Elixane Lechemia, voyage au long court
Rencontre avec Elixane Lechemia, lyonnaise de 25 ans, qui continue de vouloir repousser ses limites pour progresser et atteindre le top 200 mondial !
Elixane, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Elixane Lechemia, j’ai 25 ans, mon prénom est basque de par mes origines, mais je suis née et vis à Lyon. Ah, et je suis accessoirement joueuse de tennis professionnelle, classée 340e à la WTA et numéro 19 française ! Je pense être une fille sympa, souriante et chaleureuse.
Comment as-tu commencé le tennis ?
J’ai commencé le tennis à 8 ans avec mes parents, mon frère et ma sœur. On allait jouer le week-end sur un des deux terrains du petit club du village du Beaujolais dans lequel on habitait. J’ai tout de suite adoré ça ! J’ai commencé à prendre des cours à 9 ans et puis à partir de là, la machine était lancée !
Quel est ton plus beau souvenir comme sportive ?
Chaque tournoi gagné fait partie des meilleurs souvenirs, car chacun d’entre eux représente une semaine plus ou moins parfaite dans notre esprit, une semaine où on a « rempli le contrat ». J’ai aussi de super souvenirs de victoires sur le fil en matches universitaires aux US, après de longues heures de combat de la part de l’équipe toute entière…ça donnait des frissons. J’ai beaucoup de beaux souvenirs, c’est difficile d’en mettre un au-dessus du lot !
Tu n’as pas eu de wild-card pour les qualifications de Roland Garros, peux-tu nous expliquer pourquoi ?
Il faudrait poser la question au comité qui s’occupe de l’attribution des wild-cards pour connaître la vraie réponse, mais je sais que le président de la FFT voulait privilégier les jeunes joueuses pour ces invitations. Les bénéficiaires ont entre 16 et 23 ans, j’en ai 25. Même si j’étais mieux classée que chacune d’elles, il faut croire que je ne suis plus assez jeune ! 🙂
Quels sont tes prochains objectifs ?
Cette année j’aimerais aller au bout d’un ou plusieurs tournois 25,000$ et également traverser des tableaux de tournois 60,000$ ou supérieurs. L’objectif de fin d’année étant d’atteindre un classement qui me permettrait de jouer des « qualifs » de Grand Chelem, à savoir top 210-220 WTA.

Tu racontes, dans Le Parisien, les problématiques pour une joueuse classée au-delà de la 300ème place mondiale, peux-tu nous les résumer ?
Les problématiques sont majoritairement financières. Notre niveau est bien assez haut pour que l’on soit professionnelles, mais trop bas pour que l’on puisse en vivre, ou même s’en sortir financièrement. Nous sommes donc des professionnelles qui, pour la grande majorité, sommes joueuses de tennis à « plein temps », mais qui perdons de l’argent plus que nous n’en gagnons.
Les tournois ITF que l’on joue, contrairement aux tournois WTA, ne prennent pas en charge les frais d’hébergement et de restauration. Ajoutez à cela les frais de voyages et de déplacements, et doublez le tout si vous voulez voyager avec un coach. Tout cela à notre charge. En parallèle, les gains perçus dans les tournois que l’on joue sont bien souvent trop faibles pour couvrir la somme de tous ces frais.
Ensuite, les sponsors et contrats textile/équipementier sont difficiles à trouver ou garder lorsqu’on est classée au-delà de 300ème. Je n’ai personnellement pas de contrat textile, uniquement un contrat avec HEAD qui me fournit raquettes, cordages, grips et sac.
Enfin, puisque les aides financières, sponsors, et gros chèques de prize money se font rares, il est donc difficile de pouvoir s’offrir un coach avec qui voyager sur les tournois. Ce qui peut être limitant et handicapant sur le moyen et long terme.
Qu’est-ce qui te pousse à continuer malgré tout ?
L’envie de progresser, de me dépasser, de repousser mes limites, de voir jusqu’où je peux aller, le plaisir de jouer et le plaisir que j’ai à vivre cette vie. Je ne pourrai pas jouer encore 10 ans alors je profite de cette expérience hors du commun, c’est une sacrée école de la vie.
Quels aménagements seraient possibles de la part de la WTA pour faciliter la vie à plus de joueuses ?
Les joueuses dont la vie a besoin d’être facilitée sont les joueuses en dehors du top 200, qui jouent plus souvent des tournois organisés par l’ITF (la Fédération Internationale de Tennis). Ce serait donc à l’ITF de mettre en place ces choses, mais je pense en premier à des prix plus attractifs pour l’hébergement, la restauration, proposer plus de services gratuits dans le cadre des tournois ITF, mettre en place des partenariats avec des compagnies aériennes afin de, par exemple, augmenter la franchise des bagages (on voyage rarement léger) ou encore faciliter la modification de billets. Les dates de billets retour pour les joueurs de tennis seront toujours un mystère puisqu’on ne peut pas prévoir notre jour de défaite (si défaite il y a !). Ce sont quelques idées comme ça, je suis sûre qu’il y a plein de choses intéressantes à faire…
Tu as obtenu un bachelor aux Etats-Unis, c’était important pour toi d’avoir un diplôme malgré ta carrière ?
Oui, au point que je mette ma carrière entre parenthèses pendant 3 ans et demi pour ce diplôme ! Il était important pour moi d’avoir un diplôme afin de me préparer à un avenir professionnel et rebondir rapidement après l’arrêt de ma carrière. Je me souviens avoir été anxieuse entre 19 et 21 ans lorsque je ne faisais pas d’études quand je songeais à mon avenir professionnel, dans le cas où je ne percerais pas dans le tennis. Je joue maintenant avec la tête plus légère car je sais que si je n’arrive pas à atteindre mes objectifs de carrière et dois y mettre un terme, je peux rebondir.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
Une bonne santé et de progresser encore et encore, devenir quelqu’un de meilleur chaque jour, sur le terrain mais aussi en dehors.



