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Émilien Jacquelin (2/2) : « Vraiment accepter qui je suis »

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BIATHLON – Alors qu’il profite de quelques semaines de vacances avant d’attaquer une nouvelle préparation pour la saison 2022-2023, Émilien Jacquelin s’est confié à Dicodusport, avec la franchise et la passion qu’on lui connaît. Dans cette deuxième partie, l’Isérois évoque le futur, et notamment l’approche de l’exercice 2022-2023.


À lire aussi, la première partie de l’entretien : Émilien Jacquelin (1/2) : « La base de mon passage à vide est purement mentale »


Dans ce deuxième volet, Émilien Jacquelin évoque son programme pour les prochains mois avec la reprise de l’entraînement prévue en mai. Le Grenoblois nous parle aussi de son approche du tir qui va encore évoluer avec le retrait de sa plaque dans le poignet. Le cinquième du général du dernier exercice évoque aussi ses objectifs pour la fin de saison, l’avenir du biathlon en France et nous détaille son biathlète idéal.

Émilien, quel est le programme pour les prochains mois ?

Encore un petit peu de vacances jusqu’à début mai, moment où je vais me faire enlever ma plaque de mon poignet gauche. Je n’ai pas de douleurs, mais encore des gênes, donc j’ai hâte d’enlever cette plaque, pour tourner la page aussi : un nouveau départ. Une reprise qui se fera avec pas mal de vélo, du gravel, de la course à pied, puis les stages avec l’équipe de France à partir de juin. C’est une préparation qui est longue. J’ai mis énormément d’énergie ces trois dernières années. L’année de mon premier titre de champion du monde, il y a eu le confinement ensuite, et je n’ai pas vraiment eu le temps de couper, de savourer et de partir en vacances. J’ai eu le sentiment d’enchaîner avec la saison suivante, sans coupure. C’était en plus l’arrêt de Martin (Fourcade) et je m’étais mis beaucoup de pression par rapport à ça, mais je vais chercher mon deuxième titre sur la poursuite.

Derrière, je n’en peux plus et j’ai envie de couper, mais on est encore en confinement. Je n’ai pas le temps de me changer les idées que ça repart déjà et là, je me casse le poignet. Du coup, comme je l’ai dit avant, c’était très important de me ressourcer cette fois, et de profiter de ma coupure pour faire autre chose. J’ai envie de bien m’écouter pour cette préparation, et ne pas forcément chercher le quart d’heure en plus à la fin de la séance. Le but est d’avoir plus de fraîcheur mentale sur la saison.

Le biathlon fait partie de ces sports où la préparation est très longue, pour seulement quelques mois de compétition, comment gères-tu ce rapport ? 

Ce sont des questions que je me pose actuellement. Quand t’es jeune, c’est que du plaisir, tu es avec tes amis, tu te rends même compte que tu t’entraînes plus que tu ne cours. C’est vrai que comme je mets tellement tout, de la discipline, du sérieux, de la rigueur tout au long de l’année qu’à la fin du te demandes si tu es prêt à repartir pour un cycle de 11 mois. Ça me fait réfléchir tout ça. Je pense que notre manière de nous entraîner est bonne. Pour enchaîner les compétitions, c’est important d’avoir beaucoup d’heures d’entrainement pour tenir. Mais c’est vrai que je trouve que ce n’est pas normal qu’en mars, j’en suis déjà à vouloir que la fin de saison arrive. C’est un truc qu’il faut réussir à gérer car comme je l’ai dit plus tôt, c’est important d’avoir de la fraîcheur mentale, notamment pour le tir.

Cette année par exemple, j’ai fait quatre jours dans le sud après les JO, la forme physique était revenue et le tir quasiment. Ce n’était pas une question d’entraînement, mais d’avoir pu se changer les idées. Pareil, avant les premières Coupes du monde, je suis allé voir un match de basket de l’ASVEL, et ça permet de penser à autre chose. Je commence vraiment à comprendre comment je fonctionne. Je vois bien que mon investissement total sur chaque séance d’entraînement et sur chaque stage, me demande, un peu comme le ying et le yang, d’avoir l’opposé aussi, des moments où je déconnecte avec de la culture, de la musique, des musées ou même des jeux vidéo. J’ai besoin de ces choses pour être à 200% quand je retourne m’entrainer, et avoir la fraîcheur mentale nécessaire. Je vais essayer de jouer davantage là-dessus cette année.

