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Rugby à XIII

Alain Fabre : « J’ai souvent l’impression que les treizistes sont les plus grands ennemis du XIII »

Nicolas Jacquemard

Publié le

FC Lézignan-Corbières

Nous avons rencontré Alain Fabre, co-président du FC Lézignan-Corbières, qui évoque l’inauguration de la nouvelle tribune du Moulin et fait un point sur le XIII français actuel.

Inauguration du nouveau Moulin dimanche 5 janvier. Êtes-vous satisfait des travaux réalisés ?

Très satisfait et ce serait difficile de ne pas l’être, parce qu’on va avoir des tribunes magnifiques, modernes et qui gardent le caractère du Moulin. La municipalité a fait un gros effort pour le stade et les tribunes à l’anglaise sont conservées, avec un alliage de bois et de béton. Il y a aussi l’éclairage qui va nous permettre d’organiser des matchs le soir, c’est vraiment un changement radical pour le club.

Comment se présente l’inauguration, avec notamment les Dragons ?

Rendez-vous ce dimanche 5 janvier au Moulin à 9h30 pour l’entraînement des Dragons Catalans, ouvert au public et gratuit. L’inauguration officielle est ensuite prévue à 11h15 avec des personnalités de la région, le présidente de la région, la sous-préfète du département et le maire de Lézignan-Corbières, Michel Maïque.

Après cela, un repas inaugural avec plus de 650 personnes inscrites, ce qui n’est jamais arrivé pour le club. Il y aura des anciens, des partenaires, ce sera un événement majeur sachant que l’inauguration de la nouvelle tribune correspond aussi aux 100 ans du Moulin. Ensuite, il y aura le match des juniors à 13h30, puis celui des séniors avec entre-temps, les défilés des écoles de rugby du club. Enfin, un feu d’artifice autour d’une bodega sera organisé pour terminer la journée.

Quel bilan sportif pour ce début de saison ? Quels sont les objectifs sportifs pour la suite ?

Pour l’instant, on est dans le tableau de marche, on savait que ça serait dur pour nous jusqu’en janvier, car nous n’avions que des matchs à l’extérieur et les recrues étrangères qui arrivaient après la reprise. Trois victoires et deux défaites pour le moment, avec un match en retard à Villeneuve à jouer, alors qu’on a eu un effectif remodelé en bonne partie, avec notamment l’incorporation de jeunes joueurs.

La mayonnaise a pris plus vite que prévu car on a déjà livré de belles performances, comme la victoire chez le champion de France, Saint-Estève XIII Catalan. On est satisfait du début de saison et de l’état d’esprit du groupe, mais pour nous la saison commence vraiment maintenant. J’espère qu’on fera une grosse performance contre Limoux dimanche, on va récupérer quelques blessés pour aligner une belle équipe.



Pour les objectifs, on espère aller le plus loin possible, mais on ne va pas faire des plans sur la comète car il n’y a pas longtemps, on avait perdu un seul match sur la saison et on perd les deux finales. On va donc avancer petit à petit. Mais on espère bien aller le plus loin possible pour récompenser tous les gens qui œuvrent pour ce club, pour les collectivités qui ont fait l’effort de nous bâtir un beau stade. On a fait le maximum pour avoir une belle équipe cette saison, et on espère récolter les fruits au mois de juin.



Pas de féminines à Lézignan, est-ce que c’est quelque chose qui fait partie de vos plans ?

Oui cela fait partie de nos ambitions. On avait monté une équipe féminine il y a quelques années avec beaucoup de novices. Le problème, c’est que quand elles sont allées jouer à Lyon face à une équipe expérimentée et de haut niveau, on avait eu pas moins de 5 joueuses blessées, dont 2 assez gravement. Je pense que pour développer les féminines, il faut vraiment qu’on ait plusieurs niveaux adaptés à chacun, car le rugby à XIII est un sport dur qui nécessite un vrai apprentissage.

Il faut aussi que nous au club on ait une structure pour les accueillir dans les meilleures conditions, on ne veut pas les envoyer à l’abattoir. On essaye donc de trouver des gens compétents pour encadrer cela avant ensuite d’essayer de convaincre à nouveau des joueuses.

