manquements aux règles antidopage, sans qu’aucune procédure officielle ne soit rendue publique.
Face à ces spéculations, Guerreiro, vainqueur du Mont Ventoux Dénivelé Challenge en 2022, a rapidement réagi. « Quand j’ai lu cela, j’ai regardé le calendrier pour voir si nous n’étions pas le 1er avril. Je n’ai commis aucune infraction. Je n’ai d’ailleurs jamais reçu la moindre notification indiquant un contrôle manqué. Cette information est totalement infondée », a-t-il indiqué dans un entretien accordé à TopCycling. À ce jour, aucun communiqué officiel de l’UCI ou d’une agence antidopage n’est venu confirmer l’existence d’un dossier le concernant.

Ce cas illustre la fragilité de la réputation des coureurs dans le cyclisme moderne, où la frontière entre information et soupçon peut devenir floue. Dans un contexte déjà marqué par d’autres dossiers impliquant d’anciens coureurs de la structure espagnole, sous ses différentes appellations — de Delgado (Reynolds) à Visconti et Rosón (Movistar), en passant par Valverde (Illes Balears), Pereiro et Rui Costa (Caisse d’Épargne) — la simple circulation de rumeurs suffit à alimenter le doute, indépendamment de toute preuve.
En l’absence de faits établis, le dossier Guerreiro ne permet aucune conclusion sur le plan disciplinaire. Il met en revanche en lumière un phénomène plus large : l’effet cumulatif des soupçons, qui peut peser durablement sur l’image d’un coureur et d’une équipe, même sans fondement réglementaire.
Dopage organisé : que permettent d’affirmer les faits ?
À ce stade, plusieurs constats s’imposent. Aucune enquête n’a mis en évidence un dopage organisé ou institutionnalisé chez Movistar. Les dossiers évoqués sont hétérogènes, tant dans leur nature que dans leur gravité. Aucun lien direct n’a été établi entre ces cas et une stratégie collective pilotée par l’encadrement sportif ou médical.
Pour autant, la répétition de situations problématiques, même individuelles, soulève une question centrale : celle de la prévention, du suivi et de la culture interne face à des exigences antidopage de plus en plus strictes.
Conclusion : des interrogations légitimes, pas de preuve accablante
En l’état actuel des informations disponibles, parler de dopage organisé chez Movistar relèverait davantage de la spéculation que du constat journalistique étayé. Les faits pointent avant tout vers des procédures individuelles, parfois administratives, parfois techniques, dans un sport soumis à un contrôle permanent.
Reste que, dans un peloton marqué par son histoire, l’accumulation de dossiers, même sans condamnation collective, suffit à nourrir le doute. Pour Movistar, comme pour l’ensemble des équipes WorldTour, la transparence et la rigueur demeurent les seules réponses durables à ces soupçons récurrents.