Ton tir, debout et couché, a été bouleversé par ta fracture du bras, vas-tu pouvoir revenir à quelque chose de plus habituel  la saison prochaine ?

En tir, cela a été une année assez étrange. En début de préparation, j’ai fait certains choix qui n’ont pas fonctionné. J’avais décidé de changer complétement mon tir pour être plus régulier. Je voulais mettre le Émilien offensif de côté pour tenter un tir plus calme à la Martin Fourcade. Martin, c’est Martin, et moi je suis moi, ça ne m’a pas réussi, ça ne me va pas. Et surtout, ce n’est pas en six mois que je vais révolutionner un tir que je travaille depuis 10 ans, donc j’ai fait une croix là-dessus. Ma vérité, c’est en fait de m’accepter encore plus, être moi-même, et c’est comme ça que j’arriverai à être plus régulier.

Par conséquent, j’ai perdu beaucoup d’énergie en début de préparation, à travailler un tir qui n’est pas le mien, que je n’aime pas, ce qui n’était pas très plaisant. Ensuite, la blessure qui m’a empêché de tirer couché pendant deux mois. En tir debout, il y avait des douleurs, mais ça passait. Et pour le début de saison, mon frère Clément a réussi à me faire une pièce pour que je tienne la carabine d’une manière différente au niveau de mon poignet, pour que j’arrive à tirer couché. Et donc de prendre part aux courses car à un moment, le souci, c’était de savoir si je pouvais prendre le départ de la saison. Donc avec du recul, réussir ce que j’ai fait alors que peu de temps avant, je ne savais même pas si je pourrais tirer couché et prendre le départ, je suis très fier.

Après, c’est vrai que globalement, c’était compliqué au tir car par exemple, sur la position debout, il y avait beaucoup de crispation, donc ça tremblait. Et puis j’ai fait des choix audacieux. Pour le Grand-Bornand, comme je sens que le poignet va mieux, seulement deux jours avant la course, je dis au coach qu’on repasse à ma position normale sur le couché, c’est parti ! Alors que je n’avais pas tiré avec cette position depuis quatre mois et ma blessure. Mais c’est vrai que c’est comme cela que je marche, avec des risques, oser des choses ! On me dit souvent que j’ai un tir rapide, mais pour moi, il est normal. Mais c’est vrai qu’il peut être encore plus beau et régulier. Et c’est ça que je veux essayer de travailler, être en confiance et vraiment accepter qui je suis. Je n’ai pas la même manière de fonctionner que les autres biathlètes. Parfois ça me gêne car j’aimerais « être comme tout le monde », mais je suis qui je suis et je me suis développé avec cette vision du sport, donc je vais continuer.

Émilien Jacquelin en jaune à Oberhof en janvier – © Icon Sport

Pour la saison prochaine, quels sont les objectifs ? Le classement général en vue et le titre de champion du monde la poursuite à défendre ?

J’avoue qu’il y a de la frustration sur le général, même si je ne le visais pas du tout en début de saison. Ayant été deuxième depuis mi-décembre et finir cinquième, je trouve que ça ne reflète pas vraiment ce dont je suis capable de faire, et le niveau que je pouvais avoir. J’étais super content de me battre avec Quentin, avant d’exploser. La saison prochaine, j’ai envie de continuer à me battre avec lui et de jouer aux avant-postes. Ça ne dépend pas que de moi, mais aussi du niveau des autres. L’objectif, c’est d’être dans le Top 3 et de porter à nouveau ce maillot jaune. J’ai envie d’aller chercher la première place, j’ai aussi envie de garder mon titre de champion du monde et d’aller en conquérir d’autres. Il y a beaucoup d’envie et l’envie, c’est bien, mais il faut être bon après.

Simon Desthieux a récemment parlé du manque de densité du biathlon en France. Le sentiment, un peu, que quelques champions actuels masquent un manque de nombre par rapport à d’autres nations. Quel est ton avis là-dessus, et penses-tu qu’il y a un réel danger pour le biathlon français ?

