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Tour d'Italie

Comment battre Jonas Vingegaard sur le Tour d’Italie 2026 ?

Etienne Goursaud

Publié le

Comment battre Jonas Vingegaard sur le Tour d'Italie 2026
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TOUR D’ITALIE 2026 – Immense favori du Giro, Jonas Vingegaard, peut-il être battu ? Cela semble compliqué sur le papier.

Il n’est pas le favori, il est l’immense favori de ce Tour d’Italie 2026. Jonas Vingegaard (Team Visma | Lease a Bike) s’attaque enfin au défi italien, après avoir remporté deux fois le Tour de France (2022-2023) et le Tour d’Espagne (2025).

Dans quelques semaines, le Danois peut rejoindre un club encore très fermé des coureurs ayant remporté les trois grands tours (Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Felice Gimondi, Bernard Hinault, Alberto Contador, Vincenzo Nibali et Christopher Froome). À vrai dire, vu la startlist de ce Giro et la régularité de Jonas Vingegaard, on a du mal à imaginer autre chose que la malchance pour le priver du maillot rose.

Jonas Vingegaard, un monstre de régularité sur les courses à étapes

L’émergence de Paul Seixas, l’ultra-polyvalence de Tadej Pogacar nous ont peut-être fait oublier qui est Jonas Vingegaard en 2026. Le coureur danois, c’est un monstre de régularité sur les courses à étapes.

Depuis son avènement au plus haut niveau et sa 2ème place sur le Tour de France 2021, il n’a jamais terminé un Grand Tour au-delà de la 2ème place. Trois fois 2ème du Tour en plus de ses victoires, et 2ème du Tour d’Espagne 2023, où la stratégie collective autour de Sepp Kuss l’a sans doute privé du doublé Tour/Vuelta, uniquement réussi par Christopher Froome au 21ème siècle (2017). Surtout, il est le seul à avoir battu Tadej Pogacar sur un Grand Tour depuis le Tour d’Espagne 2019, première course de trois semaines du Slovène. Une forme d’exploit quand on connaît la domination du coureur de UAE Team Emirates-XRG.

Au-delà des grands tours, il a garni son palmarès sur les courses à étapes. Vainqueur du Tour du Pays Basque et du Critérium du Dauphiné en 2023, de Tirreno-Adriatico et du Tour de Pologne en 2024. Vainqueur du Tour d’Algarve en 2025, sa seule année sans victoire en course par étapes d’une semaine au niveau World Tour. Cette année, son démarrage est encore plus impressionnant. Vainqueur de Paris-Nice et du Tour de Catalogne.



Deux courses qu’il a écrasées ! Plus impressionnant encore, à partir du moment où il a terminé une course à étapes, il n’y a que sur le Tour du Pays Basque 2022 où il n’a pas été sur le podium (6ème). Un Tour du Pays Basque assez étrange cette année-là.



Une préparation quasiment parfaite

Outre sa régularité, Jonas Vingegaard aborde ce Giro dans des conditions absolument idéales. Pour la première fois en trois saisons, sa préparation est optimale. En 2024, on se souvient de sa terrible chute sur le Tour du Pays Basque, dans laquelle il aurait pu laisser bien plus qu’une carrière cycliste. Revenu à temps pour le Tour de France, il n’avait disputé aucune course de préparation. En 2025, il tombe sur Paris-Nice et souffre d’une commotion cérébrale. Il ne reviendra que pour le Critérium du Dauphiné.

Cette saison, il y a eu cette chute en préparation avec le psychodrame du cyclotouriste qui l’a suivi durant son entraînement. Hormis cet incident qui a légèrement décalé sa reprise, c’est un sans-faute. Deux courses à étapes, deux victoires au classement général, deux victoires d’étapes à chaque fois. Surtout, il a laissé la concurrence à des années-lumière. Sur Paris-Nice, Daniel Felipe Martinez est repoussé à 4:23, Georg Steinhauser à 6:07. On peut argumenter que la concurrence n’était pas incroyable, avec les abandons de Juan Ayuso et une étape dantesque vers Uchon qui a bouleversé le général.

