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Agathe Bessard – Skeleton : « De la déception et de la frustration à la fois »

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Agathe Bessard - Skeleton « De la déception et de la frustration à la fois »
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SKELETON (F) – C’est quelques jours après avoir appris par la Fédération Française des Sports de Glace qu’elle n’était pas retenue pour les Jeux Olympiques de Pékin, que nous nous sommes entretenus avec Agathe Bessard, seule skeletoneuse française au niveau mondial. Sa déception, sa saison, sa carrière, son titre européen en juniors ou encore le financement participatif de sa saison, elle revient sur ces dernières semaines contrastées.

Malgré le quota obtenu auprès de la Fédération Internationale (IBSF) pour aller aux Jeux Olympique de Pékin, la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG), de qui tu dépends, n’a pas souhaité te retenir pour y aller. Une semaine après, quel est ton ressenti ?

C’est de la déception et de la frustration à la fois. Après, je m’y attendais, je connaissais les critères de sélection de la FFSG, je savais que je n’avais pas les minimas français, mais j’espérais que les derniers résultats en Coupe d’Europe penchent en ma faveur, ce qui n’a pas été le cas malheureusement.

En veux-tu un peu à la Fédération d’avoir mis des minimas aussi hauts, en sachant que le skeleton en France n’existait pas tellement avant tes performances ?

Leur en vouloir, c’est compliqué. Les minimas, je les connaissais depuis le début de la saison. Je savais dès le début qu’il fallait que je fasse une très grosse saison. Après, ils ne prennent en compte que les résultats de Coupe du monde. Mes derniers résultats en Coupe d’Europe et Coupe Intercontinentale n’ont servi à rien.



Quel est le ressenti de ta coach sur ta non-sélection ?

Pour elle aussi, il y a eu beaucoup d’incompréhension. Le plus dur à comprendre pour les personnes de l’étranger, c’est que malheureusement, je n’avais pas de soutien financier de la Fédération et qu’à la fin, ils ont quand même le pouvoir de décider de ma qualification ou pas.



Est-ce que tu vas quand même suivre les JO, même si tu ne seras pas sur place ?

Oui, je vais les suivre. J’attends les premières courses avec impatience et je vais suivre de près toutes les compétitions.

Revenons un peu sur ta saison qui t’avait tout de même permis de décrocher un quota. Comment s’est-elle déroulée ?

On s’en est beaucoup servi pour apprendre, notamment tout ce qui est matériel. Je n’ai pas eu les résultats que j’espérais, mais cela m’a servi à apprendre énormément.

Justement, est-ce que tu as senti que tu avais progressé un peu au fil de la saison en termes de trajectoire, d’appréhension et de compréhension des pistes ?

Nous ne revenons pas sur les mêmes pistes sauf à Alterberg, car j’ai sauté une Coupe du monde pour aller courir d’autres courses. Et là, on a vu de vrais progrès par rapport à ce que j’avais fait en Coupe du monde, donc on était vraiment contents. Et cela montre qu’on est sur la bonne voie.

On a vu que tu avais fait de bons résultats dans le parcours européen en juniors.

C’est un tout petit plus compliqué. Il faut savoir qu’il n’y a pas de différence entre junior et seniors sur les courses, sauf quand elles sont classées dans un championnat de référence. Pour une étape de Coupe d’Europe, nous courrons toutes ensemble et le classement est établi à la fin. Nous retirons ensuite les seniors pour faire un classement juniors exclusivement.

Du coup, ça doit être bien de se dire : « Je suis la meilleure de ma catégorie » ?

Oui, surtout que je gagne la Coupe d’Europe.

Skeleton : Agathe Bessard championne d’Europe juniors !

Encore bravo pour ce titre d’ailleurs. Tu as été connu du grand public avec ton opération de financement participatif. Comment as-tu eu cette idée ?

Je n’avais pas assez d’argent pour terminer ma saison, malgré l’aide financière du club, cela ne suffisait pas. Il faut payer les déplacements, l’hôtel, le matériel, l’entraîneur et tout cela est à ma charge. Il me fallait donc trouver une solution. Avec mes proches, nous avons eu l’idée de faire cette cagnotte en ligne et ça a super bien marché. Nous étions contents de voir à quel point les gens pouvaient se prendre au jeu.

Justement, comment as-tu vécu cette période entre le moment où tu as lancé la cagnotte, sans forcément savoir ce que ça allait donner, et lorsqu’il y a une augmentation des dons pour atteindre 12 000 € ? D’autant plus que tu as gagné une petite notoriété avec diverses interviews et articles dans la presse ?

