Bilan cyclisme 2021 : Filippo Ganna, une année en or
CYCLISME – Considéré par le peloton comme le meilleur rouleur du monde, le coureur italien d’INEOS Grenadiers Filippo Ganna a renforcé son statut avec une saison 2021 réussie, que ce soit sur route ou sur la piste, avec INEOS Grenadiers et sa sélection italienne.
De jolis succès glanés avec INEOS
Quand INEOS (Sky à l’époque) a recruté Filippo Ganna en 2019, on avait hâte de voir ce que ce spécialiste de la poursuite allait donner sur la route. En effet, à l’âge de 19 ans, il était sacré champion du monde de poursuite individuelle en établissant par la même occasion un nouveau record d’Italie. Ce succès de Ganna a fait un bruit énorme de l’autre côté des Alpes, notamment auprès des journaux tels que la Gazzetta Dello Sport, car l’Italie, terre de grands champions, attendait depuis Francesco Moser un nouveau prodige de la piste, et notamment de cette épreuve de la poursuite. Par la suite, il devenait une nouvelle fois champion du monde de poursuite et effectuait ses débuts sur la route avec UAE Team Emirates, où il a notamment terminé deuxième du Tour de San Juan, obtenant le titre de champion d’Italie du contre-la-montre.
Du côté de chez INEOS, on lui voyait peut-être une trajectoire similaire à un certain Bradley Wiggins, qui lui aussi a brillé sur la piste notamment en poursuite pour devenir plusieurs années plus tard vainqueur du Tour de France en 2012. On sait la faculté qu’a l’équipe britannique de façonner des cracks sur piste en machines de guerre sur route. Ethan Hayter, dont le potentiel est énorme, peut également être classé dans ce registre.
Depuis qu’il court sous les couleurs de l’équipe de Dave Brailsford, le coureur italien est performant. Alors oui, c’est un coureur atypique. Un peu comme Mathieu van der Poel qui alterne entre les épreuves de VTT, de cyclo-cross et de cyclisme sur route, Filippo Ganna se concentre exclusivement sur des chronos individuels. C’est donc pour cette raison que son équipe le laisse à la disposition de la sélection italienne pour des championnats d’Europe ou du monde, ainsi que lors des Jeux Olympiques.
Son palmarès peut paraître maigre, mais il empile les succès sur les chronos depuis plusieurs saisons. Dès ses débuts chez INEOS, il remporte sa première course chez les pros en remportant le chrono individuel du Tour de La Provence. Depuis deux saisons également, il prend part au Giro d’Italia, dans son pays natal, le seul Grand Tour qu’il dispute chaque saison. Lors de sa première participation en 2020, il avait remporté 4 étapes : les trois chronos individuels, ainsi qu’une étape en ligne où il s’était révélé et avait donné une idée de ce que pourrait devenir sa carrière à l’avenir. Parti dans l’échappée matinale, il avait réussi à distancer sur la dernière ascension Thomas De Gendt et Einer Rubio, et avait réussi à résister au retour du peloton. C’était un jour énorme pour lui : remporter une étape chez les pros, dans un grand tour, une épreuve World Tour, et devant son public, qui l’acclamait haut et fort au passage de la ligne d’arrivée. Par la même occasion, il enfilait la tunique du Maglia Rosa (maillot rose) pendant deux jours, symbole du leader du classement général.
Et de 2 pour Filippo Ganna !
L’italien remporte la 5ème étape du Giro 2020 en solo.#giro #giro103 #lequipeGIRO pic.twitter.com/HaanhXSzjb
— Miroir du Cyclisme (@Miroir2Cyclisme) October 7, 2020
2021, une réussite sur route
Cette saison, il a également pris part au Giro remporté par son compatriote Egan Bernal. On l’a vu à l’œuvre, notamment dans des étapes de montagne, pour contrôler la distance avec les échappés. Il a également remporté les deux chronos individuels, lors de la première étape à Turin et de la dernière étape qui se terminait à Milan. Cette saison, il a également remporté deux étapes dont un chrono sur l’Étoile de Bessèges, et le chrono du Tour des Emirats Arabes Unis.
A l’avenir, il serait intéressant de voir le développement de ce coureur, notamment en altitude où il a montré certaines qualités. Bien sûr, les grimpeurs modernes tels que Pogacar, Enric Mas ou David Gaudu sont de petits gabarits, bien loin du profil de Filippo Ganna (1m93 pour 82kg), mais INEOS est sur sa marque de fabrique avec ce type de coureur.
Jamais un coureur dans l’histoire du #Giro n’avait remporté 5 chronos de suite. C’est la performance réalisée par Filippo Ganna, qui a réalisé un nouveau sans faute cette année dans l’exercice solitaire. pic.twitter.com/Lce4KeHSuM
— Le Gruppetto (@LeGruppetto) May 30, 2021
Une année riche en émotions avec son pays
Surnommé le nouveau Moser après sa victoire aux championnats du monde de poursuite en 2019, Filippo Ganna a depuis continué à faire résonner Il canto degli italiani, l’hymne national, dans tous les vélodromes d’Europe et du monde. À Berlin l’an dernier, il remporte un troisième titre consécutif sur la poursuite individuelle, après ses succès en 2019 à Pruszkow en Pologne et en 2018 à Apeldoorn aux Pays-Bas.
