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Défaite historique des All Blacks : c’est grave docteur ?

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Défaite historique des All Blacks : c'est grave docteur ?
Getty Images

RUGBY INTERNATIONAL – Samedi dernier, l’Argentine a infligé une défaite historique aux All Blacks (15-25). Cette première défaite face aux Pumas soulève de nombreuses interrogations pour des Néo-Zélandais qui enchainaient en même temps une deuxième défaite de rang.

Les All Blacks sont-ils en crise ? Bien sûr, la question paraît exagérée pour le moment. Deux défaites consécutives, ce n’est pas la première fois que ça arrive. Perdre face à l’Argentine ? Il fallait bien que ça se produise un jour ou l’autre. Non, ce qui est surtout inquiétant, c’est la manière employée. En effet, dans leur histoire récente, jamais les All Blacks n’ont semblé aussi peu concerné par un match. C’est donc une défaite qui interroge, mais qu’il faut placer dans un contexte qui dure sûrement depuis plusieurs saisons.

Une hégémonie qui s’est terminée en 2018

Entre 2009 et 2018, les All Blacks ont remporté 90% de leurs rencontres, en plus de deux Coupes du monde. Un bilan phénoménal dans le monde du rugby, mais aussi dans celui du sport en général. De la même manière, depuis 2003, les Néo-Zélandais ont toujours alterné entre la première et la seconde place du classement World Rugby (plus souvent premiers que seconds).

Depuis 2018, les statistiques ont baissé. Plus que 65% de victoires et une troisième place au classement mondial depuis samedi. Les All Blacks ont aussi été éliminés en demi-finales de la dernière Coupe du monde. On ne peut que constater une période beaucoup moins facile pour les Néo-Zélandais.

Foster sur la sellette?

Ian Foster a pris ses fonctions suite au non-renouvellement du contrat de Steve Hansen, après la Coupe du monde 2019. À cause de la situation sanitaire, il n’a, pour l’instant, joué que cinq matchs. Néanmoins, le bilan est déjà historique, puisqu’il s’agit du premier coach, depuis 1949, à détenir un ratio de 40% de victoires seulement (1 N; 2 V; 2 D). Pas terrible comme début donc.

Après la défaite contre l’Argentine, l’ancien adjoint d’Hansen n’a pas caché son fatalisme. « J’ai senti qu’on avait fait de vrais progrès quelques semaines auparavant, mais pour certaines raisons, nous sommes revenus en arrière ». Le principal intéressé a donc sous-entendu un souci de préparation pour son équipe. Foster va devoir trouver rapidement une solution s’il veut garder son poste.

Souvenons-nous, en 2019, Foster ne faisait pas l’unanimité, surtout auprès de la presse néo-zélandaise. Foster incarnait, légitimement, la continuité de Steve Hansen, du fait de son rôle d’adjoint. Seulement, plusieurs candidats paraissaient aussi légitimes. Des noms comme Warren Gatland ou Scott Robertson circulaient. Aujourd’hui, c’est surtout la menace Robertson qui plane au-dessus de Foster. En effet, l’actuel coach des Crusaders vient de remporter son quatrième titre successif de Super Rugby à la tête de sa franchise. Cependant, même si Foster soulève des critiques, le coach n’est probablement pas le seul problème.

Une indiscipline chronique

La manière avec laquelle les Néo-Zélandais ont été défaits samedi interpelle. En effet, jamais les joueurs n’ont semblé autant à côté de leurs crampons. Pour Foster et le capitaine Sam Cane, l’indiscipline a été une des principales causes de la défaite. Dix-huit pénalités ont été sifflées contre les All Blacks ce samedi. Beaucoup trop pour espérer gagner un match de niveau international. Mais ce n’est pas un problème nouveau.

Depuis 2017, trois cartons rouges ont été distribués aux joueurs néo-zélandais, alors qu’ils n’en cumulaient jusqu’alors que deux dans toute leur histoire. Pareil pour les nombreuses fautes, dont beaucoup paraissent évitables. On se rappelle de la faute stupide de Scott Barrett face à l’Australie la semaine dernière. En plus de lui coûter un carton jaune, elle avait aussi ruiné les espoirs de victoire néo-zélandaise. On pense aussi au chambrage inutile de Dane Coles face aux Argentins qui lui avait coûté une pénalité.

Un problème de cadres ?

Face à l’Argentine, la Nouvelle-Zélande voulait-elle vraiment la victoire ? Difficile à croire quand nous n’avons jamais perçu le moindre signe de révolte. On pense aussi qu’ils devaient se racheter de leur défaite face à l’Australie la semaine d’avant, à Brisbane. Les leaders de l’équipe sont certainement à blâmer et en premier lieu, le capitaine Sam Cane. Pourtant, il n’est pas question de remettre en cause les prestations du flankeur. C’est certainement le joueur le plus régulier de la sélection. Seulement, à présent, il est capitaine et doit donc pleinement assumer son rôle de leader. Pour l’instant, il ne semble pas trouver les leviers pour mobiliser ses partenaires et insuffler le sang-froid nécessaire. Malgré cela, la défaillance des cadres ne date pas de lui.

Depuis deux ans, on avait déjà perçu des limites à ce niveau. En effet, lors de défaites comme contre l’Irlande en 2018 ou encore face à l’Angleterre en 2019, les leaders n’avaient pas su mener l’équipe à la victoire. Ainsi, des joueurs comme Kieran Read, Sam Whitelock ou encore Beauden Barrett ne s’étaient pas transfigurés dans les moments difficiles. En bref, Richie McCaw n’a pas vraiment été remplacé.

Un jeu peu digne des All Blacks

D’un côté, le pack néo-zélandais semble de plus en plus souvent mis en difficulté. Outre les problèmes d’indiscipline, la conquête n’est plus tout à fait impériale. Samedi, par exemple, la mêlée argentine a pris un sérieux ascendant sur celle de son adversaire. Chez les trois-quarts, les soucis sont aussi existants. Face aux Pumas, les arrières n’ont jamais été inspirés. Le duo Mo’unga-Barrett (demi d’ouverture/arrière), qui illumine habituellement le jeu, n’a pas existé samedi dernier. On pourrait aussi citer les centres Jack Goodhue et Anton Lienert-Brown, qui paraissent loin de leur niveau des saisons précédentes.

Comme on l’aura compris, les All Blacks ne sont pas dans leur meilleure forme actuellement. Cela fait même sûrement quelques saisons que le rugby néo-zélandais n’est plus tout aussi irrésistible. Néanmoins, il est peut-être encore un peu tôt pour parler d’une crise. Il pourrait s’agir seulement d’une période de transition, avec un régime de victoires tout de même correct, qui amènerait peut-être les All-Blacks vers une nouvelle séquence hégémonique.

Alexandre Jeffroy


Journaliste/Rédacteur depuis octobre 2020 - Bolt qui foudroie le record du monde du 100 mètres, les derniers essais de Dominici, les premières charges dévastatrices de Bastarocket... de beaux souvenirs pour une grande passion, celle du sport. L’histoire du sport aussi. Comprendre le rôle qu’il a eu, celui qu’il a et celui qu’il aura dans notre société. Le sport au passé, au présent, au futur. Le sport tous les jours, matin, midi et soir. A défaut d’être un grand sportif, je suis et je raconte l’actualité et l’histoire des championnes et des champions qui savent se dépasser pour accomplir des merveilles.

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