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Gymnastique

Candy Brière-Vetillard (tumbling) : « J’ai remporté toutes les compétitions que je pouvais remporter »

Victor Clot-Amiot

Publié le

Candy Brière-Vetillard (tumbling) J'ai remporté toutes les compétitions que je pouvais remporter
Photo Xinhua / Sun Fanyue / The World Games

TUMBLING – Quelques semaines après sa médaille d’argent décrochée aux Jeux Mondiaux, Candy Brière-Vetillard est revenue sur sa performance pour Dicodusport se livrant en toute honnêteté sur ses succès et ses doutes.

Candy Brière-Vetillard : « Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »

Tu as décroché l’argent aux Jeux Mondiaux, trois ans après ton titre à Birmingham. À froid, que représente cette médaille à tes yeux ?

Candy Brière-Vetillard : Elle représente tout le travail entre temps, car la période entre les deux médailles a été compliquée pour moi. Depuis 2023 surtout car j’ai atteint tous mes objectifs et remporté toutes les compétitions que je pouvais remporter. Après les Championnats du monde, je ne savais plus pourquoi je venais à l’entraînement. Il y avait cette question de me dire « qu’est-ce que je vais faire maintenant ? Comment je peux performer et me faire plaisir ? » et donc beaucoup de remise en question. C’est toujours compliqué pour être honnête donc cette médaille, même si ce n’est pas l’or, j’en suis tout autant contente.

Quels objectifs tu te fixes donc ?

Je n’arrive pas à en avoir à long terme, je fais compétition après compétition sans savoir jusqu’où cela va me pousser en toute honnêteté. Là, je suis qualifiée pour les Championnats du monde, donc je suis sûre d’aller jusqu’à la fin de la nouvelle saison, mais je suis incapable de dire que je serai toujours là l’année d’après. J’avais cette soif de gagner et maintenant que j’ai ces médailles, l’objectif, c’est de trouver différentes façons de faire, de prendre du plaisir à l’entraînement et dans ce que je fais. La compétition ça se passe toujours bien, car je suis compétitrice, mais le plus dur ce sont les entraînements. À l’approche d’une compétition, c’est plus facile de m’entraîner car j’ai un objectif qui arrive sur du court-terme et ça me motive, mais c’est vrai que les entraînements sont très compliqués pour moi en période de creux.

En termes d’objectifs sportifs, pour rire, mes amies m’ont dit après l’argent aux Jeux Mondiaux de viser toutes les médailles d’argent désormais que j’ai toutes les médailles d’or. On en a rigolé, car c’est vrai que c’est encore plus compliqué que d’avoir l’or parce que c’est très stratégique !

Candy Brière-Vetillard : « Je ne me sens pas prête à arrêter ! »

La perspective d’arrêter un jour te fait peur ou tu es en paix avec cela en te disant que tu auras fini un chapitre de ta vie et qu’un autre va s’ouvrir ?

Justement ! Dans le sport, par rapport à mes objectifs, on pourrait croire que je suis prête à arrêter, mais je ne m’en sens pas tout prête. C’est une fameuse question que tout athlète de haut niveau se pose, moi aussi car cela fait 10 ans que je vis tumbling tous les jours, que je vais à l’entraînement chaque soir. Quand on a un petit temps de pause, on se demande ce qu’on aime faire à part cela et c’est vrai qu’il y a toute une remise en question là-dessus. Je travaille dessus depuis un an, à faire d’autres choses quand je ne suis pas à l’entraînement et préparer quand je vais arrêter, même si aujourd’hui, je ne suis pas prête.

Si je suis amenée à arrêter rapidement, ce serait à cause de mon cerveau : j’ai des difficultés à l’entraînement, car j’ai beaucoup de peurs. Ce sont plus des difficultés mentales qui me pousseraient à arrêter car le tumbling est une discipline acrobatique et quand on a peur, on n’avance pas. Aujourd’hui, continuer le tumbling pour ne pas performer, ça ne m’intéresse pas. J’ai failli arrêter l’année dernière. J’ai fait une pause de six mois après les Championnats d’Europe car c’était la pire compétition de ma vie à l’international. Finalement, j’ai continué car je ne trouvais pas cela correct d’arrêter comme cela car ça ne représentait pas ma carrière. J’ai toujours fait des finales ou des médailles donc ce n’était pas possible de m’arrêter là-dessus. Les Jeux Mondiaux ont été la première vraie compétition depuis.