Mais sur le Tour de Catalogne, Florian Lipowitz, 3ème du dernier Tour de France, était là. Tout comme Remco Evenepoel, Oscar Onley ou encore Richard Carapaz, qui ont tous des références en Grand Tour. L’addition est moins salée, Lenny Martinez étant à 1:22. Mais tous ont été écrasés lors de l’étape reine.

Un parcours fade, puis la question des équipes prêtes à perdre pour gagner

Si le Giro a été réputé pour ses étapes pièges, l’édition 2026 est assez fade au niveau du parcours. Il y a très peu d’étapes avec un vrai enchaînement de cols sans réelle vallée. Mais il y en a une qui peut être propice aux grandes manœuvres : la 14ème étape entre Aoste et Pila. Seulement 133 kilomètres, mais cinq difficultés au programme, dont un départ en bosse vers Saint-Barthélémy, mais aussi une longue montée finale de 16,5 km. La 19ème étape, bien que plate sur ses 50 premiers kilomètres, ne débranchera pas ensuite, avec six difficultés concentrées sur 100 kilomètres.

S’il y a bien deux étapes qui peuvent contrarier la Team Visma | Lease a Bike et isoler Jonas Vingegaard, c’est bien là. Mine de rien, même si le Danois a survolé les débats sur Paris-Nice et le Tour de Catalogne, on ne peut pas dire que son équipe ait été impériale. Loin de là. Sur le Giro, il pourra compter sur Sepp Kuss, le prometteur Davide Piganzoli pour la montagne, ainsi que Wilco Kelderman ou Victor Campenaerts. Mais on est loin de la grande équipe de 2022 et 2023, qui avait tordu Tadej Pogacar sur le Tour de France.

Aucun coureur avec de vraies références récentes en Grand Tour

Des équipes de leaders, si elles veulent renverser le Tour d’Italie, peuvent avoir intérêt à lancer la course de très loin, quitte à tout perdre, dans le but d’isoler le Danois. Mais peuvent-elles et vont-elles le faire ? La question se pose. Tout perdre, c’est aussi perdre une potentielle place sur le podium.

Au départ du Giro, seuls Damiano Caruso (Bahrain Victorious), Enric Mas (Movistar), Ben O’Connor (Team Jayco AlUla), Jai Hindley (Red Bull – BORA – hansgrohe), Jack Haig et Egan Bernal (Netcompany INEOS Cycling Team) ont terminé sur le podium d’un Grand Tour.

Hormis Ben O’Connor (Vuelta 2024), il faut remonter à 2022 au minimum pour les autres coureurs. Une éternité à ce niveau. Sans oublier que dans le cas de l’Australien, il avait bénéficié d’une échappée pour prendre le maillot rouge, avant de le céder à Primož Roglič.

Autant dire que pour tous les prétendants au classement général de ce Giro, monter sur le podium peut déjà ressembler à un accomplissement. Un accomplissement qui peut rendre frileux ! On se souvient du Giro 2024, avec un Tadej Pogačar ultra dominateur, et des coureurs derrière qui ont défendu leurs positions au général.

Les points UCI qui peuvent bloquer la course

La perspective du podium… et des points UCI au bout. Une 2ème place du Tour d’Italie, c’est 885 points, une 3ème place 750, une 10ème place 235 points. Si Jonas Vingegaard et sa formation ne sont pas concernés par ces calculs, avec la victoire comme seul objectif, pour d’autres équipes ces points peuvent être précieux.

Enric Mas emmène une formation Movistar qui a mal débuté sa saison et qui flirte avec la zone rouge. Si le classement est sur trois ans et que l’on n’est qu’au début du cycle, si l’Espagnol est 4ème de la course avant la 19ème étape, son équipe prendra-t-elle le risque de tout perdre pour le faire grimper d’un ou deux rangs ? On peut en douter.

Sans être en grand danger, INEOS Grenadiers (qui deviendra Netcompany INEOS Cycling Team sur ce Giro) n’est que 11ème en ce début de mois de mai. Peut-on faire tout perdre à Egan Bernal ? Là encore, la question se pose.

Pourtant, pour espérer le maillot rose, il faudra être audacieux et ne pas attendre la fin de course, sous peine de se faire écraser par un Danois décidé à inscrire encore un peu plus son nom dans l’histoire du cyclisme.

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