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Effractions digitales #1 : l’ère de la gestion de carrière numérique 1/2

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Le succès du web 2.0, apparu à l’aube du XXIe siècle, a permis au sport de développer un phénomène tout aussi récent que passionnant : le sport 2.0.
Au travers d’exemples précis, nous allons voir comment les effractions digitales ont modifié le comportement de tous les acteurs du sport et comment est envisagée cette transformation.

 

26 avril 2018, alors que l’Olympique de Marseille affronte le Red Bull Salzbourg en demi-finale aller d’Europa League, Thomas Meunier, latéral droit du PSG, like sur Twitter une photo représentant les tifos du club phocéen durant l’avant-match. La suite ? Une querelle durant laquelle Meunier va devoir justifier son attachement au club de la capitale, ce simple « coup de pouce » ne remettant, selon lui, en aucun cas son amour et son implication au Paris Saint-Germain. Face à lui, le Collectif Ultra Paris (CUP) dénonce le non-respect des traditions du PSG et de la rivalité entre les deux clubs, exacerbée cette saison par le parcours européen des Marseillais. Ajoutons à cela une concurrence imposée, et imposante, de Daniel Alves sur le côté droit cette année, et Meunier songerait sérieusement à quitter un club qu’il aime plus que tout.

Au-delà du débat de qui a tort ou raison dans cette histoire, la symptomatique est la suivante : d’un simple « like », d’une simple pression du doigt, Thomas Meunier a réussi à se mettre à dos une importante partie de ses supporters, lui, le joueur tant apprécié pour ses qualités sur et en dehors du terrain autant que pour sa communication loin d’être superficielle.

Le phénomène n’est pas nouveau, encore moins au Paris Saint-Germain. En février 2016, Serge Aurier dérape et insulte violemment ses coéquipiers et son entraineur (Laurent Blanc) sur le réseau social Périscope, menant sa carrière à Paris vers le précipice.
L’an passé, en mars, Hatem Ben Arfa tente de sauver sa place au PSG en postant sur son compte Instagram une vidéo aussi drôle que maladroite. Il en postera une autre en juillet 2017 et passera la saison au placard.

Les exemples sont innombrables : que l’on parle du « Se queda. » de Gerard Piqué sur Twitter cet été concernant le départ de Neymar ; aux likes de Benzema sur les photos retouchées par Booba sur Instagram ; à la provocation de Lance Armstrong en novembre 2012 lorsqu’il s’affiche avec ses maillots jaunes du Tour ; aux insultes récurrentes de Pierre Ménès sur Twitter, la liste des acteurs du sport ne maîtrisant pas leur communication sur les réseaux sociaux semble s’allonger sans cesse, quelle que soit l’âge, quelle que soit la raison et la motivation.

 

Comment y remédier ?

Si cette méthode de communication encore nouvelle ne semble pas être maîtrisée de tous, c’est avant tout parce que les sportifs, anciens sportifs ou personnages médiatiques ne sont pas formés pour. Nous sommes encore dans la phase d’apprentissage, celle où l’acteur sportif est naïvement laissé sur son téléphone, tel un certain président des États-Unis prenant régulièrement de court tout son staff.

La sensibilisation et l’éducation des jeunes sportifs sur les réseaux sociaux se met peu à peu en place mais il se pourrait qu’elle ne soit pas suffisante. Aujourd’hui les acteurs du sport sont dépassés par le nombre affluent de réseaux sociaux et de moyens de communication numérique existants. Si la formation ne suffit pas, d’autres solutions existent, nous y reviendrons.

Auquel cas, les dérapages se poursuivront et donneront du grain à moudre aux journalistes et rédacteurs, eux-mêmes se faisant une joie de relayer des informations pouvant mettre à mal une carrière, ce qu’on appelle depuis peu la jurisprudence Denis Balbir.

