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Athlétisme

Alexis Miellet : « Je suis capable d’intégrer un top 5 aux Jeux »

Etienne Goursaud

Publié le

Alexis Miellet : "Je suis capable d'intégrer un top 5 aux Jeux"
Photo Icon Sport

ATHLÉTISME – Entretien avec le champion d’Europe du 3000 m steeple Alexis Miellet, avant les championnats de France Elite à Angers. Le demi-fondeur doit impérativement se hisser parmi les trois meilleurs qualifiables aux JO. Il aborde les Elite avec une petite blessure au mollet. Et regrette que son statut de champion d’Europe ne le protège pas. Alexis Miellet revient également sur Rome, sa médaille d’or. Mais aussi son changement de discipline et son passage du 1500 m au 3000 m steeple.

Alexis Miellet : « Je me suis vite adapté au 3000 m steeple »

Comment as-tu travaillé l’adaptation, pour devenir un spécialiste de 3000 m steeple ?

Alexis Miellet : Cela a commencé en septembre dernier. Depuis cette reprise, je fais une séance technique par semaine, avec des barrières. Il y a eu beaucoup de travail, car je n’ai pas lâché cela, même pendant la prépa cross. Il n’y a que la semaine des Europe où je n’en ai pas fait. Et il y a eu un gros travail là-dessus, intégrer les barrières dès le mois de décembre, sur des allures plus lentes, dans mon foncier l’hiver.

Je l’ai fait tôt, car il fallait que je compense mon retard sur les autres steepleurs. J’ai appris vite. Très vite, j’ai eu de bonnes sensations et je sentais que je m’adaptais bien à l’approche des barrières. Parce que franchir la barrière, c’est une chose, mais la franchir sans piétiner quinze fois avant cela en est une autre. Et je trouve que je me suis vite adapté. Cela s’est fait assez facilement, même s’il y a eu beaucoup de travail.

T’es-tu tout de suite senti à l’aise ?

Oui. Je suis quelqu’un qui a pas mal de coordination. J’ai fait du foot pendant onze ans et au foot, on fait beaucoup de coordination. Au lycée, je me débrouillais bien dans beaucoup de sports différents. Je n’étais pas trop inquiet là-dessus. Mais, entre bien se débrouiller et être champion d’Europe, il y a une petite marge (rires). Quand j’ai commencé ce projet-là, je ne me suis pas dit que je serai champion d’Europe l’année prochaine.

Dans un coin de ma tête, je voulais intégrer le ranking, pour être sélectionnable aux JO. Dès la deuxième course, je fais les minima, c’est allé très vite. J’étais le premier surpris honnêtement. Même si je savais que les séances passaient bien, cela reste des séances que je connais peu. Je faisais des choses à l’entraînement, je me doutais que c’était bien. Mais à quel point, ça je ne le savais pas. Il n’y a qu’à Marseille (où il réalise les minima), où je me rends compte que c’était vraiment bien (rires).

Alexis Miellet : « Obligé de courir à Angers pour aller aux JO »

On t’a assez rappelé que ta course allait ressembler aux « Trials ». Est-ce que ton stress est différent à Angers, par rapport à Rome ?

C’est un peu particulier, car je me fais une lésion mercredi dernier au soléaire. Je ne suis pas quelqu’un de très stressé en général. La compétition ne me stresse pas particulièrement. Mais est-ce que je suis capable de faire un steeple de haut niveau demain ? Je ne sais pas. J’en ai discuté avec Romain (Barras), avec mon coach également. Je suis obligé de courir ce samedi, si je veux aller aux JO. Si Nicolas (Daru) reste dans les 24 au ranking.





Je ne sais même pas comment j’aborde la compétition, c’est un gros point d’interrogation. En sachant que, depuis mercredi dernier, j’ai eu quatre jours de repos. J’ai fait des footings. Ce n’est pas une blessure qui va m’impacter pour les Jeux Olympiques, car je n’ai pas coupé longtemps et j’ai vite repris, avec du vélo. Mais à l’instant T, je ne sais pas si je suis capable de faire une course à haut niveau.