À la différence des Championnats du monde et d’Europe, là tu étais la seule française engagée. Est-ce que cela a changé quelque chose sur place ou dans ta manière de te préparer ?

Sur place oui, car on se retrouve toute seule dans la chambre, il n’y a pas quelqu’un à qui parler et échanger sur l’entraînement. Ce n’est pas forcément évident sur ce plan-là, mais c’était déjà le cas il y a trois ans. J’ai partagé une story privée avec mes amis et ma famille en partageant mon expérience et ça m’a permis de partager et de garder le lien.

Dans la préparation ce n’est pas facile non plus, mais ça a quand même été plus simple qu’il y a trois ans, car je n’avais pas grand monde avec qui m’entraîner alors que là, il y avait toutes mes copines qui reprenaient en prévision des sélections pour les Championnats du monde alors que moi, je faisais mes séries de compétitions.

Candy Brière-Vetillard à propos de la couverture des Jeux Mondiaux : « Les sports connus sont ceux qui passent à la télé »

Peux-tu nous raconter un peu l’ambiance « village olympique » avec les athlètes des autres disciplines ou les athlètes étrangers ?

On a fait un vlog en interne avec la fédération qu’on n’a pas diffusé sur les réseaux sociaux. Avec les trampolinistes, on se connaît très bien, car on part toujours en compétition ensemble. On sait que c’est une expérience exceptionnelle et qu’on ne la revivra peut-être pas, surtout le fait de partir en Chine avec une culture différente. On a filmé ce qu’on a vécu, tant dans les moments de visites hors du village que dans le village, l’entraînement comme la compétition, les moments de déceptions comme ceux de joie pour ma médaille.

C’était top, les Jeux Mondiaux sont vraiment les Jeux Olympiques des sports non olympiques. On sentait que tout le monde était rassemblé autour de la passion du sport, peu importe la discipline et le pays. La cérémonie d’ouverture aussi, c’était incroyable. La Chine a fait des choses grandioses et la médaille, parlons-en, elle est magnifique avec ses petites oreilles et le fait qu’elle s’ouvre pour révéler un petit pendentif.

Les prochains Jeux Mondiaux auront lieu à la frontière franco-allemande, pourtant ceux de cette année ont souffert d’un silence quasi-total des médias, accentué par l’absence de diffusion et le fait qu’ils se déroulaient en Chine. Quel regard portes-tu sur cette situation alors que tout l’été on a vanté l’atmosphère qui régnait pendant les Jeux l’an dernier et que la médiatisation de ces Jeux Mondiaux aurait pu permettre de retrouver un peu de cette ambiance ?

Totalement… je trouve cela dommage. Les Jeux Mondiaux restent un très gros événement, on reçoit des tenus olympiques par exemple. Mon coach a fait les Jeux Olympiques plusieurs fois et m’a dit que c’était pareil. C’est dommage que ce ne soit pas partagé. En France, mais aussi dans les autres pays, c’est peu mis en valeur. Je pense que la Chine a beaucoup bloqué les droits TV et ça n’a pas aidé. Tant que les Jeux Mondiaux ne seront pas diffusés à la télévision, ça ne pourra jamais être un événement reconnu. Les sports connus sont ceux qui passent à la télé.

C’est dommage, car il y a des sports qui sont olympiques aux Jeux Mondiaux ou qui vont le devenir…

On est bien d’accord… En 2022, L’Équipe avait rediffusé mon passage aux Jeux Mondiaux sur les réseaux sociaux et ça avait fait des centaines de milliers de vues. Beaucoup de personnes étaient venues me voir après. En fait, beaucoup de gens ont découvert mon sport grâce à ça. Ils ne savent pas forcément comment il s’appelle, mais ils voient ce que c’est et ils nous demandent ensuite pourquoi ce n’est pas aux Jeux Olympiques…

Aux World Games, c’est Megan Kealy que tu avais devancée aux Mondiaux 2023 qui s’est imposée cette fois et Alexandra Efraimoglu, la championne d’Europe de l’an dernier qui a complété le podium. Les considères-tu comme tes adversaires principales pour les Championnats du monde qui arrivent ?