Pour voir la 2ème partie de cet article, cliquez ici

Benjamin Douarre

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Tennis et blessures : comment le style de jeu affecte la santé physique

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Ces dernières semaines, l’état physique de Rafael Nadal a beaucoup fait parler. Alors qu’il a dû déclarer forfait pour ses 13 et 14ème tournois depuis 2017 (Indian Wells et Miami), son oncle Toni Nadal a parlé de son protégé comme d’un « blessé qui joue au tennis ». La logique était alors, comme beaucoup l’ont fait, de se questionner sur l’impact que peut avoir le style de jeu de l’espagnol sur son état physique. Pourquoi Rafael Nadal, à 32 ans, est-il aujourd’hui plus handicapé par des blessures que Roger Federer ou même Ivo Karlovic, pourtant bien plus âgés que lui (37 et 40 ans) ? 

Pour avoir une réponse satisfaisante à cette question, il faut étendre l’analyse à l’ensemble des joueurs. Quelle est la fréquence des blessures dans le tennis professionnel ? Qui sont les joueurs qui se blessent le plus ? C’est à travers un comparatif des forfaits, désistements et abandons en cours de match entre les différents joueurs qu’un début d’analyse est possible. Ainsi, ce sont les saisons ATP 2017, 2018 et la première moitié de 2019 qui ont été étudiées ici. Avec des saisons allant d’une cinquantaine de matchs à parfois plus de 100, les organismes sont mis à rude épreuve et il est rare qu’un joueur passe une année complète sans forfait ou abandon.

Objectif de l’étude

L’objectif est d’établir un lien entre style de jeu et fréquence des blessures. Beaucoup ont émis cette hypothèse : la manière qu’a Rafael Nadal de jouer au tennis a forcément eu des conséquences sur son physique. Excellent relanceur et joueur de fond de court qui s’accroche sur tous les points, son style de jeu a conduit à un énorme succès sur le circuit. Mais ce succès n’est pas éternel, et lui-même a assuré « avoir peur d’en payer le prix à 45 ans ». Les nombreuses inquiétudes sur son état de santé ont éveillé les consciences sur la manière dont ces joueurs mettent à mal leur corps à chaque match joué. Le but de cette étude est donc de traduire, sous forme de graphique de données, l’hypothèse selon laquelle le style de jeu d’un joueur est déterminant dans la fréquence des blessures qu’aura celui-ci pendant sa carrière.

Échantillon étudié

Pour cette étude, un échantillon de 20 joueurs ATP a été choisi comme étant le plus représentatif de l’étendue des styles de jeux sur le circuit. Allant des meilleurs serveurs du circuit voire de l’histoire (Isner, Karlovic), jusqu’à l’élite des retourneurs (Nadal, Goffin), tout le panel de style est représenté. Pour éviter un trop grand nombre de joueurs et des graphiques illisibles, ces joueurs ont été choisis parmi ceux ayant connu plus de 6 forfaits sur ces 3 dernières années. C’est pourquoi des joueurs comme Djokovic, Thiem ou encore Zverev n’y figurent pas. De plus, à part Daniil Medvedev, tous ces sportifs ont plus de 27 ans, ce qui les met sur le même pied d’égalité au niveau des pépins physiques liés à l’âge.

Voici les 20 joueurs étudiés :

  • ALMAGRO, Nicolas (ESP)
  • BAUTISTA-AGUT, Roberto (ESP)
  • CARRENO-BUSTA, Pablo (ESP)
  • CILIC, Marin (CRO)
  • CUEVAS, Pablo (URU)
  • DOLGOPOLOV, Alexandr (UKR)
  • EBDEN, Matthew (AUS)
  • FEDERER, Roger (SUI)
  • FERRER, David (ESP)
  • GOFFIN, David (BEL)
  • HARRISON, Ryan (USA)
  • ISNER, John (USA)
  • KARLOVIC, Ivo (CRO)
  • KOHLSCHREIBER, Philipp (GER)
  • KRAJINOVIC, Filip (SER)
  • MEDVEDEV, Daniil (RUS)
  • MULLER, Gilles (LUX)
  • NADAL, Rafael (ESP)
  • QUERREY, Sam (USA)
  • SOCK, Jack (USA)

Les graphiques

Le graphique ci-dessous est celui qui récapitule l’ensemble de l’étude et répond de la meilleure manière à la question de base : oui, le style de jeu d’un joueur influe sur les risques qu’il se blesse. Étudié sur la base des 3 dernières saisons ATP, le nombre de blessures est sélectionné en fonction des forfaits et abandons que les joueurs ont connu sur cette période-là. Ainsi, Alexandr Dolgopolov a connu 23 blessures tandis que Jack Sock ou Marin Cilic n’en ont connu que 6. 

