Chloé Valentini : « C’est un peu un retour en arrière pour le handball féminin »
LIGUE BUTAGAZ ÉNERGIE – À quelques jours de la reprise du championnat, Chloé Valentini s’exprime sur la saison à venir d’un point de vue collectif et individuel. Et ne mâche pas ses mots quant au sujet des droits TV de la Ligue des champions.
Elle affiche un large sourire, et ne tient pas en place. Alors que la Ligue Butagaz Énergie reprend ce samedi, Chloé Valentini a pris le temps de s’exprimer, ce mardi, à la maison du Handball, à Créteil (Val-de-Marne) lors du media day de la Ligue féminine de handball (LFH). La capitaine de Metz Handball sera d’ailleurs de retour dès cette première journée de championnat avec un déplacement sur le parquet de Paris 92.
Comment vous sentez-vous pour cette nouvelle saison ?
Je vais bien, je me sens bien. Ça fait déjà un petit moment qu’on a repris. La prépa a été longue, donc, forcément, on a hâte d’être samedi pour le premier match et pour commencer cette nouvelle saison. On a changé quelques joueuses, donc c’est aussi un nouveau départ avec une nouvelle équipe. Est-ce qu’on est prêtes à 100 % ? Je sais pas, mais en tout cas on fait tout pour et on doit encore travailler.
Est-ce que la nouvelle formule de championnat, avec le retour des playoffs, change quelque chose ?
C’est compliqué de me prononcer car la fin de saison me paraît loin et que je suis aussi comme ça dans la vie et dans ma carrière. Je prends les matchs les uns après les autres. Après, c’est vrai que ça peut être quelque chose de cool de fêter le titre sur un week-end.
- À ce sujet – Brest sacré pour la 3ème fois au terme de la dernière journée de Ligue Butagaz Énergie, Toulon se maintient
Est-ce qu’il pourrait y avoir un peu plus de turnover tout au long de la saison ?
Ce n’est pas à moi qu’il faut demander ça. Mais je crois qu’on l’a montré l’année dernière. Manu (Emmanuel Mayonnade, l’entraîneur de Metz Handball, NDLR) a su faire tourner à des moments importants de la saison. Ce sera donc peut-être plus facile pour lui.
Habituellement, vous défendiez le titre de champion de France et vous partiez à la conquête de l’Europe. Ce sera l’inverse cette année. Est-ce que l’approche sera différente ?
Non, parce que j’ai toujours voulu tout gagner. L’année dernière, on a perdu le titre en championnat, mais on a eu le titre européen. Maintenant je veux le triplé. Une saison réussie, ce serait de reprendre le titre de champion de France et de garder la Coupe de France et la Ligue des champions.
- À ce sujet – Metz aligne un 5ème sacre de rang en Coupe de France de handball, le 14ème de son histoire
Vous allez faire votre première saison complète depuis votre grossesse. Au début de l’année, votre retour sur le terrain a semblé facile.
Si seulement (rires). Dans la réalité, c’était beaucoup plus compliqué. Mais ça l’est toujours aujourd’hui. Avoir un bébé à la maison, c’est faire des nuits courtes et vous ne pouvez pas les prévoir, donc c’est vraiment toute une organisation dans la gestion de la récupération.
Cette période m’a aussi appris beaucoup de choses sur moi, notamment sur le fait de faire attention aux moindres détails, notamment sur l’alimentation ou la kiné, pour être au max, mais ça n’a pas été évident et je sais que ça ne va pas l’être dans les mois et les années à venir. En tout cas, je kiffe ma vie d’aujourd’hui. Je suis une maman, une joueuse et une femme épanouie, et je crois que c’est le plus important aujourd’hui.
Cette année, il va aussi y avoir un championnat d’Europe avec l’équipe de France. C’est le seul titre manquant à votre palmarès. Vous y pensez déjà ?
C’est vrai que c’est le seul titre qui me manque, mais pareil, j’y vais étape par étape. Il y a un stage en septembre, je ne sais pas si je vais y être. Aujourd’hui, j’ai forcément envie de revenir en équipe de France et de montrer à Seb (Sébastien Gardillou, le sélectionneur, NDLR) qu’il peut me faire confiance et qu’un an de pause maternité ne m’a rien enlevé. Bien au contraire, je pense qu’elle m’a fait beaucoup évoluer, même en dehors du handball,
Dans quels aspects ?
Je suis quelqu’un de très dur dans la vie, donc forcément dans le handball aussi. Mais maintenant, je suis beaucoup plus bienveillante et beaucoup plus empathique envers les autres. Je fais passer le groupe avant moi.
