Augustine Carliez (Télémark) : « Je suis soulagée de sortir de cette saison sur une bonne note ! »
TÉLÉMARK – Troisième de la dernière Coupe du monde, médaillée d’argent aux Mondiaux Séniors, triple médaillée d’or aux Mondiaux Juniors… Dire que la saison d’Augustine Carliez a été couronnée de réussite serait un euphémisme. Du haut de ses 20 ans, l’Annécienne a franchi un nouveau cap dans sa progression linéaire pour devenir une réelle menace sur le circuit. Quelques jours après ses exploits à Bardonecchia, la télémarkeuse tricolore s’est livrée en longueur sur son brillant hiver pour Dicodusport.
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Dicodusport : La semaine dernière, tu as signé une performance historique aux Mondiaux Juniors en réalisant le triplé (Un exploit seulement réalisé par Johanna Holzmann et Kaja Bjornstad Konow par le passé). Comment as-tu vécu cette semaine folle ?
Augustine Carliez : Je suis arrivée très fatiguée de la saison autant émotionnellement que physiquement. On venait de faire les finales de Coupe du monde où j’avais l’ambition de remporter le globe. Je n’ai pas réussi donc j’ai dû faire face à un « échec », même si j’ai pris la 2ème place au général. J’en suis satisfaite maintenant, mais sur le moment, c’était dur à accepter vu que je ne suis pas passée loin. Je suis arrivée aux Mondiaux juniors en étant la grande favorite puisque sur les courses d’avant, j’étais largement la meilleure de la catégorie. En raison de la fatigue, la semaine n’a pas été facile. Physiquement, j’étais cuite, donc je n’ai pas trouvé mes meilleures sensations.
Heureusement, on commençait par la Classic, qui est ma discipline de cœur, et celle où je performe le plus. Je savais que j’avais un peu de marge sans être à 100 %. Je n’ai pas produit du grand ski, et il n’y a pas eu un énorme écart, mais ça a suffi ! J’étais contente d’avoir cette première médaille, mais je me suis rendue compte que ça n’allait pas être simple sur les deux autres disciplines. Le sprint a été très difficile. Je termine 3ème de la première manche après avoir gagné une place suite aux pénalités. Il fallait donc que j’augmente mon niveau de ski sur la seconde. J’ai serré les dents pour aller chercher mes dernières ressources. J’arrive finalement en tête, mais la deuxième était très proche donc j’ai eu un peu de chance.
Enfin, sur la parallèle, on savait que c’était la dernière de la saison donc il fallait tout mettre. Je passe les tours avec difficulté, sans être dominante. Et au final, je réalise une dernière belle manche contre Léa Lathion, qui était également prétendante au titre, pour gagner difficilement cette 3ème médaille d’or. Je suis soulagée de sortir de cette saison sur une bonne note !

Augustine Carliez avec ses 3 médailles d’or, à Bardonecchia (Crédit : FIS Télémark)
Deux semaines plus tôt, tu avais déjà frappé un grand coup aux Mondiaux en obtenant ta première médaille en Senior (argent) sur le sprint. Quel bilan tires-tu de cette semaine aux Contamines-Montjoie ?
C’était assez exceptionnel ! Mes proches sont venus me voir sur le stade des Contamines qu’on connaît très bien pour s’y entraîner avec l’Équipe de France. C’est aussi la station de notre entraîneur (Antoine Bouvier). J’étais vraiment en forme, et prête à essayer d’aller chercher un titre. Je savais que j’en avais les moyens suite à mes deux victoires en Coupe du monde. Mais le faire aux championnats du monde, sur une course d’un jour, c’est autre chose.
En sprint, je n’étais pas ultra-favorite, mais j’ai skié à fond pour ne pas avoir de regrets. J’ai fini 2ème sur la première manche, donc j’étais très contente, mais il fallait ensuite confirmer. Ça m’a stressé avant le départ de la seconde manche puisque je ne m’étais jamais retrouvé dans une telle position sur des championnats du monde. Finalement, je passe la ligne d’arrivée avec juste le regret d’avoir concédé une pénalité au saut. J’ai eu peur que ça me coûte la médaille. L’attente a été très longue puisque les résultats officiels ont mis 45 minutes à tomber ! Mais au final, cette première médaille chez les grands a été très intense émotionnellement, et ça concrétise pas mal de choses.
En revanche, il y a de la déception sur la Classic, car j’espérais beaucoup sur cette discipline, mais je suis tombée sur un saut un peu trop gros, que je ne suis pas parvenue à gérer. Malgré tout, je tire un bilan positif de ces Mondiaux avec cette médaille d’argent.

Cheffe de file de l’Équipe de France féminine, Argeline Tan-Bouquet avait poussé un coup de gueule sur la participation de Johanna Holzmann, (l’Allemande a effectué son retour sur la discipline uniquement pour les Mondiaux, trois ans après sa transition en skicross) cette dernière ayant en prime raflé tous les titres. Quel est ton sentiment à ce sujet ?
Je ne suis pas de cet avis, je ne considère pas avoir été privée d’une médaille d’or. Au contraire, elle a le droit de s’inscrire aux Mondiaux. Elle est sans doute arrivée avec plus d’énergie vu qu’elle n’a pas fait les compétitions d’avant. Cependant, je considère qu’elle mérite ce titre, et que nous, les athlètes évoluant sur le circuit, devons le prendre comme une remise en question. Se dire qu’on a encore de la marge pour arriver à son niveau. Elle a vraiment dominé et je suis admirative de ça. Sa préparation physique a été faite à 100 % et il faut s’inspirer de ça. C’était à nous d’être meilleures.