Allant de 1 à 10, l’indice de style de jeu est quant à lui calculé en prenant en compte le nombre d’aces moyen, le pourcentage de jeux de services et de retours gagnés, la taille du joueur et la part de matchs joués sur surfaces rapides (dur outdoor et indoor, moquette, gazon). Plus l’indice est élevé, plus le joueur est considéré comme étant un terrien, excellent relanceur et joueur de fond de court. Plus il est bas, plus le joueur est considéré comme un joueur de surfaces rapides, gros serveur et adepte du service/volée. Ainsi, le croate Ivo Karlovic a l’indice le plus bas parmi l’échantillon (1,2) tandis que David Ferrer a le plus élevé (7,2).

Nombre de blessures en fonction de l’efficacité du service

Le service est une composante majeure du jeu puisque c’est lui qui peut décider de la longueur des échanges. Un joueur doté d’un service solide pourra plus se reposer sur cet élément de son jeu pour dominer le point, et espérer des échanges bien plus courts et moins physiques. C’est pourquoi un joueur comme Ivo Karlovic arrive à conserver un niveau de jeu global remarquable même à un âge avancé. Son style de jeu lui demande peu de dépenses physiques, et il est donc moins sujet aux blessures. En voici la preuve :

(L’indice du service est calculé avec le nombre d’aces et le pourcentage de jeux de services remportés)

Nombre de blessures en fonction de la part de matchs joués sur terre battue

Si Rafael Nadal a déclaré que c’était les surfaces dures qui éprouvaient son corps, c’est surtout la terre battue qui a engendré les blessures dont il souffre aujourd’hui. Car qui dit terre battue dit surface très lente, donc coups et services moins puissants, échanges plus longs et éprouvants, plus de breaks par match et un temps passé sur le court qui s’allonge considérablement. C’est pourquoi, selon cette étude, un joueur qui dispute une majorité de matchs sur terre battue sera plus sujet aux blessures pendant sa carrière. En voici la preuve :

Nombre de blessures en fonction de la taille du joueur

Si on pourrait penser que le rapport entre les blessures et la taille du joueur se rapproche de celui avec l’efficacité du service (aces et pourcentage de jeux de services gagnés), autrement dit qu’un joueur grand servira toujours mieux qu’un petit, ce n’est pas toujours le cas et c’est pourquoi cette analyse est intéressante. Parmi l’échantillon des 20 joueurs, Rafael Nadal et Nicolas Almagro (1m85 et 1m83) ont par exemple un service plus efficace que Daniil Medvedev (1m98). Mais un joueur plus petit sollicitera plus son corps (déplacements, sprints, force des coups) qu’un joueur grand qui aura forcément moins de pas à effectuer et forcera moins ses coups. C’est pourquoi le premier est plus sujet aux blessures. En voici la preuve :

Au final, toutes ces données et ces graphiques nous indiquent bien une tendance selon laquelle le style de jeu d’un joueur a une influence sur sa santé physique. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut en faire une généralité. Cette étude a été réalisée sur un faible échantillon de 20 joueurs, sur une période assez courte et ne peut donc pas être représentative du tennis en général. Si le constat de base est difficilement contestable, il n’existe pas une explication qui s’appliquerait à tous les joueurs.

Surtout, il existe énormément de facteurs qui déterminent la fréquence des blessures chez un joueur professionnel, que ce soit une fragilité de naissance, un physique propice aux blessures, un mental vacillant ou simplement de la malchance. Et tout n’est pas explicable par des graphiques.

