Nous suivre
Actualités

Arbitrage vidéo : la recherche de la vérité dans le football au prix de la perte d’émotions ?

Nicolas Jacquemard

Publié le

Arbitrage vidéo football

Dans le cadre de notre dossier « arbitrage vidéo », place au cas du football, où la vidéo est en train d’être adoptée et sera utilisée lors de la Coupe du monde. Pour nous accompagner et nous éclairer, Benjamin Bruchet, rédacteur pour Furia Liga et Benjamin Cots, co-fondateur de Dicodusport.

Deux spécialistes fous de foot, mais avec des opinions bien différentes sur l’arbitrage vidéo, voilà où en est le football aujourd’hui sur cette problématique. Entre recherche de vérités et peur de dénaturer le jeu, les passionnés sont partagés.

Un débat qui dure depuis des années

Comme nous le rappelle Benjamin Bruchet, ce débat dans le foot fait rage depuis de nombreuses années et c’est seulement récemment que le pas a été franchi : « C’est une réflexion qui est ancienne mais qui arrive seulement maintenant dans le football. On se souvient des positions de Platini qui était farouchement contre son utilisation. Elle est utilisée depuis peu dans les championnats italien et allemand. Elle va arriver en Liga la saison prochaine, seule l’Angleterre a refusé son intégration pour l’instant. Elle s’utilise d’une manière plutôt claire à première vue : sur les actions litigieuses l’arbitre peut s’aider d’une petite télé pour prendre une décision. Souvent on ne comprend pas tout et ça laisse de longues minutes de vide assez particulières. »

Perte de pouvoir pour les arbitres

Les arbitres, déjà au cœur des polémiques et dont l’autorité est souvent remise en question sur le terrain par les joueurs et les entraîneurs, perdraient encore un peu plus de pouvoir comme l’explique notre consultant Furia Liga : « Je ne vois pas vraiment d’apport pour le corps arbitral. Il est trop souvent pris pour cible et utilisé comme défouloir pour expliquer une mauvaise performance sauf qu’avec la vidéo, on lui enlève tout pouvoir ou presque. Parfois, une équipe peut se sentir lésée qu’on n’ait pas utilisé la vidéo sur une action litigieuse en sa faveur alors que la vidéo va être utilisé contre elle ensuite. Pour moi la vidéo est une fausse bonne idée, typiquement dans l’idée que pour certains, ajouter de la technologie va aider le sport. Je suis pour l’implantation de la technologie mais je ne vois pas l’intérêt de la vidéo. Le football est un sport de mouvement où l’interprétation a une place importante. On l’a vu avec le rouge de Vecino ce week-end entre l’Inter et la Juve. Qui peut dire qu’il a tort ou raison de mettre un rouge au milieu Matias Vecino ? La vidéo aide en quoi ? »

La vidéo dénature le foot ?

Pour Benjamin Bruchet, il n’y a pas de doute, la vidéo va faire perdre son ADN au football et les émotions qui en découlent : « La vidéo est en train de dénaturer tout un sport, c’est vraiment triste. La justice n’existe pas dans le sport, encore moins dans le foot, la vidéo est le VRP d’une justice sportive qui n’existe pas et qui n’existera jamais. Trop de facteurs influent sur un jugement arbitral et le vidéo n’aide en rien à apaiser les tensions et les polémique. Surtout que derrière ça, on crée un football à deux vitesses. Finalement, on accentue encore plus les écarts entre les très grands championnats riches et les autres. On fracture encore plus le football, et je ne peux pas m’en réjouir.

Surtout qu’il n’y a pas d’étude poussée sur le vidéo, on l’impose sans réflexion sans volonté de débattre, les anti-vidéos sont des conservateurs arriérés et les pro des gars en accord avec leur temps. Et puis merde, devoir attendre pour célébrer un but c’est pas du football ! On est un sport où les buts sont importants et on les célèbre, on ne peut pas couper ça, ce sentiment incroyable que nous procure un but pour le célébrer 3 minutes plus tard, c’est pas possible. »





L’arbitre attendant la décision de l’arbitrage vidéo lors du match France-Angleterre – AFP

La Coupe du monde en danger ?

La vidéo sera utilisée pour la première fois dans une compétition de cette ampleur lors de la Coupe du monde 2018 et selon Benjamin Bruchet, il y a un vrai risque que la fête soit gâchée par cet outil : « Cela peut gâcher clairement la compétitio. Pour avoir suivi la CDM U20 de l’année passée, la vidéo avait été particulière à certains moments. Des périodes de flottement où on ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe. Après, c’est surtout comme je l’ai dit, il n’y a que deux championnats qui utilisent la vidéo au quotidien, qui sont habitués à ce fonctionnement pour les autres ce n’est pas naturel. Quand on voit qu’après 6 mois d’utilisation, on a encore des couacs, comment des mecs vont l’appréhender en 1 mois ? Il va y avoir un arbitrage qui va être différent en fonction que ça soit un arbitre habitué ou non à la vidéo, c’est certain. »

👍 La vidéo est-elle bénéfique au football ? L’avis de Benjamin Cots, co-fondateur de Dicodusport

« L’arbitrage est souvent voire toujours au centre des débats d’après-matchs. Souvent décrié pour ses erreurs, quoi de mieux que l’apport de la vidéo pour aider les arbitres à prendre certaines décisions dans un sport où les actions sont rapides et les contacts difficiles à juger. Par exemple, la Goal Line Technology, qui permet de savoir si le ballon a franchi la ligne de but, est un outil qui aurait permis d’éviter des mésaventures comme le but valable de Frank Lampard contre l’Allemagne en huitième de finale de la Coupe du monde 2010. Même si certains pensent que les erreurs font partie du jeu et représentent la beauté du sport, la justice et l’exactitude ne seraient pas de trop. Son utilisation est donc bénéfique et ce n’est pas elle qui doit être remise en cause mais plutôt son exploitation qui est à parfaire. »

👎 La vidéo est-elle bénéfique au football ? L’avis de Benjamin Bruchet, rédacteur Pour Furia Liga

« 100 fois non, et réellement. La technologie peut servir mon sport, elle peut rendre le football meilleur mais la vidéo c’est non. Elle ne peut pas s’adapter à un sport qui est fait de mouvements et d’appréciations, c’est impossible. Et puis quand on voit les problèmes que nous pose la GLT (Goal Line Technology) qui est une technologie simple dans le fond, comment la vidéo peut réussir ? C’est impossible, et puis elle n’est pas testée, elle est balancée comme ça et puis basta. Elle est là pour cacher le fait que les arbitres ne sont peut-être plus aussi bien formés, ou autre je ne sais pas. Mais on la voit comme la solution à tous les problèmes alors que ce n’est pas du tout le cas pour moi. »

Êtes-vous favorable à l'arbitrage vidéo dans le sport ?
  • Oui 81%, 331 voix
    331 voix 81%
    331 voix - 81% des votes
  • Non 19%, 79 voix
    79 voix 19%
    79 voix - 19% des votes
Total des votes : 410
23 avril 2018 - 12 août 2021
Les votes sont clos

Nicolas Jacquemard

Clique pour commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *