Cyclisme 2021 : Quel bilan pour la formation INEOS Grenadiers ?
CYCLISME – Plus gros budget du World Tour, l’équipe britannique dirigée par Dave Brailsford, INEOS Grenadiers, s’est une nouvelle fois montrée conquérante sur cette saison 2021. Malgré le départ de Froome chez Israel Start-Up Nation, les leaders ont répondu présent et les espoirs de l’équipe ont montré leur potentiel.
Un recrutement qui a en partie porté ses fruits
Depuis la création de l’équipe en 2010, l’équipe INEOS Grenadiers, anciennement SKY et INEOS, s’est créée une solide réputation au sein du World Tour, notamment sur les grands tours et sur les courses à étapes World Tour comme le Dauphiné ou le Tour de Catalogne. Depuis 2012, la formation britannique a notamment remporté sept des neuf derniers Tour de France. On se rappelle du succès de Bradley Wiggins en 2012, pourtant spécialiste de la piste et des chronos, de l’écrasante domination de Christopher Froome auréolé de quatre succès entre 2013 et 2017, de la victoire de Geraint Thomas en 2018 et de la montée en puissance d’Egan Bernal, congratulé d’un succès sur la Grande Boucle en 2019. A l’été dernier, l’équipe a vu son leader, Christopher Froome, quitter l’équipe pour rejoindre Israel Start Up Nation. Cependant, toujours en quête de succès sur les trois grands tours, Dave Brailsford et ses managers ont su effectuer de très jolis coups sur le marché des transferts.
Adam Yates, qui s’est créé un joli palmarès ces dernières saisons (étapes sur le Tour du Pays Basque, le Dauphiné et Tirreno-Adriatico), a renforcé l’équipe sur les courses par étapes, qui lui a d’emblée donné le rôle de co-leader aux côtés d’Egan Bernal et de Richard Carapaz. Pour épauler également l’équipe dans ce domaine, Richie Porte, ancien de la maison, a été recruté, lui qui avait terminé 3ème du Tour de France en 2019 derrière les deux slovènes Tadej Pogacar et Primoz Roglic. Enfin, on notera également le recrutement de Daniel Martinez, le Colombien au profil de grimpeur/rouleur, capable également de belles prouesse sur les courses d’une semaine, vainqueur notamment du Criterium du Dauphiné en 2020. Enfin, INEOS Grenadiers s’est également offert les services du très prometteur Tom Pidcock, spécialiste du VTT (champion olympique de XCO) et du cyclo-cross, dont les débuts sur la route étaient attendus par beaucoup de spécialistes.
Nº10 Adam Yates
Despite only 2 wins this season, Adam Yates’ move to Ineos succeeded in unusually good consistency. 1st in Catalunya, 2nd in UAE/Milano-Torino, 3rd in Lombardia and 4th in Vuelta/Itzulia, without a doubt the best season to date for the climber⛰️#EchelonsTop10 pic.twitter.com/YS5y4VtG2T
— Rúben Silva (@EchelonsHub) October 18, 2021
Une jolie moisson sur les courses d’une semaine
Pour ne pas déroger à la règle, INEOS a remporté plusieurs courses par étapes cette saison. Le ton était donné dès le début de saison lorsque le grimpeur colombien Ivan Sosa a remporté le Tour de La Provence avec deux victoires d’étapes, dont notamment ce succès en haut du Chalet Reynard, devant Egan Bernal et Julian Alaphilippe. En février dernier, lors du premier Tour d’une semaine estampillé World Tour, Adam Yates a terminé deuxième de l’UAE Tour derrière Tadej Pogacar, qui roulait à domicile. Malgré des échecs sur Paris-Nice et Tirreno-Adriatico, l’équipe britannique a fait parler la puissance de son collectif sur le Tour de Catalogne en réalisant un tiercé gagnant.
Adam Yates a en effet terminé premier, devant Richie Porte et Geraint Thomas : la semaine fut parfaite car deux victoires d’étapes ont également été remportées grâce à Rohan Dennis sur un chrono à Banyoles et par Adam Yates au sommet de la station de Vallter 2000. Sur le Tour du Pays Basque, Adam Yates n’a pas pu résister à la forme stratosphérique de Primoz Roglic, vainqueur de l’édition devant son coéquipier Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar, mais le Britannique a tout de même terminé à la 4ème place.
En Romandie, course préparatoire classique au Giro et au Tour de France, Geraint Thomas s’offrait pour sa part son premier succès sur une épreuve World Tour de la saison, faisant preuve d’une belle régularité toute la semaine. On se souvient également de sa chute terrible au sommet à Thyon, alors qu’il luttait pour la victoire avec Michael Woods. Lors des deux dernières préparations au Tour de France, INEOS a une nouvelle fois fait parler la poudre. Victoire de Richard Carapaz sur le Tour de Suisse grâce notamment à un succès au sommet de Loèche-les-Bains, et succès de Richie Porte sur le Critérium du Dauphiné avec un joli passe d’armes avec le Kazakh Alexey Lutsenko. Enfin, à domicile, le Polonais Michal Kwiatkowski a terminé troisième du Tour de Pologne derrière le Portugais Joao Almeida et Matej Mohoric.
Si on fait donc le bilan sur les courses World Tour d’une semaine, INEOS a remporté quatre épreuves (Catalogne, Romandie, Dauphiné, Suisse), en plus d’une deuxième place sur l’UAE Tour et d’une troisième place sur le Tour de Pologne. Une jolie moisson donc.
Richard Carapaz wins Tour de Suisse https://t.co/1sqy8dz4WW pic.twitter.com/ZxAjSnuHMo
— Cycle Sport (@CycleSportMag) June 13, 2021
Des Grands Tours réussis, mais…
Chez INEOS, la spécialité maison sont les grands tours, à savoir le Giro, le Tour de France et la Vuelta. Gagner des épreuves World Tour d’une semaine c’est bien, gagner les Grands Tours, c’est mieux, surtout quand on a le plus gros budget du peloton. D’autant qu’avec un panel de forces vives telles qu’Adam Yates, Egan Bernal, Geraint Thomas, Richard Carapaz, Richie Porte, et de bons lieutenants comme Daniel Martinez, Tao Geoghegan Hart ou encore Michal Kwiatkowski, INEOS Grenadiers avait de très grandes ambitions cette année. L’année 2020 a été bonne pour l’équipe britannique, avec notamment le succès de Tao Geoghegan Hart sur le Giro et la deuxième place de Richard Carapaz sur la Vuelta. Mais cette année, on misait tout sur un nouveau Tour de France.
Premier des trois grands tours dans le calendrier, le Giro a été remporté de belle manière par Egan Bernal. Après une première semaine où les sprinteurs et les baroudeurs ont pu se mettre en avant, le Colombien allait marquer un grand coup sur la 9ème étape qui arrivait à Campo Felice, arrivée inédite sur des chemins de terre et de graviers. Ancien vététiste, Bernal n’allait pas manquer l’occasion de montrer qu’il serait le patron de ce Giro. Après que les échappés aient été repris, le Colombien a changé de braquet à 1,5km du sommet pour placer une attaque terrible qui a laissée ses rivaux sur le carreau. Ensuite, bien accompagné par Daniel Martinez sur les arrivées au sommet, il s’est contenté de gérer son avance au classement, même s’il a un peu souffert lors de la troisième semaine. Il en a même profité au passage pour signer une deuxième victoire d’étape, à Cortina d’Ampezzo. Celui qui rêvait d’un doublé Giro/Vuelta, a donc remporté le Tour d’Italie dès sa première participation.
💗 Giro d’Italia 2021 – Stage9⃣
🇨🇴 @Eganbernal wins in Campo Felice
🇨🇴 @Eganbernal vince a Campo Felice!#Giro pic.twitter.com/jBc97bkqfg— Giro d’Italia (@giroditalia) May 16, 2021
Un mois et demi plus tard, place au Tour de France, et pour cette édition 2021, l’équipe sur le papier était tout simplement monstrueuse. Geraint Thomas, Richie Porte, Richard Carapaz, trois co-leaders étaient alignés sur la Grande Boucle pour contrer les Slovènes Primoz Roglic et Tadej Pogacar, afin de retrouver sa domination d’antan. Cependant, le Tour ne s’est pas passé comme prévu pour INEOS.
Dès la première semaine, Geraint Thomas a chuté à plusieurs reprises et s’est luxé l’épaule droite. Ensuite, c’est Richie Porte qui est lui aussi allé au tapis après une chute. Après 10 jours de course, l’équipe britannique voyait deux de ses leaders être amoindris sur le plan physique. De plus, dès les premières arrivées au sommet, on sentait que Tao Geoghegan Hart, lieutenant de luxe pour ses leaders, n’affichait pas le même niveau que lors du Giro 2020. Qui restait-il pour sauver la patrie INEOS ? Richard Carapaz bien évidemment. Lorsque le parcours du Tour de France 2021 a été dévoilé, le profil des étapes ne correspondait pas au style de l’Équatorien, peu à l’aise sur les chronos individuels. C’est pour cette raison qu’INEOS a aligné également Geraint Thomas et Richie Porte, spécialistes de cette discipline.
Cependant, avec sa grinta et la niaque qu’on lui connaît, Richard Carapaz a tenté, essayé puis retenté de mettre dans le rouge Tadej Pogacar, mais le jeune Slovène apparaissait bien trop fort pour le peloton, surtout lorsqu’il a écrasé la concurrence lors de l’étape de Tignes. L’Équatorien a terminé troisième de cette édition 2021, et on pouvait dire qu’il était à sa place, car il semblait manquer de fraîcheur lors des dernières étapes, où seule la révélation de cette grande boucle 2021, Jonas Vingegaard, réussissait à distancer Tadej Pogacar au Ventoux. Partis avec d’énormes ambitions, le bilan d’INEOS Grenadiers sur ce TDF 2021 est donc mitigé, le collectif n’est plus aussi puissant qu’avant, les jeunes qui poussent comme Pogacar ou Vingegaard avaient peut-être une équipe moins forte, et n’ont pas été inquiétés en montagne.
🥇 Le podium du Tour de France 2021 : Tadej Pogaçar, Jonas Vingegaard et Richard Carapaz. #TDF2021 pic.twitter.com/ZLY7kEob36
— RMC Sport (@RMCsport) July 18, 2021
Pour le dernier des trois grands tours, Adam Yates et Egan Bernal avaient le costume de leaders sur cette Vuelta. Là encore, INEOS a échoué. Egan Bernal apparaissait moins fringuant qu’à l’accoutumée, toujours perturbé par ses douleurs au dos qu’il traîne depuis un moment. Ni lui ni Adam Yates n’ont su tenir le rythme imposé par Primoz Roglic, qui a littéralement écrasé la concurrence, et des deux Movistar, Enric Mas et Miguel Angel Lopez. Rapidement, les deux compères ont perdu du temps sur leurs rivaux, notamment après l’arrivée à Valdepenas de Jaen.
En troisième semaine, on notera tout de même le panache du grimpeur colombien qui a essayé de renverser la Vuelta lors de la 17ème étape, aux Lacs de Covandonga, arrivée mythique de la Vuelta. A 60km de l’arrivée, Egan Bernal plaçait en effet une attaque que seul Primoz Roglic arrivait à suivre. Progressivement, les deux coureurs ont augmenté leur avance tandis que les Bahrain-Victorious de Jack Haig menaient le tempo dans le groupe des autres favoris. Néanmoins, lors de la dernière ascension qui menait vers les lacs, Primoz Roglic a lâché Bernal de sa roue à 7 km de l’arrivée pour filer vers la victoire d’étape et un troisième succès final de rang.
🎙 Décla / 🇨🇴 @Eganbernal (ING) #LaVuelta21 : « Je n’aime pas rester dans les roues, il faut souvent le faire, mais là c’était du vrai cyclisme. J’ai beaucoup souffert pendant cette Vuelta et enfin j’avais de bonnes jambes. C’est une revanche contre moi-même. »
(📷 : ASO) pic.twitter.com/qgeIRQUdT2
— Renaud Breban (@RenaudB31) September 1, 2021
Au final, le bilan reste tout de même bon, avec une victoire sur le Giro, une troisième place sur le Tour de France et une quatrième place sur la Vuelta. Cependant, cette saison a montré que le collectif d’INEOS n’est plus aussi sensationnel que par le passé, celui qui cadenassait la course dans les ascensions avec un rythme terrible afin de lâcher les rivaux. Dave Brailsford et ses assistants doivent peut-être repenser la stratégie de course, qui pourra permettre à l’équipe britannique de remporter un huitième succès sur le Tour de France, car Primoz Roglic et Tadej Pogacar semblent destinés à se partager les succès dans le futur.
La révélation Ethan Hayter
Chez INEOS, s’il y en a bien un qui s’est révélé cette saison, c’est bel et bien Ethan Hayter. Avant cette saison, le coureur de 23 ans était connu, mais pour des succès sur la piste notamment (médaille d’argent à Tokyo 2021, champion du monde de poursuite par équipes en 2018). Sur route cette saison, il a crevé l’écran. Alors certes, ce n’était pas sur des épreuves World Tour, mais ces épreuves continentales sont un passage obligé pour ces espoirs du peloton, amenés à être des têtes d’affiches du cyclisme de demain.
Hayter a terminé deuxième du Tour de l’Algarve en début de saison, deuxième du Tour de Grande-Bretagne après une bataille acharnée avec Wout van Aert et Julian Alaphilippe, raflant tout de monde le titre de champion de Grande-Bretagne du chrono, avec aussi une 4ème place à Plouay : l’année a été riche en émotions pour l’ancien champion d’Europe de la piste. Chez INEOS, on a cette spécialité de transformer des coureurs très forts sur la piste et dans les épreuves de poursuite en champions de la route sur des courses par étapes. Il semblerait qu’Ethan Hayter en fasse partie. Durant toute la saison, il a montré à quel point il pouvait être polyvalent. Capable de s’imposer sur des chronos individuels, en montagne, sur des arrivées pour puncheurs, il a même en capacité de s’imposer au sprint à domicile face à Wout Van Aert. Le Britannique est devenu un 4×4 capable de s’imposer sur tous les terrains, et dans tous les scénarios de courses possible. L’an prochain, il sera amené à jouer un grand rôle dans l’équipe avec Tom Pidcock, notamment sur des classiques d’un jour telles que les Flandriennes ou les Ardennaises.
Pour sa première année sur route, Tom Pidcock, justement, est considéré comme LE grand espoir des classiques chez INEOS. Le champion olympique de VTT XCO a réalisé lui aussi une très belle saison. Vainqueur de la Flèche Brabançonne au sprint dans un duel épique face à Wout Van Aert, 2ème de l’Amstel, 3ème sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne, 5ème des Strade Bianche et 6ème de la Flèche Wallonne, il a terminé la saison par une très belle sixième place aux Championnats du monde. Sur la Vuelta, il a également pu faire ses débuts sur un tour de trois semaines, même si à l’avenir, on l’attendra surtout sur les classiques car il a le profil pour bousculer les Mathieu van der Poel, Wout Van Aert ou les Julian Alaphilippe sur ce type de course.
Au rayon des bonnes notes chez les jeunes, on notera également la très belle saison de l’Espagnol Carlos Rodriguez, qui a notamment terminé deuxième du Tour de l’Avenir, épreuve révélatrice des champions de demain.
#RoadNats 👕 / Ethan Hayter a remporté ce jeudi le titre de champion de Grande-Bretagne du contre-la-montre.
🏆 Podium
1⃣ 🇬🇧 Ethan Hayter (IGD)
2⃣ 🇬🇧 Daniel Bigham (RWC) à 37″
3⃣ 🇬🇧 James Shaw (RWC) à 50″ pic.twitter.com/jEEgLGgMFW— Renaud Breban (@RenaudB31) October 15, 2021
Rajeunissement de l’équipe en 2022
Après cette saison 2021 plutôt réussie, on change de cap chez INEOS pour 2022. Le board a notamment répondu aux détracteurs qui trouvaient que l’équipe était vieillissante. Golas, Dennis, Moscon, Basso, Henao, Sosa, Doull et Narvaez quitteront l’équipe britannique à l’intersaison pour aller s’épanouir dans d’autres formations. Le départ de Moscon est plutôt surprenant, surtout quand on regarde sa performance sur Paris-Roubaix qu’il aurait surement remporté s’il n’avait pas subi une crevaison dans les derniers secteurs pavés. De plus, des rumeurs font écho d’un départ de Geraint Thomas qui n’arrive plus à retrouver son niveau de 2018 et semble dépassé désormais les grands tours.
Pour compenser ces départs, on a recruté des jeunes, que les managers se chargeront de façonner et de polir pour briller dans le futur. L’Australien Lucas Plapp, spécialiste de la piste et de la poursuite, a été recruté, après sa médaille d’argent sur le championnat du monde du contre-la-montre espoirs. A tout juste 19 ans, l’Américain Magnus Sheffield, troisième du championnat du monde espoirs sur route en 2020, renforcera lui aussi l’équipe britannique. De plus, on a également recruté du local. Ben Tulett, 20 ans, issu du cyclo-cross comme Tom Pidock, renforcera l’équipe des classiques. Ce puncheur a notamment terminé 9ème du dernier Tour de Pologne.
I am happy to announce I will be joining @INEOSGrenadiers from 2022 and onwards.
Very proud to be joining a team with a wealth of experience and a rich history in the sport.
This next step fills me with motivation for the future.
Here is to the next chapter. 🥂 pic.twitter.com/04Nd8YT2Pv— Ben Tulett (@bentulett01) September 2, 2021
La note de la rédac : 14/20
La saison 2021 reste tout de même un bon cru pour INEOS, qui termine deuxième du classement par équipes au classement UCI. Les épreuves par étapes d’une semaine ont été une franche réussite et les performances sur les classiques autour de Tom Pidcock ont été bonnes. Des espoirs tels que Ethan Hayter ou Carlos Rodriguez ont un énorme potentiel, et on a hâte de voir les nouvelles recrues sous le maillot de l’équipe britannique. Enfin, les grands tours ont été tout de même réussis. Peu d’équipes peuvent se targuer de faire un, trois et quatre sur les 3 GT, même si la stratégie de course de l’équipe a été critiquée. Sur les classiques, INEOS Grenadiers a également montré le maillot avec des belles places, comme celle d’Adam Yates en Lombardie ou de Bernal sur les Strade Bianche.