Tom Compayrot

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« On ne peut pas gagner d’argent » : Quand les décisions des instances du tennis nuisent directement aux joueurs

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Grâce à son triomphe à l’US Open il y a deux semaines, Novak Djokovic a pu empocher la somme de 3.8 millions de dollars. Une somme qui vient s’ajouter aux 115,3 millions que le Serbe a pu accumuler tout au long de sa carrière. Et nous ne parlons là que des gains obtenus en tournois. Or Djokovic, comme quelques rares autres superstars du tennis, peut aussi s’appuyer sur les revenus obtenus grâce à ses nombreux sponsors (Lacoste, Asics, Head…), ainsi qu’aux invitations monnayées des tournois et autres matchs d’exhibition. Et cela sans compter ses revenus extérieurs au sport, comme ceux des restaurants qu’il possède à Belgrade ou à Monaco. En résumé, le tennisman serbe gagne bien, même très bien sa vie. Mais ce n’est malheureusement pas le cas de l’immense majorité des joueurs professionnels. On pourrait même dire que les Djokovic, Federer, Nadal et autre Del Potro vivent sur une autre planète. Et la réalité sur Terre est toute autre.

Les circuits secondaires : une brutale réalité

Dans le monde du tennis professionnel, tous sont passés par les Future, ces tournois de 3ème catégorie dans lesquels exercent des tennismen au-delà de la 300ème place mondiale. Ces tournois sont censés être une étape de transition pour les jeunes joueurs avant d’aborder les Challengers (2ème catégorie) puis le circuit ATP. Le problème est qu’on estime à 15.000 le nombre d’athlètes jouant régulièrement et seulement sur ces tournois-là, contre quelques centaines sur les circuits Challenger et ATP. Or, les Futures ne permettent pas de gagner correctement sa vie.

Les témoignages sont nombreux. Laurent Rochette (497e mondial, 202e à son meilleur classement) témoignait à la Gazette du Tennis :

 « En Future, on ne peut pas gagner d’argent du tout. J’ai déjà fini une semaine dans le rouge en ayant remporté le tournoi ». Les dotations pour ces tournois vont généralement de 1.000 à 3.000 dollars pour le vainqueur, alors qu’un joueur qui perd au premier tour empochera … 50 dollars. « Le tennis est trop cher, il faut payer le coach, le kiné, les voyages […] c’est 25.000 dollars une saison » explique celui qui aura gagné pas moins de 13 tournois Future pendant ses 13 ans de carrière pro.

Laurent Rochette, lors d’un tournoi Challenger à Bordeaux (source : Sud Ouest)

Alors que l’hébergement et le matériel d’entraînement sont pris en charge par le tournoi sur les circuits Challenger et ATP, c’est le joueur qui doit les payer sur le circuit Future. Sans compter les autres frais décrits par Laurent Rochette (matériel, staff, voyages). Autant dire que sans le soutien financier d’un sponsor ou de sa fédération, cela devient très vite mission impossible. Dans un entretien à FranceTv-Sport, David Guez (ex 116e mondial), décrivait un monde où « au-delà de la 300e place, c’est très compliqué de vivre. On rentre juste dans ses frais, mais on ne met pas d’argent de côté ». Car il faut prendre en compte que la carrière d’un tennisman s’arrête en moyenne à 35 ans, et les habitués du circuit Future gagnent rarement assez pour assurer leurs arrières pour leur avenir. David Guez préconise à ces joueurs de ne pas penser à leur avenir et à l’argent en général : « Si on pense à l’argent, on se met trop de pression ». Un conseil partagé par Laurent Rochette : «  Si on commence à trop se concentrer sur des choses matérielles, on ne peut plus jouer. On va être super tendu et on aura aucune chance de gagner. Il faut apprendre à se détacher de l’argent ».

Alors à qui la faute ?

Le problème d’argent dans le tennis mondial est réel. L’Ukrainien Sergey Stakhovsky (actuel 145e mondial) indiquait même il y a quelques années : « Le 100e footballeur en Ukraine gagne plus que moi ». Pour un sport qui brasse des dizaines de millions chaque année, ces témoignages montrent qu’il existe un réel problème dans le fonctionnement du circuit. Et le coupable est tout trouvé.