La cagnotte, nous nous sommes dit que nous récolterions ce qui serait possible. Même si nous récoltions 1000 ou 2000 euros, c’était toujours ça de moins pour mes parents. C’était notre idée au départ : « On prend le plus qu’on peut et on verra où on arrive, on verra jusqu’à quel point les gens se prennent au jeu ». Et du coup, ça a bien marché.

Et du coup, est-ce qu’à la suite de cette notoriété, il y a des sponsors qui sont venus et qui ont proposé d’être un soutien pour cette saison et les suivantes ?

Pas vraiment. Il y a tout de même une entreprise qui a dit : « J’ai vu votre cagnotte, je peux me permettre de vous sponsoriser. » Cela nous a permis de trouver un sponsor. Je tiens à remercier Frédéric Chaldu, gérant de l’entreprise SAE. Mais globalement, on manque de visibilité, donc c’est très compliqué de vendre un projet à de très grandes marques qui recherchent de la visibilité. Et on n’en a pas, à part le samedi sur la Chaîne L’Équipe, qui passe une ou deux de nos manches, donc pas assez pour de gros sponsors.

Le manque de moyens vient, entre autres, d’un manque de soutien financier de la Fédération. Est-ce uniquement le skeleton qui bénéficie de moins de moyens, ou est-ce la même chose pour l’ensemble des disciplines ?

La crise due au COVID n’a pas vraiment aidé sur l’aspect financier. En effet, une majeure partie de leurs revenus proviennent des galas de patinage. Malheureusement, il n’y en a pas eu à cause de la pandémie, donc pas de rentrées d’argent. Cela a forcément été difficile, et nous avons accusé le coup. C’était l’année à ne pas rater, quitte à ce que les sous sortent de ma poche. Donc nous nous sommes dit : « On part, on fait ce qu’on peut comme on peut avec ce qu’on a et on verra là où on arrive. » Mes parents sont 100 % derrière moi, donc je savais que dans tous les cas qu’ils combleraient le manque, s’il y avait un manque.

Pour que nous puissions nous en rendre compte, disputer une saison de skeleton, ça coûte combien ?

Avec l’entraîneur, ses déplacements, les miens, le matériel, le total revient à 95 000 euros. Donc la cagnotte permet de réduire une partie des dépenses.

Certains sportifs sont en contrat avec des entreprises comme la SNCF, ou même avec l’armée. Est-ce que c’est quelque chose qui peut s’envisager dans les prochaines années ?

L’armée, c’est très compliqué pour y rentrer. Si on regarde dans l’armée, il n’y a aucun sportif des sports de glace, car ils cherchent plus des skieurs.

Tu évoquais ton entraîneur. Comment se passe ta structure d’entraînement ?

J’ai une entraîneur lettonne, Lelde Priedulēna, qui gère la partie physique et technique, elle est multifonction. Elle a terminé 7ème lors des Jeux Olympiques de PyeongChang en 2018.

Et comment en êtes-vous venues à une collaboration ?

Elle était coach à la fédération internationale pour les courses d’Amérique du Nord quand j’y étais, il y a 2 ans. Et on s’est rencontré là bas. Je suis sa seule athlète.

Tu t’entraînes sur la piste de la Plagne ?

Pas vraiment. L’hiver, globalement, nous ne sommes jamais à La Plagne, notamment parce que la piste ouvre tard dans la saison et nous, on est déjà en compétition quand elle ouvre. Donc je l’utilise pendant la pause de Noël quand je reviens, ou en fin de saison. Sinon, pour le physique, Lelde est à Calgary au Canada et je travaille de mon côté. Elle est venue en Europe vers la mi-août et nous nous sommes retrouvées chez elle en Lettonie. J’ai ensuite passé le reste de l’été en Autriche où je me suis entraîné avec leur équipe de bobsleigh. Je faisais mes séances pendant qu’ils avaient leurs créneaux de musculation.

Comment en es-tu arrivée au skeleton en sachant que cette discipline est méconnue en France ?

Mon père était directeur technique de la piste de bobsleigh à La Plagne jusqu’à l’an passé. J’ai donc passé beaucoup de temps en bord de piste petite, et c’est toujours un sport qui m’a énormément plu. En regardant les autres s’entraîner, je lui disais toujours qu’un jour, j’en ferais. J’ai attendu d’avoir l’âge requis de 14 ans pour commencer et voilà où j’en suis aujourd’hui. J’avais essayé la luge, mais je n’ai pas accroché.

Qu’est-ce que tu ressens en faisant du skeleton, qu’est-ce que cela te procure par rapport à du ski par exemple ?

