Bastien Poupat : « La pyrotechnie a toujours fait partie intégrante d’un spectacle »
Co-auteur de « Ultra, Mode de vie » avec Benoit Taix et Adrien Verrechia, Bastien Poupat a répondu à nos questions. Dans ce livre, ils reviennent notamment sur l’histoire du mouvement des ultras français. Le livre est aussi une immersion dans les plus grands groupes de supporters de toute la France. Chose rare, il est réalisé sans l’aide d’une maison d’édition, et est disponible à partir du 12 novembre sur le site La Grinta.
Bastien Poupat, dans quel but avez-vous écrit ce livre avec Benoit Taix et Adrien Verrechia ?
L’idée est venue lors du cinquième anniversaire du site La Grinta. On voulait marquer le coup. Étant donné que nous sommes un site plutôt axé tribunes (mais pas que), la décision d’écrire un ouvrage sur les Ultras de France a commencé à trotter dans nos têtes. Après plusieurs échanges avec quelques leaders de groupes importants en France qui nous ont soutenus dans cette démarche, nous avons décidé de foncer. Bon, au final le livre sort pour les 8 ans de La Grinta, mais avec la fierté d’avoir accompli ce travail en totale indépendance.
Dans quelle ville êtes-vous allés pour rencontrer les Ultras ?
Nous nous sommes rendus dans 20 villes : Marseille, Saint-Etienne, Lyon, Grenoble, Nîmes, Montpellier, Monaco, Toulon, Cannes, Nice, Bastia, Bordeaux, Toulouse, Nantes, Lens, Lille, Metz, Mulhouse, Strasbourg et Paris. Nous avons essuyé seulement un seul refus, celui de Lyon.
Combien de temps cela vous a pris pour réaliser ce livre ?
Entre les premiers déplacements, l’écriture, la relecture puis l’auto-édition (mise en page + impression), cela a mis pratiquement 4 ans. Ça peut paraître énorme, mais il s’agit de la somme de plusieurs raisons comme les discussions avec les groupes, la complexité logistique à organiser les déplacements, le financement indépendant et notre méconnaissance initiale de l’édition.
Pourquoi d’après vous, les Ultras ont une mauvaise image dans le football français ?
Cela est sans doute dû à plusieurs facteurs : le premier reste le rôle et l’influence des médias. C’est indéniable, nous sommes dans une société où des violences créeront toujours plus de vagues qu’une action caritative par exemple. Tout prend également plus de proportions qu’à une certaine époque. Mais attention, il n’y a pas que cela. Il faut dire ce qui est sans angélisme, quelques fois, les ultras peuvent aussi tendre le bâton pour se faire battre.

La couverture du livre Ultra, mode de vie – Compte Twitter @UMDVlelivre
Êtes-vous pour ou contre les fumigènes ?
Pour. La pyrotechnie a toujours fait partie intégrante d’un spectacle et son rendu visuel est toujours très beau. D’ailleurs, certains diffuseurs n’hésitent pas à s’en servir pour la promotion des compétitions auxquelles ils viennent d’obtenir les droits. Mais avant même d’évoquer le pour ou le contre, il y a un débat à recentraliser, c’est celui de l’échelle de sanction. Aujourd’hui, les risques judiciaires en cas d’utilisation d’un fumigène sont probablement disproportionnés. Pourquoi ne pas s’inspirer du système norvégien, ou encore chilien, où, avec un dialogue mené intelligemment des deux côtés, des solutions ont été trouvées ?
L’Association Nationale des Supporters fait d’ailleurs un travail remarquable sur ce sujet en s’enrichissant de ce qui fonctionne ailleurs. C’est exactement ce que les Ultras demandent, un dialogue et une responsabilisation. Il y a une certaine hypocrisie du côté des instances sur ce point. Comme je disais, on promeut la L1 avec des images de tribunes embrasées et dans le même temps, on condamne les protagonistes de ces mêmes images.
Comment expliquez-vous la réaction des supporters montpelliérains quand les Nîmois ont volé leurs banderoles alors que leur équipe gagnait largement à ce moment-là du match ?
C’est simple, le vol de bâche dans le monde des Ultras est vu comme l’affront suprême. C’est pour cela que ceux qui s’intéressent de près ou de loin au mouvement ultra n’ont pas été surpris de cette réaction. Sans rentrer dans les considérations morales. En revanche pour comprendre, il faut savoir que malheureusement, certains font passer aujourd’hui leur groupe avant leur club. Ce qui n’était pas forcément le cas à l’origine du mouvement ultra.
Pensez-vous qu’à terme, le supporter ne sera plus présent dans les stades et qu’il aura été remplacé par le spectateur qui sera là pour consommer un produit, à savoir le football ?
Non, car le spectateur qui veut consommer le football tel un produit a besoin aussi d’une ambiance. Pour lui, ça fait partie du package. Les Ultras sont donc indispensables à ce niveau car que ce soit la Ligue ou encore les clubs, ils ne savent pas reproduire leur travail. Le PSG en reste le meilleur exemple. De surcroît, cela se vérifie encore plus en France, où le spectacle sur le terrain est loin derrière d’autres championnats européens.
Les auteurs du livre font-ils partis d’un groupe ultra ?
Actuellement, non.