Ce sont les instances du tennis qui doivent bien sûr endosser la plupart des responsabilités. Pour rappel, le circuit est supervisé et dirigé par deux structures qui se veulent complémentaires : l’ITF et l’ATP/WTA. L’ATP gère les tournois Challengers, ATP 250, 500 et Masters 1000 tandis que l’ITF s’occupe du circuit Future, des Grand Chelems ainsi que de la Coupe Davis. Même chose du côté féminin avec la WTA. Le fait que le circuit professionnel soit dirigé par deux instances distinctes peut poser des problèmes évidents de désaccords, et c’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer avec la Coupe Davis, dont la version réformée par l’ITF pour 2019 se retrouve dans l’ombre de la “Team World Cup”, dernière création de l’ATP décidée pour 2020. Les deux structures qui se voulaient complémentaires sont en réalité de vrais frères ennemis.

Et qui en paye le prix ? La réponse est évidente, ce sont les joueurs comme Laurent Rochette ou David Guez, ceux qui donnent tout pour essayer de vivre de leur passion. Pendant que l’ITF et l’ATP bichonnent les joueurs du Top 50 avec des nouvelles compétitions pour rivaliser avec les exhibitions telles que la Laver Cup ou la Majesty Cup, dans lesquelles l’argent coule à flots ; les circuits secondaires se retrouvent encore une fois délaissés. Et pourtant, ils en auraient tellement besoin. Lorsque les vainqueurs de la Laver Cup empochent chacun la somme de 250.000 dollars, un vainqueur de tournoi Future repartira avec 2.000 dollars, qu’il aura déjà dépensé dans les différents frais décrits plus haut. Le contraste est sans équivoque pour des joueurs qui font pourtant tous partie des meilleurs tennismen sur des dizaines de millions de licenciés à travers le monde.

C’est donc la redistribution des revenus sur le circuit qui est pointée du doigt. Il suffit de voir la répartition du prize money total sur l’ensemble des tournois du circuit professionnel pour le comprendre :

La répartition détaillée des dotations sur le circuit ATP (source : Wikipédia)

Les comparaisons sont affolantes. Un vainqueur d’un tournoi du Grand Chelem gagnera 40 fois plus qu’un vainqueur d’un ATP 250, alors que ce dernier gagnera 50 fois plus qu’un vainqueur de Future. En résumé, si un joueur veut gagner autant qu’un vainqueur de Grand Chelem en restant sur le circuit Future, il devra remporter pas moins de 2000 tournois. Quand on sait qu’on retrouve régulièrement sur ce circuit des joueurs autour de la 200ème place mondiale, autrement dit d’un très bon niveau, on se rend compte à quel point cette redistribution est une aberration. Les instances investissent simplement là où cela leur rapporte le plus, là où toutes les caméras du monde sont braquées, autant dire sur les très gros tournois et certainement pas sur les Futures.

Comment changer les choses ?

L’Argentin Pedro Cachin a publié une lettre ouverte à l’ATP et à l’ITF (source : Twitter)

Pedro Cachin, jeune joueur argentin voletant aux alentours de la 200e place mondiale, publiait en avril dernier une longue lettre ouverte à l’ATP sur son compte Twitter. Un message fort et tellement caractéristique du mal qui ronge le circuit ATP depuis longtemps. Une lettre qui a d’ailleurs été partagée par de nombreux autres joueurs du circuit. Pedro Cachin a un talent certain qui lui permet de performer sur le circuit Challenger et de survoler le circuit Future. Pourtant, même à ce niveau et à cet âge, il connaît et vit la difficulté qu’ont les tennismen à gagner leur vie. Il le précise d’ailleurs au tout début de sa lettre : « tout d’abord, je tiens à vous dire que nous vivons pour le tennis, et non du tennis ». Ensuite, il dit une chose explicite et très importante : pour décider de quelque chose, les instances ne demandent jamais l’avis aux joueurs. Un constat qui est partagé par la majorité des joueurs du circuit.