Il n’y a pas encore de diffuseur pour la Ligue des champions en France. Est-ce une déception ? *
Ça fait chier, c’est nul. C’est un peu un retour en arrière pour le handball féminin. Est-ce que c’est mon combat ? Je ne sais pas. J’espère que ça va changer… J’espère, car c’est important… mais me battre… C’est pas notre taf. Ce qui me déçoit vraiment, c’est la sensation de faire 15 pas en arrière et de se dire “putain, fais chier”. Tu avances sur plein de sujets et sur ça, qui est super important, tu recules.
- À ce sujet – Handball : Metz climatise le MVM Dome et remporte sa première Ligue des champions face à Györ !
La grossesse a aussi longtemps été un combat pour améliorer le bien-être des joueuses. Quel est le prochain ?
Pendant ma grossesse, je me disais que j’allais laisser ma petite fille trois jours, voire une semaine, et que ça allait aller. Mais pas du tout. C’est hyper dur pour moi de la laisser. Je ne m’y étais pas préparée… et puis tu as aussi l’impression de rater des moments avec elle et en famille. Je ne veux pas non plus qu’elle m’en veuille “d’être partie“.
Donc, aujourd’hui, pour être à 100 %, il faudrait que je sois avec ma fille sur des stages ou sur des moments de compétition. Je sais que ce n’est pas évident, car on fait un sport d’équipe et que cela demande toute une organisation.
Est-ce que c’est un aspect dont vous avez déjà parlé ?
J’aimerais que ça soit une discussion qui s’ouvre avec Metz. Par exemple, on est parti en stage en Hongrie une semaine et j’aurais aimé qu’on me le demande. Avec l’équipe de France, c’est des discussions qui vont peut-être commencer car les stages arrivent bientôt et on a besoin de tous être rodés sur ce sujet.
* Alors que les phases de groupe débuteront dès le début du mois de septembre, aucun média français ne s’est positionné pour diffuser les matchs en France. Eurosport, qui le faisait depuis la saison 2020-2021, n’a pas renouvelé son contrat pour la saison à venir. Le handball féminin français sortait pourtant d’une saison historique avec la présence de Brest au Final Four en plus du sacre des Messines, mais aussi du titre de Dijon en Ligue européenne.
Cette absence de diffusion concerne toutes les compétitions européennes, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Il ne sera, pour autant, pas impossible de regarder les matchs. Pour cela, il faudra souscrire à un abonnement à la plateforme OTT de la fédération européenne (EHF TV) pour un coût de 7,99 euros par mois ou bien 45,99 euros pour l’ensemble de la saison.



Michel Le Boulch
26 août 2026 à 10h24
Le coq chante encore…..
Handball féminin : pendant que la France célèbre ses progrès, l’Europe change de dimension
Le 25 août 2026, deux histoires du handball féminin français étaient racontées simultanément. Dans la première, les douze clubs de Ligue Butagaz Énergie affichaient 32,91 millions d’euros de budget cumulé. Le budget moyen atteignait 2,74 millions, contre 2,46 millions quatre ans auparavant. Un nouvel indicateur de « professionnalisation et de structuration progressive ». Dans la seconde, Chloé Valentini, capitaine du Metz Handball champion d’Europe, constatait qu’aucun diffuseur français n’avait acquis les droits de la prochaine Ligue des champions : « C’est un peu un retour en arrière pour le handball féminin. »
Les deux histoires sont vraies. C’est précisément le problème.
Progresser ne suffit plus
Personne ne peut contester la progression économique de la LBE. Brest dispose de 7,4 millions d’euros, Metz de 5,9 millions. À eux deux, ils concentrent plus de 40 % du budget du championnat. Mais mesurer une ligue professionnelle en la comparant uniquement à elle-même revient à regarder son compteur de vitesse sans regarder les voitures qui la dépassent. La question n’est donc plus : le handball féminin français progresse-t-il ? Elle est : progresse-t-il aussi vite que le handball européen ? Car pendant que la France se structure, l’Europe a changé de modèle.
L’EHF avait pourtant montré la voie
Dès 2020, l’EHF a fait un choix stratégique majeur : ne plus construire séparément la valeur de chacune de ses compétitions, mais développer une marque ombrelle handball. Même architecture de marque, même univers, partenaires susceptibles d’accompagner simultanément compétitions masculines et féminines : la discipline devient elle-même l’actif stratégique. La logique est puissante : la visibilité du masculin contribue à exposer le féminin ; la croissance du féminin augmente à son tour la valeur globale du handball. Ce qui était constitué de produits séparés devient un écosystème.
La rupture est fondamentale. La création de valeur ne repose plus uniquement sur la capacité de chaque compétition à trouver séparément ses diffuseurs, ses partenaires et son public. Les investissements réalisés sur une composante peuvent bénéficier aux autres. L’Europe avait donc montré une voie : ne plus demander au handball féminin de construire seul sa propre économie.