Si on estime que tu es à 100 %, ton expérience des JO en 2021 peut être un atout, même si c’était sur une autre distance ?

Clairement, c’était une expérience exceptionnelle de faire les JO de Tokyo. Je sais aborder des championnats de France en année olympique. En 2021, cela s’était très bien passé pour moi, alors que ce n’était pas ma meilleure année. J’avais un record à 3:36, Azeddine (Habz) et Baptiste (Mischler) avaient été plus vite que moi. Rabii Doukkana était également présent et sélectionnable. Et je fais deuxième, derrière Azeddine, qui court, je crois, 3:32 cette année-là (3:31.74). Je sais gérer ces moments-là. Mais c’est une autre gestion pour demain.

Alexis Miellet : « J’ai alerté Romain sur le fait que c’est limite de courir deux 3000 m steeple en quatre jours »

Mentalement, tu arrives à faire le vide quand tu es dans des situations qui ne sont pas confortables ?

Oui, de toute façon, il va bien falloir. Au moment de la course, je vais donner ce que je peux donner. Mais je ressens pas mal d’injustice honnêtement. J’ai passé mon début d’été à prouver ce que je pouvais faire aux Europe. J’avais alerté Romain sur le fait que courir deux 3000 m steeple en quatre jours, pour me qualifier au ranking, c’est un peu limite. En sachant que les modalités n’étaient pas très claires. Et que cela pouvait lâcher physiquement. Il m’a dit que je n’avais pas le choix. Je l’ai fait et je suis content d’être allé aux Europe et d’être champion d’Europe. Mais la blessure n’est pas anodine et je pense que cela pose des questions sur les années futures, sur les modalités qui doivent être mises en place. On parle de protéger les athlètes qui sont dans le top 10 mondial de l’année dernière.

Mais on ne va pas protéger les champions d’Europe de cette année. Alors qu’on a montré qu’on était en forme cette année nous. Certes, je comprends ce qu’il veut dire quand il dit que ceux qui ont fait les minima l’an dernier, c’est difficile de les mettre prioritaires par rapport à ceux qui sont réguliers cette année. Mais ceux qui ont fait les minima cette année, je ne vois pas pourquoi ils ne devraient pas être prioritaires par rapport à ceux qui ont été réguliers cette année.

C’est vrai qu’un 3000 m steeple va laisser plus de traces qu’un 1500 m. Peux-tu nous dire dans quelle mesure ?

Il y a les chocs après chaque barrière. Le lendemain de la finale des Europe, j’étais fracassé et je n’ai pas pu courir. L’enchaînement des deux courses était vraiment exigeant. Deux semaines auparavant, j’avais déjà eu un enchaînement de deux steeples. Cet enchaînement n’est pas anodin. Les barrières, c’est de l’excentrique puissance 10 sur les tendons. Ce n’est pas pour rien que les tendons lâchent parfois. Cela arrive souvent. C’est une discipline à risque au niveau des blessures. J’en fais les frais, mais de façon modérée, car c’est une petite lésion qui ne va pas me handicaper dans deux mois. Mais le timing n’est pas très bon.

Alexis Miellet : « Je partais avec moins d’expérience que les autres »

On revient sur le côté bascule, tu n’avais pas peur qu’avec ces franchissements, ta ligne droite finale, connue de tous, soit émoussée ?

Je me demandais comment j’allais pouvoir réagir. Et au final, cela se passe bien. Je suis relativement content. Même sur des courses dures au train, comme à Marseille, où je suis fatigué dans le dernier tour, j’arrive à finir 14 secondes au dernier 100 m. Mais il y a eu un gros point d’interrogation, sur comment je peux utiliser mon finish avec les barrières. Passer les barrières sur 2:45 au kilo, c’est une chose, mais les passer sur 2:30 au kilo, cela en est encore une autre. Il y a la rivière à passer, avec laquelle j’ai eu un mauvais souvenir à mon premier steeple (il était tombé sur la dernière rivière).