Alors, Pedro Cachin comme d’autres joueurs l’ont fait avant lui, décide de prendre les choses en main et de proposer directement à l’ATP et ITF différentes mesures :

  • l’augmentation du nombre de tournois challengers. Ces tournois, très compétitifs et disputés, permettent à un éventail varié de joueurs (allant de la 80e à la 400e place mondiale) de tenter leur chance. Ces tournois sont clairement l’avenir du tennis, car ils permettent aux joueurs de gagner leur vie tout en offrant une étape de transition vers le circuit ATP. L’Argentin propose de doubler voire tripler le nombre de ces tournois chaque semaine. Il y a sur une année 150 tournois Challenger, soit environ 3 par semaine, soit 96 joueurs concernés chaque semaine. Une augmentation à 8 voire 10 tournois par semaine permettrait de concerner environ 300 joueurs hebdomadairement.

 

  • l’annulation ou la modification de la réforme du circuit qui interviendra en 2019. Cette réforme comprend notamment la suppression des points ATP pour les tournois Future, à la faveur de nouveaux points « d’entrée ITF » pour un nouveau circuit de transition. Une réforme qui revient à tuer le circuit Future, qui ne rapportera désormais plus le moindre point ATP, le tout sans augmenter le prize money dans ces tournois.

 

  • pour changer les choses, le meilleur moyen reste, et tout le monde s’accorde à le dire, de demander l’avis des joueurs. Il est primordial de leur réserver une voix importante dans la décision finale de quelconque changement. Un dialogue doit être instauré, et des accords doivent être trouvés entre les instances du tennis et ceux qui subissent la réalité des réformes. Surtout quand celles-ci impactent directement la vie de ces derniers.

Tom Compayrot

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Effractions digitales #5 : l’évolution de l’esport en France

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Le succès du web 2.0, apparu à l’aube du XXIe siècle, a permis au sport de développer un phénomène tout aussi récent que passionnant : le sport 2.0. Au travers d’exemples précis, nous allons voir comment les effractions digitales ont modifié le comportement de tous les acteurs du sport et comment est envisagée cette transformation.

 

Nombre de débats ont eu lieu : l’esport est-il un vrai sport ? Si la réponse à cette question reste subjective et appartient à tout un chacun, il est impossible de passer à côté de ce qui n’est désormais plus un phénomène. Emissions de télé sur de grandes chaines (la chaîne l’Equipe, Canal+, beIN SPORTS), catégorie reconnue dans l’Equipe (papier et internet), sur myTF1, relais dans les médias de masse, audience en explosion sur les plateformes de streaming (Twitch) et sur YouTube, cash prize en augmentation constante, le esport s’impose.

Sur les réseaux sociaux, les likes et abonnés sur les pages des équipes poursuivent leur croissance. Sur Twitch, il n’est plus rare de tomber sur des commentateurs français pour nombre d’événements.

 

La place de la France

En France, le mouvement est pris au pied de la lettre. Récemment, Marseille a accueilli la DreamHack Masters CS:GO, un tournoi calendaire à ne pas rater pour les principales teams du FPS en ligne. Installé au Dôme dans une salle dont la capacité est évaluée à plus de 8000 personnes, l’événement sponsorisé par W9 est un succès qui en appellera d’autres. Ce même DreamHack Masters est installé à Tours depuis 2015 et débute le week-end prochain pour sa 4ème édition. En septembre dernier, Bercy a électrisé les finales du championnat d’Europe de League of Legends, devant plus de 17 000 personnes, un succès retentissant.

De nombreux clubs de foot comme le LOSC, l’OL, Metz ou le PSG contribuent à l’évolution de cette tendance. Le PSG est l’un des premiers à avoir emboîté le pas en créant sa section esport dès 2016. Aujourd’hui ils comptent des teams sur des jeux comme FIFA, Rocket League ou Dota 2. La Fédération Française de Football a créé sa section le mois dernier avec un premier titre sur FIFA il y a quelques jours.

Effractions digitales - Bercy LoL

La foule à Bercy pour les finales européennes de League of Legends – RMC Sport

La prochaine étape ?

La popularité qui lui appartient, grandissante, amènera les événements comme la Dreamhack de Marseille à se reproduire en France, à plus grande échelle (250 000€ de donation). A terme, il n’est pas insensé d’envisager la diffusion en direct d’événements majeurs sur de grandes chaines de télévision, plus grand public, et à des heures moins tardives. AB1 le fait déjà, C8 et l’Equipe ont suivi, le chemin parcouru tend à montrer que d’autres le feront si les audiences sont au rendez-vous.