Sur piste, son année a également été très riche sur le plan émotionnel. Tout d’abord, il a été sacré champion olympique à Tokyo de la poursuite par équipes avec Simone Consonni, Jonathan Milan et Francesco Lamon . On se rappelle très bien de ce duel épique avec le Danemark de Niklas Larsen et Rasmus Pedersen. En tête une bonne partie de la course, les Danois n’ont rien pu faire lorsque Ganna a pris en main le train italien dans les trois derniers tours, avalant les mètres à une vitesse hallucinante, ses coéquipiers ayant même du mal à suivre sa roue. Les Italiens s’étaient même adjugés le record olympique.
Winning team pursuit will mean more for Filippo Ganna than winning the ITT in Tokyo. Winning gold with Italian 🇮🇹 team was his ultimate dream. pic.twitter.com/UjC3uqr8r4
— Jonas Creteur (@jonas_creteur) August 4, 2021
Sur route cette fois, il a vécu son premier échec de la saison sur le championnat d’Italie de contre-la-montre. Grandissime favori de cette édition et en quête d’un troisième succès consécutif, il n’a rien pu faire face à la performance réalisée par le coureur de chez Astana, Matteo Sobrero. Conscient que le titre allait lui échapper après les premiers intermédiaires, il n’a pas poussé plus loin, privilégiant déjà l’avenir. L’avenir, c’était de nouveau à Tokyo, mais sur route cette fois. Au départ de l’épreuve du contre-la-montre individuel de ces JO, Filippo Ganna faisait comme à l’accoutumée partie des favoris de l’épreuve aux côtés des Primoz Roglic, Stefan Küng et Tom Dumoulin. Cependant, ce parcours était très technique, avec plusieurs montées, ce qui ne correspondait pas forcément aux qualités de l’Italien, qui a une certaine appétence pour les chronos assez plats. Ce jour-là, il n’a pu que constater l’écrasante domination de Primoz Roglic, sacré champion olympique.
Soit, il avait échoué aux JO, mais la fin de saison s’annonçait belle et copieuse, car les championnats d’Europe étaient organisés chez lui, à Trente. Sur l’épreuve du contre-la-montre individuel, il pensait être sacré chez lui mais a subi une grosse désillusion. Alors que tous les spécialistes s’attendaient à un combat entre Ganna, Bissegger et Evenepoel, c’est finalement le Suisse Stefan Küng qui a coiffé Filippo Ganna au poteau, terminant avec 8 secondes d’avance sur le local, conservant par la même occasion son titre européen. En guise de consolation, il a remporté le contre-la-montre par équipe mixte, une épreuve inédite depuis 2019. Avec Matteo Sobrero, Alessandro de Marchi, Elena Cecchini, Marta Cavalli et Elisa Longo Borghini, il a remporté la médaille d’or devant l’Allemagne et les Pays-Bas.
Chaque année, les championnats du monde se disputent quinze jours après les championnats d’Europe. En Belgique, Ganna devait lutter face à des Belges aux dents longues, Wout Van Aert et Remco Evenepoel, qui ont montré une forme éblouissante sur cette fin de saison. Parti le dernier sur la ligne de départ, il savait qu’il devait faire mieux que Wout Van Aert et Remco Evenepoel, qui avaient jusque-là les deux meilleurs chronos du jour. C’était sans compter sur l’Italien, qui allait prouver une nouvelle fois au monde entier, dans le temple du cyclisme mondial, que le meilleur rouleur du monde, c’était bel et bien lui. Il a donc signé une deuxième victoire sur ces championnats du monde du contre-la-montre individuel, après son succès en 2020 à Imola, où le public n’avait pas pu se déplacer en masse.
L’Italien Filippo Ganna est resté maître du contre-la-montre dans les championnats du monde de cyclisme, dimanche, à Bruges, en Belgique #AFP pic.twitter.com/wZ3hqxGpcR
— Agence France-Presse (@afpfr) September 19, 2021
La note de la rédaction : 15/20
Quand on note Filippo Ganna, on ne note pas un Primoz Roglic ou un Tadej Pogacar, qu’on espère voir briller sur les grands tours. Non. On note un coureur atypique, qui partage son planning entre épreuves sur route et épreuves sur la piste. Spécialiste du contre-la-montre, il a une nouvelle fois conforté son statut de meilleur rouleur du monde après sa victoire aux championnats du monde. Avec son pays, il a remporté l’or olympique en poursuite par équipes. Il aurait certainement aimé faire mieux que cette 6ème place aux Jeux Olympiques (toujours sur le chrono), mais l’année a été tout de même une réussite. On regrettera la perte de son titre mondial de la poursuite à Roubaix, lors des Mondiaux sur piste il y a quelques jours, lui qui était triple champion du monde en titre. Il sera intéressant de voir son développement sur la route en 2022, sur des étapes autre que des contre-la-montre.