C’est un apprentissage. Mais depuis le début, je me suis dit que, de toute façon, j’allais partir avec moins d’expérience que les autres. Et qu’il fallait débrancher le cerveau à chaque course. Si je commence à me poser trop de questions, je vais faire des refus d’obstacles. Il faut vraiment débrancher le cerveau et faire le vide dans ma tête. Se dire qu’on est un steepleur depuis toujours.

Avant cette saison, tu as connu une période compliquée, avec des pépins et d’autres émergeaient à côté. Comment l’as-tu vécu et comment l’as-tu surmonté ?

J’ai l’habitude de me concentrer sur moi-même. Alors, je suis content que les autres progressent, car je suis fan d’athlétisme et je suis heureux de voir les disciplines émerger. Mais surtout toute la génération qui est venue après la mienne et qui progresse. Après, pour moi, c’était très frustrant, parce que je savais que je n’étais pas en pleine possession de mes moyens. Voir que cela bloquait à cause de blessures, du Covid, du vaccin et tout, c’était super frustrant. Cette année, j’ai pu donner un peu ce que j’avais (rires).

Alexis Miellet : « Je suis capable de battre mon record au 1500 m »

Maintenant que tu es au top, tu apprécies d’autant plus cette concurrence.

Oui carrément. Aux Europe, pouvoir jouer devant, c’est quelque chose que j’attendais depuis longtemps. Parce que je pense que j’en suis capable sur 1500 m. Cette année, je n’ai pas pu courir sur cette distance, car il y a eu beaucoup de steeple. Mais, honnêtement, je pense que je suis capable de battre mon record et de courir 3:32. Il faut que l’occasion se présente. Mais cela me fait plaisir d’être devant, sur certaines courses un peu plus relevées.

Partager le podium avec un autre Français, cela fait quelque chose ?

Oui et surtout Djilali (Bedrani) que je connais depuis longtemps et qui a deux ans de plus que moi. Cela a toujours été un peu le leader de la génération avant. Notamment aux Europe de cross. À Doha, quand il fait 5e, je fais demi-finaliste du 1500 m. On était en chambre ensemble. Derrière, on a tous les deux connu des années un peu moins bonnes. Faire 1 et 2, je trouve que cela a beaucoup de sens. J’étais vraiment content de pouvoir le partager avec lui.

Nico (Daru) n’était pas très loin derrière. C’était son premier grand championnat. Il y a eu un résultat global des Français qui est très bon, avec Louis (Gilavert), qui n’a pas pu faire les Europe. Mais je suis intimement convaincu qu’il aurait pu claquer son podium. Je pense qu’on aurait pu faire 1-2-3. Il y a une densité sur le steeple qui est vraiment intéressante.

Dans l’hypothèse où tu es aux JO, quelles seront tes ambitions ? On sait que beaucoup de Français sont outsiders à Paris. Tu te définis comme tel ?

Maintenant oui (rires). Il y a un mois, ce n’était pas forcément le cas. L’objectif de finale a été un peu rehaussé. Je pense que je suis capable d’intégrer un top 5. Yoann Kowal l’a fait avec un record à 8:12. D’autres l’ont fait aussi. Je pense que j’en suis capable et que je suis capable de courir en moins de 8:10. Mais cela va aussi dépendre du type de course qu’il y aura à Paris.

Si les deux stratosphériques (Lamecha Girma et Soufiane El Bakkali) décident de courir en 8:00, cela va pousser les Kényans et Éthiopiens à suivre et courir en 8:05. Et ce serait un peu limite pour moi. Par contre, sur une course en 8:25, je vais pouvoir utiliser mes qualités de finish comme je le veux. Et là, il y a peut-être moyen d’accrocher une 3e ou 4e place. Ce n’est pas quelque chose où je me dis : « C’est chaud ». C’est pour cela que ce serait bien que cela se passe bien demain.

(Entretien réalisé avec nos confrères du Berry Républicain).

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