Quelles sont vos prochaines ambitions de développement pour le club ?

Au niveau structurel, cela fait trois ou quatre ans qu’on travaille beaucoup au club, avec l’embauche notamment d’un directeur ou avec plus de monde dans les différents staffs sportifs. On a donc déjà bien avancé. Au club, dès les cadets, ils ont un abonnement à la salle de musculation avec des éducateurs qui leur apprennent à faire les bons gestes, et ne pas faire n’importe quoi. La musculation, c’est important dans notre sport, mais si c’est mal fait, cela peut entraîner des blessures. On les accompagne aussi dans tout ce qui parasite autour de la musculation, c’est-à-dire le dopage. On essaye de les encadrer et de les prévenir contre ces artifices et ces produits qui débouchent sur des gains rapides, mais qui sont vraiment dangereux pour eux.

On a essayé de mettre en place une belle structure au club avec des gens compétents, pour que cela fonctionne correctement et apprendre de la bonne manière le rugby à XIII aux jeunes, dès le plus jeune âge. On veut que les parents soient rassurés quand ils nous laissent leurs enfants et aujourd’hui, on peut dire que c’est plutôt une réussite, avec 350 licenciés dans les équipes jusqu’aux juniors et des résultats dans toutes les catégories. Cette réussite chez les jeunes est vraiment exceptionnelle pour le club.

Notre seule déception, c’est que cette saison, nous n’avons pas pu engager une équipe de premiers pas, car il n’y avait pas assez de joueurs et puis de toute façon, on n’avait pas forcément toutes les structures pour les accueillir car comme je l’ai déjà dit, la priorité, c’est qu’ils évoluent dans de bonnes conditions, et notamment la sécurité. Pour tous les matchs à domicile, même chez les jeunes, il y a une ambulance en permanence au stade de Lézignan, c’est un coût pour le club, mais la vie d’un enfant n’a pas de prix.

Que pensez vous de l’Élite 1 français dans sa version actuelle ?

Le championnat en lui-même est d’un très bon niveau cette saison, car la plupart des équipes ont fait l’effort de se renforcer. Elles récupèrent aussi le fruit de leur formation. La seule chose que je trouve dommage, c’est que le championnat démarre trop tard même si j’en comprends la raison par rapport aux championnats britanniques. Tous les sports en France démarrent en septembre et le fait de démarrer tard, on perd du public, mais aussi des jeunes qui vont s’inscrire dans d’autres sports et qui ne reviennent pas.

On n’est pas Anglais, on n’est pas Australien ou même Néo-Zélandais et dans notre culture, les championnats reprennent en septembre. En plus, on a vu que l’an dernier lors des finales, faire jouer ces matchs sous la canicule, ce n’est pas possible, on met les joueurs en danger. Ce ne sont pas des professionnels, on ne peut pas leur demander de jouer dans ces conditions, j’espère que les finales de 2019 auront servi de leçon. Mais il y a un vrai manque de septembre à novembre, les gens autour des stades me le répètent régulièrement.

FC Lézignan 2019-2020 – M.M Photographie

Comment optimiser cette formule pour tendre vers la professionnalisation ?

Sans télévision, c’est compliqué car tous les sports vivent des droits télé et de ce que la télévision amène, c’est-à-dire d’autres partenaires nationaux qui pourraient s’intéresser au XIII de par sa couverture télé. Si demain une télé met 20 millions sur la table, en donnant 2 millions à chaque club, on sera professionnel et on pourra avoir des joueurs professionnels. Aujourd’hui, on joue tous avec des partenaires locaux qui sont énormément sollicités, et pas que pour le rugby à XIII.

Ils donnent déjà beaucoup et je les en remercie, car les retombées, il n’en ont pas toujours beaucoup et jamais au-delà de la région. Et puis, il faut réussir à attirer les gens au stade mais le problème, c’est que le XIII en France n’intéresse plus grand monde. C’est pour cela que dimanche, on fait entrée gratuite pour attirer du monde et leur donner envie de revenir. Après, il n’y a pas que ça, il faut aussi une équipe de France très performante comme la dit le président de la Fédération Française, Marc Palanques, car c’est elle qui attirera les chaînes télé.

