Ema Comte : « Le Tour de France est un rêve », l’entretien avec la révélation française de Cofidis
CYCLISME SUR ROUTE – Révélation de la saison chez Cofidis, Ema Comte revient sur sa progression, ses ambitions, son rêve de Tour de France Femmes et son statut de grand espoir du cyclisme français.
- À ce sujet – L’actualité du cyclisme
Ema Comte : « Un déclic au Tour d’Extremadura »
C’est votre 2e année chez les pros, la première à ce niveau-là. Est-ce que vous vous attendiez à une telle régularité ?
Ema Comte : « Non, pas du tout. En début de saison, j’espérais avoir ce niveau de performance sur une course. Au final, j’ai bien enchaîné les performances et les bons résultats. Je ne m’attendais pas à cela.
Il y a eu un déclic cette année ?
Je ne sais pas vraiment. Mais au Tour d’Extremadura, en début de saison, je fais 12e du contre-la-montre et je ne m’y attendais pas du tout ! Tout au long de la course, je suis là et je termine à la 6e place du général. Je me dis que, si je continue à progresser, cela peut bien se passer pour moi.
Dans le col du Tourmalet au CIC-Tour Féminin International des Pyrénées, vous vous retrouvez avec Juliette Berthet et Dominika Włodarczyk, deux références au niveau mondial. Qu’est-ce que vous ressentez ?
Bonne question. Sur le coup, dans la montée, on n’y pense pas trop. Mais c’est vrai que c’est assez fou de se retrouver dans ce groupe-là. Il y avait beaucoup de vent de face, cela jouait en notre faveur. Dans les roues, on dépense moins d’énergie et c’est plus facile de rester avec elles. C’est une belle satisfaction. Si on m’avait dit cela en début de saison, j’aurais signé tout de suite.
Ema Comte : « Un cap franchi sur les courses du mois de mai et juin »
L’épreuve débute bien pour Cofidis, avec la victoire de Martina Alzini. Est-ce que cela vous a libérée ?
Franchement, oui. Je pense que cette victoire nous a fait beaucoup de bien. On a beaucoup tourné autour durant le mois de mai. Il nous manquait ce succès. Cela a fait du bien à toute l’équipe. Cela a mis une bonne ambiance et donné de la confiance pour la suite.
C’est un vrai cap franchi pour vous sur cette course ?
Je dirais que ce cap concerne l’ensemble des courses que j’ai disputées en mai et en juin. J’ai réussi à garder un bon niveau de performance et à être régulière, sans connaître de gros passage à vide. C’est vrai que ce week-end vient vraiment confirmer mon niveau affiché depuis plusieurs semaines.
Cela part du Tour du Pays Basque, où vous êtes meilleure jeune et performante sur chaque étape. Avec ce maillot distinctif au plus haut niveau.
J’étais vraiment très heureuse de pouvoir porter ce maillot bleu sur le Tour du Pays Basque. Je savais que j’étais en forme, sans savoir exactement à quel point. Pouvoir jouer le Top 20 au niveau WorldTour sur les trois jours m’a donné beaucoup de confiance pour la suite. Ensuite, sur les courses classées 1.1, j’ai pu obtenir de bons résultats grâce à cette confiance acquise au Pays Basque.
Cette gestion du maillot blanc, c’est aussi une expérience pour la suite, avec pourquoi pas l’idée de jouer ce classement sur un Grand Tour ?
L’an prochain, je pourrai encore le jouer. Mais sur le Tour du Pays Basque, cela est venu après. On joue d’abord le classement général et le maillot de meilleure jeune vient ensuite.
Ema Comte : « Prendre le risque de perdre pour gagner »
Vous avez déjà signé six Tops 6 en 2026. Qu’est-ce qu’il peut manquer pour aller chercher une victoire ?
J’aimerais bien gagner et c’est différent de faire des podiums ou des Tops 10. Gagner, c’est quelque chose d’autre. Je ne sais pas exactement ce qu’il me manque encore. Un peu d’expérience, sans doute. Et puis prendre le risque de gagner. Saisir les bonnes opportunités.
Ces Tops 10 peuvent justement vous permettre de prendre davantage de risques ?
Oui. Il faut que j’essaie de prendre davantage de risques, quitte à perdre un Top 10. Cela peut être la prochaine étape.
Vous avez évoqué vos progrès en contre-la-montre. Il y a notamment cette 3e place sur le Bretagne Ladies Tour. C’est un axe particulièrement travaillé cet hiver ?