Cela ressemble globalement au ski, car c’est un sport de vitesse. En tout cas, les sensations ou l’adrénaline, je ne retrouve cela dans aucun autre sport. On dit que c’est un sport dangereux, mais je pense que les descendeurs sont plus fous que moi.

Tu es sportive à temps plein, ou fais-tu des études en parallèle ?

Je suis à la faculté à Grenoble. J’ai une classe spéciale qui s’appelle INTER’VAL et je ne suis qu’avec des sportifs de haut niveau. Nous avons des cours en présentiel après notre saison, donc d’avril à juin. Et le reste de l’année, il y a des cours à distance. Nous essayons de les suivre au mieux, mais bon, c’est comme on peut, quand on arrive à le faire, quand on a envie de le faire, c’est vraiment libre.

Je suis en STAPS, dans la branche activité physique adaptée. J’ai commencé ma L3 l’année dernière. Ce système de classe nous permet de dédoubler l’année et donc de faire le cursus en 6 ans au lieu de 3.

Pendant combien de temps envisages-tu de faire du skeleton ? Jusqu’à te qualifier pour les JO 2026 à Cortina par exemple ?

Si je m’écoute, je me vois largement à Cortina en 2026, car j’ai encore faim. Après, ce que j’ai fait cette saison d’un point de vue financier, je ne pourrais pas le faire indéfiniment, car il y a un moment où cela ne sera plus possible.

Tes objectifs de carrière sur du long terme, ça serait quoi ?

Clairement, c’est de performer aux Jeux de 2026.

Performer, ça veut dire accrocher une médaille ?

Oui.

Est-ce que tu sais ce qu’il te manque, hormis l’expérience, pour aller plus haut ?

Un gros staff. Quand on voit les grosses nations, il y a 3 athlètes et 6 staffs autour d’eux.

Et aussi du meilleur matériel, car on sait que ça joue beaucoup sur les courses.

Oui, le matériel joue. Mais on rivalisera jamais avec les Allemandes ou les Anglaises par exemple. Elles ont leur propre matériel qu’elles ne vendent à personne. Elles ont cet avantage là d’avoir leur propre matériel et de s’en servir, et que personne d’autre ne peut avoir. Elles ont même leur mécano sur le circuit avec eux. Nous n’en sommes pas là. Et je ne pense pas que nous y serons dans 4 ans non plus. Si dans 4 ans, nous arrivons à avoir une équipe d’entraîneurs avec des kinés et un staff étoffé, je pense que cela sera très positif. Après, les bobeurs français ont leur kiné. Comme nos étapes de Coupe du monde se déroulent en même temps, je pouvais profiter des soins et c’était top.

Pour terminer, est-ce que cette non-qualification peut changer tes objectifs pour l’avenir, notamment la prochaine saison ?

Pas vraiment. C’est plus de voir ce que la Fédération va mettre en place. Est-ce qu’elle va avoir envie de développer le skeleton, être capable de me proposer un vrai projet sur les prochaines années, etc. Nous allons en discuter dans les prochains mois.

Si tu vois qu’il n’y a pas plus de moyens ou de volonté de te suivre, as-tu déjà une idée de ce que tu pourrais ? J’ai lu que tu pourrais penser à changer de pays ?

C’est dans un coin de ma tête, mais cela engendre beaucoup de conséquences, donc ce n’est pas évident. Et ce n’est pas une décision qu’on prend à chaud, et cela demande beaucoup de réflexion.

 

Journaliste/rédacteur depuis décembre 2016 - Amateur professionnel de sport, d’abord le football, j’aurais pu en faire mon métier. Mais bon, vous savez les … non, pas les croisés, ils vont bien eux. Juste un manque de talent, de technique et de niveau surtout. Mais cette passion est ancrée en moi telle la pomme dans la tarte tatin. Le côté suiveur/supporter est évidemment important au quotidien, que ce soit un soir de juillet 1998 en banlieue lyonnaise ou de juillet 2018 à Montréal. Car oui, depuis ma France natale, j’ai migré outre-Atlantique, au pays des caribous. Là, le football se joue à la main et non au pied. Et surtout, la religion sportive est plutôt froide et se joue avec une crosse. Non, ce n’est pas le curling ni le Lacrosse, encore que, mais le hockey sur glace. Une autre vision, une autre culture. On troque les crudités devant la télé pour une poutine et on s’installe avec notre chandail pour suivre cela. Et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, ou la vitesse d’un slap shot de McDavid ou un arrêt de la mitaine de Price, j’écris sur de l’actualité par ici mais aussi le sport féminin, pas assez mis en avant.

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