Le statut de professionnel étant officiellement reconnu, la France ouvrira sa première « école » de gaming à Lyon appelée « Gaming Campus » pour les futurs joueurs pros.

Toujours en phase de discussion, même si le projet semble peu probable aujourd’hui, le président du CIO Thomas Bach a annoncé qu’il n’était pas contre l’apparition du esport aux JO, pourquoi pas 2024 à Paris, à condition que les jeux violents n’y prennent pas place. Affaire à suivre.

 

Retrouvez les épisodes précédents de notre série sur les effractions digitales. Episode 1 ; Episode 2 ; Episode 3 ; Episode 4.

Benjamin Douarre

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Effractions digitales #4 : la place du Big Data dans le sport

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Le succès du web 2.0, apparu à l’aube du XXIe siècle, a permis au sport de développer un phénomène tout aussi récent que passionnant : le sport 2.0. Au travers d’exemples précis, nous allons voir comment les effractions digitales ont modifié le comportement de tous les acteurs du sport et comment est envisagée cette transformation.

Comme expliqué dans l’épisode précédent, les effractions digitales peuvent parfaitement s’appliquer au sport. Nous avions notamment vu que le numérique avait transformé la performance sportive. Et pour mesurer cette transformation, quoi de mieux que des statistiques ? Ces dernières sont devenues omniprésentes dans l’univers  du sport professionnel. Et elles ont une importance capitale, principalement pour les sportifs. Prenons l’exemple d’un match de foot. Aujourd’hui, pour préparer un match, chaque équipe cherche les points faibles de l’équipe adverse afin de mettre en place leur tactique de match. Et pour ça, ils ont à disposition le Big Data, soit un nombre infini de statistiques, données collectées par des entreprises spécialisées ou par leurs analystes vidéos.  La plupart des équipes ont maintenant un « data specialist » chargé d’interpréter toutes les données et statistiques recueillies. Chaque détail est passé au peigne fin, et des informations issues de l’analyse des données médicales ainsi que l’aspect psychologique des joueurs sont primordiales.

Encore une fois, le problème éthique expliqué dans l’épisode 3 de cette série se pose. Car les joueurs subissent de réelles effractions digitales, le numérique s’insérant partout, même dans leur intimité physique et mentale. Et l’utilisation de ces données est encore plus sordide, puisque l’équipe adverse va se servir de ces données personnelles pour les retourner contre les joueurs. Chaque petite faille chez un joueur sera remarquée, notée et utilisée à son encontre. Car cette petite faille peut être le détail qui va faire basculer une rencontre, d’où l’importance du Big Data dans le sport professionnel.

Les bienfaits du Big Data

Bien qu’il pose un réel problème éthique, le Big Data dans le sport reste malgré tout une nouveauté bénéfique. D’abord, parce qu’il permet une approche plus professionnelle du sport. Une approche plus professionnelle pour les sportifs bien sûr, qui peuvent ainsi mettre en place de réelles stratégies sur (tactiques en match) et en dehors des terrains (recrutement…). Mais cette approche plus professionnelle touche aussi les spectateurs et observateurs, toujours à la recherche de nouvelles statistiques concernant leur équipe ou leur joueur favori. De plus, le Big Data correspond parfaitement à la nouvelle tendance du « tout savoir, tout de suite », portée par l’avènement du numérique. Il permet une nouvelle expérience pour les fans qui peuvent obtenir toutes les infos qu’ils désirent en temps réel, les événements sportifs deviennent ainsi plus ludiques et plus engageants. Un côté ludique qui est encore plus renforcé par l’utilisation des réseaux sociaux, pierre angulaire du sport 2.0.

En résumé, il est sûr que l’utilisation du Big Data dans le sport est un thème qui devrait être sujet à de nombreux débats dans le futur. Car même s’il pose un problème éthique par les effractions digitales qu’il provoque, il est clair que le Big Data ouvre un horizon quasiment infini de possibilités dans le monde du sport.