Elles font parties des principales concurrentes bien sûr. Megan Kealy est plus âgée que moi et c’est plutôt elle ma principale concurrente à ce jour. La Grecque, à réussite égale, si on fait les mêmes séries, j’aurai plutôt tendance à être devant elle car j’ai une meilleure exécution qu’elle, mais ça peut changer avec le travail. Il y en a d’autres aussi. Toutes celles qui étaient aux Jeux Mondiaux déjà. Aux Championnats du monde, il va y avoir les Belges. Elles ont une très belle équipe avec des jeunes qui arrivent et qui vont faire mal à l’équipe de France. Les quatre Anglaises aussi.

J’ai toujours dit que les Championnats du monde étaient plus durs à gagner que les Jeux Mondiaux car il y a beaucoup plus de concurrentes. Aux Jeux Mondiaux, on était huit. Certes les meilleures de chaque nation. Néanmoins, dans chaque nation, il y en a deux trois qui sont très bien et qui pourraient performer aux Jeux Mondiaux, mais on n’en prend qu’une. Aux Championnats du monde ces deux trois là seront là donc si je me rate, j’ai ma collègue qui pourra faire de très beaux résultats aussi.

Hormis les Mondiaux début novembre, le circuit de Coupe du monde fera escale à Antibes début octobre, quels sont les enjeux pour toi ?

Je vais tout faire pour gagner, c’est la première fois que je vais faire une compétition internationale en France donc j’aimerais bien une Marseillaise en France. Il faudra voir les circonstances, mais je vais peut-être essayer une nouvelle série.

Candy Brière-Vetillard : « J’ai manqué un stage en Australie car je devais travailler… »

Tu pratiques un sport assez méconnu en France et pourtant hautement spectaculaire. Que manque-t-il à tes yeux pour que le tumbling gagne un peu en visibilité et puisse augmenter son nombre de pratiquants ?

Je pense que cela vient à la fois des médias qui ne s’y intéressent pas forcément, car il n’y a pas assez de pratiquants et donc de la Fédération aussi qui pourrait mettre davantage le tumbling en valeur comme d’autres disciplines. On fait partie de la Fédération Française de Gymnastique, donc on connaît la gymnastique artistique, mais on ne sait pas qu’il y a le parkour, le trampoline, la gymnastique rythmique, l’aérobique aussi. La gymnastique acrobatique par exemple, c’est impressionnant : les filles doivent s’entraîner 30 heures par semaine et viennent tout juste d’être reconnues sportives de haut niveau. Je ne devrais pas le dire, car le but est de mettre mon sport en valeur, mais c’est un sport encore plus impressionnant que le mien. Il y a plein de disciplines qui ne sont pas assez mises en valeur.

Te dis-tu parfois « il y a le trampoline aux Jeux alors pourquoi pas nous » ?

Bien sûr ! On est très amis avec les trampolinistes. Mon copain est trampoliniste et je me dis que je fais le même nombre d’heures d’entraînement, j’y vais tous les soirs aussi, les efforts et les sacrifices sont les mêmes et lui peut en vivre, car c’est un sport olympique alors que moi non, je dois trouver du travail car ce n’est pas un sport olympique. Parfois, je dois manquer des entraînements car je suis au travail. L’an dernier, j’ai manqué un stage en Australie car je devais travailler. Eux, ils n’ont aucun problème avec cela car ils sont payés pour faire du trampoline, c’est ça la différence. C’est dur de se dire qu’on fait exactement la même chose, mais que nous, on ne peut pas en vivre.

Penses-tu que le tumbling pourrait un jour intégrer le programme olympique ?

Honnêtement, j’ai du mal à y croire, mais j’ai espoir pour les futures générations. Je suis championne du monde, championne d’Europe, vainqueur des Jeux Mondiaux, qu’est-ce que je dois faire de plus pour faire connaître mon sport ? S’il n’y avait pas de résultats, je comprendrais, mais là le tumbling féminin en France est revenu à un niveau très élevé. Qu’est-ce qu’on doit faire de plus pour mettre le tumbling en valeur ?

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