En Coupe du monde, tu es parvenue à te hisser sur le podium du classement général derrière Jasmin Taylor et Argeline Tan-Bouquet. Est-ce que tu t’attendais à te retrouver en si bonne position au début de l’hiver ?
En début d’hiver, je m’étais fixée des objectifs plus ambitieux que les précédentes années. C’était ma cinquième saison de télémark, la quatrième en Équipe de France, et je souhaitais enlever cette étiquette de grand espoir du circuit, dans le but d’aller chercher quelque chose de grand. En discutant avec l’entraîneur, je me suis dit que mes objectifs étaient peut-être trop élevés, mais je voulais sortir de ma zone de confort. Il s’agissait soit d’obtenir un globe, soit de finir dans le Top 3 du classement général. L’objectif est donc rempli !
La saison s’est vraiment bien passée, même si j’ai un peu pêché à la fin. Au fur et à mesure de l’hiver, j’ai cru à ce globe. J’ai apprécié mes victoires, mais toujours avec cet objectif dans un coin de la tête, et une ambition élevée. Finalement, ma saison est réussie, même si j’ai l’impression d’être passée à côté de ce globe en Coupe du monde, et d’une médaille d’or aux Mondiaux. Avec un peu de recul, je vais être très satisfaite, et je suis contente de m’être fixé des objectifs ambitieux qui ont été accomplis.
VICTOIRE À LA MAISON ! 🇫🇷
Augustine Carliez remporte la Classic telemark de Pra Loup !
De bon augure pour les mondiaux qui approchent à domicile dans la station @les_contamines . 💪De nombreux Bleus sur la boîte Classic :
Charly Petex
Laly Chaucheprat & Yoann Rostolan— FFS – Fédération Française de Ski (@FedFranceSki) March 12, 2025
Un petit globe de cristal, ou même le gros globe, se rapprochent au fil des hivers. Selon toi, quels sont les aspects que tu dois travailler pour pouvoir y prétendre ?
Physiquement, j’ai encore quelques points à améliorer. Sur certaines courses, j’ai eu du mal à me mettre dedans dès le départ. C’est pour ça que la Classic me correspond bien, il me faut un peu de temps et quelques portes pour rentrer dans mon plan de ski. Sur le plan mental, certains aspects sont également à travailler. J’avais une préparatrice en début de saison. Malheureusement, je n’ai pas pu aller au bout avec, mais j’ai continué à mettre en place les clés qu’elle m’avait données.
Je suis plutôt jeune par rapport aux autres cadors du circuit et j’ai encore un déficit d’expérience à combler. Sinon, il faut également continuer à s’entraîner techniquement et physiquement. Cet hiver, j’ai mis en place une bonne routine de récupération que je n’avais pas auparavant. Je suis aussi suivie par un masseur et un centre de récupération, ce qui m’a permis d’optimiser le tout. Mais je peux encore faire mieux vu que la fin de saison a été difficile. Il y a encore du travail !
En parallèle à ta carrière sportive, tu mènes des études en odontologie (chirurgie dentaire). Comment parviens-tu à gérer cette double casquette, notamment en pleine saison ?
J’ai vécu une vie d’étudiante plutôt classique sur les mois de septembre, octobre et novembre, même si on a eu quelques stages sur les skis, environ un par mois. C’est déjà pas mal, mais c’est plutôt léger par rapport à l’hiver où j’y ai moins mis les pieds. La faculté me permet d’avoir des aménagements pour rattraper les cours et les travaux pratiques. J’avais le droit de changer de groupe, de rattraper en amont. Là, j’ai encore une matière que je vais rattraper cette semaine.
La faculté a joué le jeu du double projet et m’a fait confiance avec ces aménagements. J’ai deux gros mois de cours théoriques à rattraper, donc je serai beaucoup plus présente sur Lyon pour combler ce retard avant les examens de mi-mai. On est en période de repos sportif, donc je vais pouvoir me mettre à 100 % dans les cours. Je suis sur une deuxième année plutôt légère, contrairement à la première, que j’ai effectué à l’Université Grenoble Alpes, et qui était dédoublée sur deux ans.
Comme de nombreux membres de l’Équipe de France, tu as effectué la transition de l’alpin au télémark il y a plusieurs années. Pourquoi avoir fait le choix de te lancer à 100 % dans cette discipline ?
Effectivement, j’ai fait beaucoup de ski alpin, jusqu’à environ 15 ans. Puis, au fur et à mesure des sélections, je pense être arrivée à mon meilleur niveau et je ne faisais pas partie des dix meilleures françaises. Du coup, j’ai voulu trouver un nouveau challenge. Ma mère fait du télémark depuis toujours donc j’avais essayé déjà quelques fois. Je me suis orientée là-dessus en sachant que toutes les bases physiques et techniques de l’alpin m’ont facilité cette transition. Les deux disciplines sont assez proches. Il y a tout de même des contraintes en plus, notamment la fente, mais aussi le ski de fond et le saut que j’ai dû travailler.
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Tu auras seulement 26 ans lorsque les Jeux Olympiques se dérouleront dans les Alpes. Est-ce que l’espoir d’y participer est déjà dans ton esprit ?
Je l’ai dans un coin de ma tête ! Cinq ans, c’est à la fois long et rapide. On espère que ça deviendra un sport olympique avant d’y être. On sait qu’il y a des chances et tout le monde fait en sorte que ça se concrétise. Si ça y rentre, le rêve ultime sera bien sûr de participer. Je suis encore assez jeune donc je me vois encore continuer jusque-là. J’y pense sans trop y penser, mais c’est sûr que ça fait rêver !