Audi, Red Bull, Toyota : le signal européen
Le même changement d’échelle apparaît désormais au niveau des clubs. Audi accompagne Győr. Red Bull figure parmi les partenaires majeurs d’Odense. Toyota est devenu partenaire-titre de Ferencváros. Il serait superficiel de n’y voir que trois logos supplémentaires sur des maillots. Ce sont les signes de l’internationalisation économique du handball féminin européen.
Les grands clubs ne sont plus seulement des organisations sportives financées par leur territoire. Ils deviennent des supports de marques, des producteurs de contenus et des plateformes d’exposition capables d’intéresser des entreprises dont le marché dépasse très largement leur implantation locale. Cette puissance finit nécessairement par atteindre le terrain où se joue la compétition la plus décisive : celui des talents.
Les grands clubs ne cherchent plus seulement les stars établies. Ils tentent de sécuriser très tôt les très hauts potentiels européens. Odense intervient désormais sur ce marché prospectif où Brest cherche lui aussi à anticiper plusieurs saisons à l’avance. La bataille économique d’aujourd’hui devient ainsi la bataille sportive de demain.
Brest : et si le modèle avait atteint son plafond ?
C’est ici que le cas brestois mérite d’être regardé autrement. Brest n’est pas l’illustration de l’échec du modèle français. Il en constitue probablement l’une des réalisations les plus abouties. Le club a construit autour de lui un écosystème privé exceptionnel, fortement enraciné dans son territoire, qui lui a permis d’atteindre durablement le plus haut niveau européen. Et pourtant, son budget annoncé pour 2026-2027, 7,4 millions d’euros, est en recul.
Il serait hasardeux d’y voir immédiatement une lassitude des partenaires ou la conséquence de promesses sportives insuffisamment tenues. Les mouvements d’effectif et le départ de joueuses majeures peuvent aussi expliquer une partie de cette évolution. Mais une question mérite désormais d’être posée : Brest manque-t-il encore de partenaires, ou le modèle économique territorial sur lequel repose sa croissance atteint-il progressivement ses limites face à l’internationalisation du handball européen ?
La nuance est essentielle. Si même l’un des clubs français ayant poussé le plus loin la mobilisation de son tissu économique local rencontre un plafond, alors la réponse ne consiste peut-être plus à rechercher toujours davantage de partenaires sur le même modèle. Elle consiste à changer d’échelle.
Et le départ d’une joueuse du calibre d’Anna Vyakhireva de Brest vers Odense prend, dans ce contexte, une dimension symbolique : les rapports de force économiques européens commencent à se traduire directement dans la circulation des meilleurs talents.
Championnes d’Europe et invisibles
C’est ici que les mots de Chloé Valentini deviennent accablants. La France sort d’une saison européenne exceptionnelle : Metz remporte la Ligue des champions, Brest atteint le Final Four et Dijon gagne la Ligue européenne. Quelques mois plus tard : aucun diffuseur français pour montrer ces compétitions. La France possède le champion d’Europe mais ne possède plus l’écran permettant au grand public français de voir la compétition dont il est champion.
Valentini parle d’une sensation de faire « 15 pas en arrière ». Comment construire de l’audience sans exposition ? Comment attirer de grandes marques sans audience ? Comment augmenter ensuite les ressources permettant de conserver les talents ? Et surtout : pourquoi le handball français n’est-il pas parvenu à faire ce que l’EHF avait précisément entrepris, utiliser la puissance de la discipline dans son ensemble pour accroître la valeur de chacune de ses composantes ?
Le piège français
Le problème n’est donc pas que rien ne progresse. C’est exactement l’inverse. Les budgets progressent. La professionnalisation progresse. Les joueuses françaises gagnent. Brest et Metz rivalisent avec les meilleures équipes européennes. Mais une amélioration absolue peut masquer un décrochage relatif.
Pendant que la LBE augmente progressivement ses ressources, l’EHF construit un actif global, les grands clubs européens internationalisent leurs partenariats et les organisations les plus puissantes sécurisent les talents de demain. La France pourrait alors connaître un paradoxe cruel : rester l’une des plus grandes nations mondiales de handball tout en devenant progressivement secondaire dans l’économie européenne de ses clubs.
Le coq gaulois pourra toujours chanter. Les budgets auront augmenté. Les équipes de France gagneront encore. Les communiqués parleront de structuration et de professionnalisation. Mais le centre de gravité économique se sera déplacé. Et lorsque nous nous en apercevrons, la question ne sera plus de comprendre pourquoi le handball féminin français n’a pas avancé.
Elle sera de comprendre pourquoi, alors que l’Europe lui montrait la route, il n’a pas vu que les autres avançaient beaucoup plus vite. MLB