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Tom Compayrot

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Effractions digitales #3 : la transformation de la performance sportive

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effractions digitales

Le succès du web 2.0, apparu à l’aube du XXIe siècle, a permis au sport de développer un phénomène tout aussi récent que passionnant : le sport 2.0. Au travers d’exemples précis, nous allons voir comment les effractions digitales ont modifié le comportement de tous les acteurs du sport et comment est envisagée cette transformation.

Si le terme « effraction » est utilisé principalement pour caractériser un cambriolage ou un vol, il peut très bien se faire sa place dans l’univers du sport 2.0. Pour comprendre ce qu’ont à faire les effractions digitales dans le sport, il faut revenir à la définition-même du terme effraction : « Action de briser avec violence une clôture pour pénétrer quelque part sans en avoir l’autorisation ». Dans le domaine du sport, une effraction peut s’illustrer dans tout ce qui touche à la performance sportive. Car pour améliorer ses performances, un sportif, qu’il soit amateur ou professionnel, doit appliquer un suivi très précis sur ses capacités physiques. Et ce suivi passe très souvent par le digital, car il s’effectue par le biais d’appareils, d’applications ou de sites web. Que ce suivi soit purement sportif (relevé chronométrique de chaque course pour un athlète par exemple) ou médical (rythme cardiaque, calories brûlées…), dans tous les cas le numérique s’insère dans notre intimité et crée ainsi des effractions digitales. Deux cas d’effractions digitales dans la performance sportive se démarquent ainsi :

  • Le sportif professionnel : le sportif professionnel est un cas à part puisqu’il doit avoir un suivi très détaillé. Dans le but d’une performance sportive qui est obligatoire, le professionnel laisse donc le numérique entrer dans son intimité. Il abandonne son corps au digital, qui peut sonder, chercher, vérifier, analyser toutes les informations nécessaires. Dans le cas d’un athlète par exemple, son entraînement est planifié et contrôlé par des outils digitaux afin d’optimiser la performance et réduire le risque. Il subit aussi un suivi médical très poussé, par le biais de capteurs et d’outils connectés. Et cette effraction du digital dans le corps humain peut poser un réel problème éthique. Car sous prétexte que le numérique apporte une valeur ajoutée au sportif, ce dernier doit-il le laisser entrer dans son intimité physique ? Doit-il laisser ces outils récupérer toutes ses données personnelles, sans savoir ce qu’elles deviennent après ? Car derrière le terme « numérique », ce sont bien des multinationales qui se cachent et collectent toutes les données récoltées auprès du sportif afin de les stocker pour alimenter un marché de la « data » déjà très développé. Des entreprises qui privilégient bien sûr le profit au dépend de l’éthique. Le cas du sportif professionnel est ainsi très complexe, car ce dernier a tendance à être omnibulé par l’amélioration de sa performance, sans pour autant s’inquiéter des effractions digitales qu’il subit et des conséquences qui peuvent en découler.
effractions digitales

Les sportifs sont de plus en plus connectés pendant leur performance sportive, et cela conduit à des effractions digitales non sans conséquences

  • Le sportif amateur : le cas du sportif amateur est bien différent car il n’a pas de performance sportive obligatoire, sauf bien sûr s’il poursuit un objectif personnel. Mais même dans ce cas, il ne subit pas les pressions du monde professionnel qui nécessitent des grosses performances et rapidement. Ils n’ont donc pas de suivi au gramme ou au centilitre près, comme peut l’avoir un sportif pro. Pourtant, de plus en plus de sportifs amateurs tombent aussi dans le digital pour aider au sport. C’est notamment le cas des « joggeurs » qui utilisent quasiment tous un outil numérique pour les accompagner pendant leur course. Que ce soit une montre connectée ou même leur smartphone, les joggeurs sont de plus en plus connectés. Et eux aussi sont les cibles d’effractions digitales. Au même titre que les professionnels, les applications qu’ils utilisent collectent des données personnelles, qu’elles soient sportives ou médicales. Et le même problème éthique se pose que pour les professionnels.

 

En résumé, en plus des réseaux sociaux, le sportif peut subir des effractions digitales dans la transformation de sa performance sportive par le numérique. Une chose qui ne doit pas être laissée de côté, et dont le sportif devra se méfier.

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Tom Compayrot

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