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Edito

Édito : la fin du combiné nordique aux JO d’Hiver, une décision sans aucun fondement

Sébastien Gente

Publié le

Édito la fin du combiné nordique aux JO d'Hiver, une décision sans aucun fondement
Photo Icon Sport

JEUX OLYMPIQUES D’HIVER 2030 – Le CIO a retiré le combiné nordique du programme des JO en France. Une décision franchement inadmissible. 

106 ans d’histoire balayés en un clin d’œil. Le combiné nordique était l’un des 8 sports au programme des Jeux Olympiques d’Hiver depuis leur première édition, en 1924… en France. La boucle est bouclée dans le mauvais sens, puisque pour la version 2030, il va disparaître du programme. Signant probablement l’arrêt de mort d’une discipline décriée bien trop souvent.

Des nouvelles disciplines contestables

Clairement, cette décision est inattendue. Car, après l’édition 2026, la discipline poussait pour l’intégration d’une compétition féminine, histoire de compléter efficacement le tableau, puisque le combiné était la seule discipline sans épreuve féminine au programme. Mais visiblement, aucun sport n’est à l’abri, même une discipline historique. Les lubies du CIO depuis quelques années sont difficiles à suivre, avec une volonté désespérée d’attirer toujours plus de nouveaux consommateurs (au lieu de tenter de conserver ceux en place).

Résultat : intégration du freeride au programme. On pensera ce qu’on veut de ce « nouveau » sport (et notamment que le CIO est allé au plus simple pour parler aux jeunes), mais il s’agit d’une discipline clairement imprévisible, la plus susceptible d’être perturbée par la météo au vu des lieux et des hauteurs auxquelles elle est disputée. Les reports et annulations sont nombreux sur le circuit mondial, et cela rajoute une haute dose d’incertitude : on peut se demander si ces épreuves auront bien lieu.

Le choix du patinage synchronisé est moins discutable sur le papier : le patinage dans son ensemble est toujours un des sports d’hiver les plus suivis au monde. Mais ce qui est discutable, c’est que sur les compétitions, et notamment les Mondiaux, ce ne sont pas des équipes nationales, mais des clubs qui concourent. Et qui peuvent donc avoir des représentants de différentes nations en leur sein, comme c’est le cas pour Les Suprêmes, équipe canadienne qui est la plus connue au monde, et qui compte une Américaine et une Japonaise dans son squad. Comment cela va-t-il se matérialiser pour 2030 ?

Des arguments orientés

Mais oublions les autres disciplines pour revenir sur le combiné nordique. Dans l’article du CIO qui détaille les conséquences de la nouvelle session, l’accent est mis sur la parité hommes – femmes. C’est logique. Mais une phrase retient forcément l’attention.



Ces changements reflètent l’engagement du CIO à garantir la parité femmes-hommes et à faire en sorte que le programme olympique continue d’évoluer et de rester pertinent pour les futures générations d’athlètes et de supporteurs, tout en maîtrisant les coûts et la complexité de l’événement.

« Tout en maîtrisant les coûts« . Le combiné nordique utilise les tremplins déjà existants du saut à skis, et les pistes du ski de fond et du biathlon. On peut donc arguer qu’il n’y a rien à construire pour maintenir ce sport au programme. Et donc que ce n’est pas cette discipline qui va alourdir la facture.



Selon L’Équipe, le CIO reprochait au combiné nordique « la participation d’un nombre limité de nations compétitives, une popularité restreinte et des audiences télévisées jugées insuffisantes. » Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage. Le combiné n’a que rarement été mis en avant à Milan-Cortina, et durant la saison de sports d’hiver, il passe souvent au huitième plan, derrière le ski alpin, le biathlon, le saut à skis et le ski de fond…

Mais surtout, l’argument de la participation d’un nombre limité de nations semble bien fallacieux. Rien qu’en comparant avec le saut à skis, on compte 15 nations participantes au combiné (contre 22 au saut) pour trois épreuves seulement (contre 6 au saut). Le ratio est donc en faveur du combiné, et les deux disciplines présentent des athlètes de trois continents. Mais ce ne sont que des chiffres, et le CIO n’avance officiellement aucune explication, indiquant laconiquement que la discipline est supprimée. La Fédération Internationale de Ski, par la voie de son Secrétaire Général Urs Lehmann, fait l’autruche.

Le fait que le combiné nordique ne figure pas au programme des Jeux de 2030 ne change rien à notre soutien à cette discipline, qui fait partie intégrante du calendrier de la Coupe du monde de la FIS et des Championnats du monde de ski nordique de la FIS. Au contraire, c’est une raison supplémentaire pour nous de la soutenir encore plus fermement.

La fin du combiné ?

Cet hiver, le combiné a consacré Jens Lurås Oftebro, vainqueur des trois compétitions au programme (tremplin normal, grand tremplin et par équipes). Un triplé qui n’avait plus été vu aux JO depuis 2002, et qui a fait du Norvégien le deuxième (ex æquo) en termes de titres, derrière l’intouchable Johannes Klæbo. Un exploit totalement passé sous silence : aucune des victoires du Norvégien n’a eu les honneurs de France Télévisions en live. Personne ne sait qui il est, alors qu’il a autant de titres que Julia Simon ou Quentin Fillon Maillet.

Pour prendre l’exemple de la France, un pays qui a fourni Fabrice Guy et Jason Lamy-Chappuis comme champions olympiques, le combiné nordique restera à jamais un parent pauvre. Meilleure spécialiste française de la discipline, Léna Brocard confiait en interview l’an dernier ses difficultés malgré des progrès évidents, puisque c’est toujours plus facile quand on part de zéro. Sans entamer sa motivation.

Mais c’est toute une génération d’athlètes qui vient sans doute d’être mise au ban. Certes, le combiné ne perdrait rien à une petite réforme, notamment pour la compréhension des épreuves et l’explication des barèmes. Mais plus de 100 ans d’histoire balayés en un coup de crayon, le coup est rude pour la discipline. Et fatalement, si la FIS venait à devoir faire des économies, pas besoin de sortir de l’ENA pour savoir où elle les ferait.

Loin d’un simple « les gens regardent du saut à skis, ils regardent du ski de fond, ils n’ont pas besoin du combiné nordique », cette décision vient mettre fin à une tradition par pure volonté commerciale. Les JO doivent être considérés comme un service public, l’occasion de mettre en avant des sports et des athlètes méconnus du grand public. Au lieu de ça, ils sont une entreprise à but lucratif, et toutes les éditions au XXIᵉ siècle sont déficitaires. Ce n’est pas la suppression d’une épreuve historique qui changera ces centaines de millions manquants. Mais c’est toute une génération d’athlètes dont on prive d’un moment fort de leur carrière. Et tout ça sans la moindre explication. Comment la discipline pourrait-elle s’en remettre ?

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