Il faut vraiment que tous les treizistes comprennent qu’il faut une équipe de France très forte pour intéresser les gens et le public. Le travail des Dragons Catalans et du Toulouse Olympique est énorme, je le salue, mais ça reste des clubs, ce n’est pas le pays, et si Lézignan était en Super League, ce serait la même chose. En handball, je ne connais presque aucun club, mais je connais l’équipe de France et quand elle joue, je la regarde à chaque fois. J’en profite pour saluer le travail d’Aurélien Cologni, c’est la personne qu’il faut à l’endroit qu’il faut, et heureusement qu’il est là.

Que pensez-vous de la couverture de ViàOccitanie pour cette saison d’Élite 1 2019-2020, avec quelques matchs diffusés dans la saison, en plus du Magique Week-end et des finales ?

C’est un début et au moins, de temps en temps, notre championnat français passe à la télévision. Mais il est vrai que cela s’adresse seulement aux initiés, et non au grand public. Mais à la place de Marc Palanques, je ne sais pas ce que je ferai car vraiment, c’est compliqué quand on voit que personne ne veut diffuser les Dragons Catalans en France. ViàOccitanie a le mérite de le faire cette saison, et on les en remercie car ils nous ont donné une tribune, et c’est déjà pas mal !

À quelques mois d’une nouvelle élection, comment jugez vous la présidence de Marc Palanques à la tête de la FFR XIII ?

Marc Palanques a fait du mieux qu’il pouvait, avec les moyens qu’il avait. Et je pense qu’il ne s’attendait pas à une mission aussi compliquée avec des personnes aussi hostiles, car le problème, c’est que tout le monde veut du changement, mais personne ne veut le mettre en place. Ils ont beaucoup essayé, ils se sont investis pour des résultats qui sont ce qu’ils sont.

Je pense que le rugby à XIII en France, c’est devenu très compliqué, car j’ai souvent l’impression que les treizistes sont les plus grands ennemis du XIII. Et le problème pour moi, ce sont ces relations qu’il peut y avoir entre les présidents de clubs, la Ligue et la Fédération, les rapports ne sont pas apaisés et c’est compliqué de construire ainsi. Il y a trop d’intérêts divergents dans notre sport pour qu’on puisse avancer.

Les deux rugby qui se rapprochent à Toulouse, Agen et Villeneuve, voyez-vous d’un bon œil ces rapprochements ? Et est-ce que ça vous donne des idées ?

Bien sûr qu’on le voit d’un bon œil et à Lézignan, on l’a déjà fait avec le Stade Français il y a quelques années, cela avait été une fête extraordinaire d’ailleurs. L’an dernier, on a fait deux entraînements en commun avec le Racing Club Narbonnais chez les jeunes. On a des liens avec eux, ce sont des personnes qu’on connait très bien et même si ça reste deux sports différents, il faut à tout prix arrêter cette lutte entre les deux rugby, ça n’a plus de sens aujourd’hui. J’espère que le Président de la Fédération Française de Rugby, Bernard Laporte, comprendra que le rugby à XV n’est jamais aussi fort que dans les grands pays de XIII. L’Afrique du sud est l’exemple contraire, mais les trois autres grandes nations, Australie, Angleterre et Nouvelle-Zélande, sont très fortes dans les deux rugby.

Il y a un vrai intérêt à regarder le XIII d’un autre œil en France pour le XV, arrêter de les voir comme des concurrents mais plutôt comme un sport qui peut aussi leur former des grands joueurs. Certains clubs à XV commencent à le comprendre et les rapprochements vont dans le bon sens, je suis optimiste sur ce point. L’idée de faire des passerelles pour les jeunes joueurs entre le XIII et le XV, en fonction de leurs aptitudes avec, pourquoi pas des doubles licences, certains jouent à XV alors qu’il seraient meilleurs à XIII et inversement, seraient bénéfiques pour les deux sports. En tout cas, à Lézignan, on est à l’écoute et ouvert à toutes propositions de clubs quinzistes, s’il en ont la volonté.

Dicodusport

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