Au Tour d’Extremadura, je n’avais pas travaillé le chrono et c’était une surprise. Par la suite, on a davantage travaillé cet exercice et, sur le Tour de Bretagne, j’arrivais avec une préparation spécifique. J’ai toujours aimé le contre-la-montre, mais cela n’avait pas bien fonctionné l’an passé. J’avais fait des Championnats de France amateurs un objectif et j’étais passée à côté. J’avais donc un peu délaissé le chrono cet hiver. Mais cette saison, cela fonctionne plutôt bien et c’est clairement un axe de progression important.
Ema Comte : « Le Tour de France est un rêve »
Est-ce que vous vous définissez comme une coureuse de courses à étapes ?
J’aime bien les courses à étapes. J’ai l’impression de bien récupérer et d’enchaîner les jours sans trop de difficultés. Cela semble correspondre à mon profil, mais il faudra voir sur la durée.
On parle du présent, mais vous êtes-vous déjà fixé des objectifs à moyen et long terme ?
Pas vraiment. Je ne m’attendais pas à être à ce niveau cette saison. Il faudra faire un point cet hiver sur mes objectifs. Pour la saison prochaine, il y a les Championnats du monde en Haute-Savoie, chez moi. Cela peut être un bel objectif en U23. Je pense d’abord à cette catégorie pour les Mondiaux avant de voir plus loin. Il y a beaucoup de densité chez les élites et c’est ma dernière année en U23.
Est-ce qu’on va vous voir sur le Tour de France Femmes ?
On n’a pas encore décidé, c’est toujours en discussion.
Ce serait un rêve ?
Oui, ce serait vraiment un rêve et j’ai envie d’aller sur le Tour cette année. Il faut encore peser le pour et le contre, mais les discussions sont en cours.
Vous appartenez à une génération exceptionnelle en France. Les résultats des autres Françaises sont-ils une source de motivation ?
Je n’y ai jamais trop réfléchi, mais on est nombreuses à bien réussir chez les Espoirs et c’est super de voir des Françaises performer. Cela permet aussi de voir où l’on se situe par rapport à la génération juniors. C’est forcément une source de motivation.
Cela s’étend également au niveau international ?
On se connaît un peu toutes, car on s’est affrontées chez les juniors. Certaines ont progressé plus vite que d’autres. Dès leur première année Espoirs, certaines sont déjà très fortes, tandis que pour d’autres, cela vient plus tard.
Ema Comte : « Le Tour de France est un rêve »
Vous appartenez aussi à une génération qui avait 16-17 ans lors du retour du Tour de France Femmes. Cela a-t-il été un facteur de motivation supplémentaire ?
Pour moi, à ce moment-là, non. Je n’étais pas une junior dominante et je ne savais pas si je pourrais devenir professionnelle. En revanche, le Tour de France a toujours été un rêve. Mais c’était un rêve inaccessible. Je regarde le Tour des hommes depuis que je suis toute petite et ce rêve paraissait irréalisable, puisqu’il fallait être un homme pour participer au Tour. Le fait de voir un Tour de France Femmes aussi médiatisé que celui des hommes permet désormais de croire à ce rêve et de se dire qu’il est possible de le réaliser un jour.
Les courses sont de mieux en mieux diffusées, cela devient plus facile de s’identifier aux coureuses ?
C’est fou de voir à quel point le cyclisme féminin a évolué depuis mes débuts. Les courses sont davantage diffusées. Je crois que le Tour des Pyrénées était diffusé sur Eurosport, La Chaîne L’Équipe et France 3, alors même que ce n’est pas une épreuve WorldTour.
Est-ce que c’est plus facile d’être professionnelle aujourd’hui qu’il y a cinq ou six ans ?
Je ne sais pas si je peux vraiment répondre, car je suis arrivée lorsque tout était déjà bien développé. Mais j’ai entendu certaines coureuses plus âgées expliquer que beaucoup de professionnelles avaient un métier à côté, car il n’était pas possible de vivre du vélo. Désormais, en WorldTour, tout le monde vit du vélo. Cela facilite forcément l’entraînement et la progression.
Vous êtes à 100 % dans le vélo ?
Je poursuis des études, mais je pourrais arrêter et ne faire que du vélo. C’est un choix personnel de continuer. Je suis en école d’ingénieur.
Cofidis a révélé plusieurs talents du cyclisme féminin français ces dernières années. On imagine que l’équipe vous met dans les meilleures conditions ?
De mon expérience, je me sens bien dans l’équipe. Cela m’a permis de progresser, de m’exprimer et d’évoluer sans trop de pression. »
À ce sujet



