Alain Bernard : « On a l’impression qu’il n’y a pas eu d’effet Léon Marchand »
NATATION – Cet été 2025, 1 113 noyades ont été recensées en France. Pour Dicodusport, Alain Bernard réagit à ces chiffres et évoque Léon Marchand et Maxime Grousset.
1 113. C’est le nombre de noyades qui ont eu lieu en France cet été (entre le 1er juin et le 13 août 2025), dont 268 qui ont engendré un décès. Si le nombre de noyades suivies de décès est stable par rapport à l’été 2024, le nombre total de noyades a, lui, augmenté de 14 % en un an. Rencontré à Biot, au French Riviera Open, dans le cadre du programme « Un champion dans mon école by EDF », où il a fait des échanges en tennis fauteuil avec des élèves de l’École de la 2e Chance de Nice, Alain Bernard est revenu sur ces chiffres. Le double champion olympique porte également son regard sur Léon Marchand et Maxime Grousset.
Le nombre de noyades a encore été important cet été.
C’est un triste constat. Il existe souvent un lien de cause à effet entre les fortes chaleurs, les canicules et l’augmentation de la fréquentation des plans d’eau, avec des noyades associées. Il y a un vrai sujet autour des infrastructures, de l’apprentissage de la natation et des modalités d’enseignement. C’est un écosystème assez complexe, mais, pour y être investi depuis de nombreuses années, je suis convaincu que l’une des solutions réside dans la multiplication des équipements sportifs sur l’ensemble du territoire afin de permettre à chacun d’apprendre à nager.
On l’a bien vu avec Léon Marchand, qui a provoqué une hausse de l’envie de se mettre à la natation, mais les capacités d’accueil ont été limitées.
La Fédération française de natation n’a pas enregistré une hausse significative du nombre de ses licenciés, car les piscines sont déjà surchargées : entre les scolaires, les clubs et le grand public, les créneaux sont saturés. On a donc l’impression qu’il n’y a pas eu d’effet Léon Marchand, mais c’est avant tout parce que la Fédération était déjà proche de sa capacité maximale. Cela dit, c’est une excellente chose que l’on parle de natation. Il nous faut des champions comme Léon, véritables ambassadeurs de notre sport. À moins d’un an des Championnats d’Europe à Paris (31 juillet – 16 août 2026), il est important de le valoriser.

Maxime Grousset et Léon Marchand vous impressionnent-ils ?
Bien sûr ! Max a énormément gagné en maturité, en maîtrise et en contrôle. Il conserve aussi ce grain de folie et cette audace qui, une fois dans l’eau, créent quelque chose de magique. Je suis très content et très fier de lui, car il a su pleinement s’exprimer sur la scène internationale cette année, notamment aux Championnats du monde (deux titres individuels et deux médailles en relais).
Et Léon Marchand ? Y a-t-il besoin de poser la question ?
Ce n’est pas si évident que cela. Ce n’est pas parce qu’il a remporté les Jeux et détient plusieurs titres de champion du monde (sept en grand bassin) que tout est simple pour lui. Il fait face à ses contraintes et à ses défis, mais il incarne ces valeurs au plus haut niveau international. Nous sommes fiers qu’il soit un véritable produit made in France, même s’il s’entraîne aujourd’hui aux États-Unis.
Revenons sur le savoir-nager : comment peut-on améliorer l’apprentissage de la natation ?
Plusieurs leviers peuvent être activés. Bien sûr, il y a celui des infrastructures, mais aussi des actions ciblées comme l’opération 1, 2, 3 Nager portée par la Fédération Française de Natation et EDF, qui a permis à 100 000 jeunes d’apprendre à nager entre 2020 et 2024. L’engagement des entreprises privées est aujourd’hui essentiel dans notre écosystème sportif, car les moyens des collectivités, de l’État et des ministères sont malheureusement de plus en plus limités. Le rôle des acteurs privés dans la transmission des valeurs du sport sera donc d’autant plus crucial dans les années à venir.
Nous sommes dans le sud de la France, la Méditerranée n’est pas loin. Nager en piscine et nager en mer, ce n’est pas la même chose. Ne faut-il pas aussi apprendre à nager en milieu naturel ?
Oui, c’est complètement différent. Il faut apprendre à nager en piscine toute l’année, puis organiser ponctuellement des actions en mer, notamment durant l’été. On ne peut pas apprendre à nager dans la mer tout au long de l’année, car l’eau est froide et les conditions météo parfois difficiles. Des dispositifs existent déjà pour l’apprentissage en mer, en lac ou en rivière. Toutes ces initiatives, qu’elles soient portées par des collectivités, des entreprises ou des associations, doivent être valorisées. Elles doivent surtout concerner tout le monde : celles et ceux issus de milieux aisés comme de milieux plus modestes. Chacun doit avoir sa chance d’apprendre à nager.