Je ne sais pas s’il y a un réel danger à moyen terme, car je vois bien le travail que fait Simon Fourcade avec les jeunes. En équipe B, il y a aussi beaucoup de qualité. Mais le problème, c’est presque que ça ne tourne pas assez dans notre groupe. On était quatre au top niveau mais après, ça pourrait tourner davantage, pour donner plus d’expérience aux jeunes. Du coup, cette émulation pourrait permettre d’élever le niveau de ces biathlètes, mais aussi du groupe en-dessous, car quand les autres reviennent, ils ont envie d’être meilleurs.

La chance ou la malchance qu’on a en ce moment, c’est que l’on a un groupe qui marche vraiment très bien, on est un peu sur une génération dorée. Je pense au relais qu’on gagne à Antholz lors des Mondiaux en 2020, vingt ans qu’on ne l’avait pas gagné. C’est génial, mais est-ce une normalité pour autant ? Franchement, je ne sais pas. Moi, je sais qu’il y a énormément de jeunes avec plein d’envie et de potentiel qui sont sur les circuits nationaux en ce moment.

Après, oui, on est un sport qui n’a pas la densité de la Norvège. En France, il y a 400 licenciés. Eux, c’est une autre mentalité, que ce soit le sport en général ou le ski. Le propos de Simon, je le comprends, c’est un constat : il y a des pays avec beaucoup plus de pratiquants, c’est ancré chez eux. On est un sport où des individualités ressortent, et je pense que ça continuera à être le cas.

On a vraiment des jeunes talentueux, Éric Perrot et Émilien Claude par exemple. Après, il ne faut pas en attendre trop prématurément, car chaque athlète est différent. Quentin Fillon Maillet est là depuis longtemps, mais il est arrivé à son top à 29 ans alors que Martin Fourcade était déjà tout en haut à 22 ans et que j’ai été champion du monde à 24 ans. Chacun se développe de manière différente, et ça serait une bêtise de leur mettre la pression trop tôt. Il y a des personnes à maturité lente et le point clé, c’est de laisser aux jeunes le temps de s’exprimer et de se développer au plus haut niveau.

Simon Desthieux : « On a des résultats mais c’est léger en termes de densité »

Du coup, le problème, c’est peut-être que finalement, il y a trop peu de places en Coupe du monde pour les grosses nations. Cela ne facilite pas les roulements. 

C’est exactement ça. On voit le souci chez les Norvégiens, il y a des biathlètes d’expérience et de qualité qui sont bloqués sur le circuit inférieur, en IBU Cup. C’est peut-être à l’IBU de réfléchir à un système pour que certains athlètes puissent monter plus souvent, et notamment pour les grosses nations. Je pense au cyclisme que j’adore, ils ont eu les équipes nationales, mais sont ensuite passés aux structures privées. On n’en est pas là du tout, mais si le biathlon continue à se développer, ça pourrait être la solution pour avoir plus d’athlètes, et plus de compétitivité. Moi, j’aime bien l’idée, ça serait fun d’avoir des équipes avec un Norvégien, un Français et un Allemand par exemple. La réflexion, c’est de se dire qu’il y a 6 athlètes par nation, mais comment fait-on si on en a 12 de top niveau ? Ce sont des questions qui se poseront un jour, mais pour le moment, je n’ai pas les réponses.

Si tu devais me composer le biathlète idéal toutes générations confondues, en prenant en compte le ski, le tir couché, le tir debout et le mental ?

Le ski de Johannes Boe, car c’est la pureté sa manière de skier, et je pense qu’il n’y a jamais eu plus rapide que lui dans l’histoire du biathlon. Ole Einar Bjoerndalen peut-être, mais même à son prime, je pense que Johannes est plus fort.

Le mental de Martin Fourcade. Sa carrière suffit à prouver le sang-froid qu’il a eu et cette volonté sur chaque course d’être le meilleur.

Le tir couché d’Erik Lesser ! Sa statistique est incroyable cette saison, avec 96% de réussite au couché, c’est incroyable sachant qu’en plus, il tire vite.

Le tir debout de Quentin Fillon Maillet. Impressionnant cette année de sang-froid et de qualité, il a vraiment passé un cap sur ses tirs debout. Plus les courses avançaient, plus il avait confiance, et tout rentrait.


Passionné de sport et entrepreneur depuis mes 18 ans, la création de Dicodusport m'a semblé évidente pour participer à la médiatisation d'un plus grand nombre de sports. Le chemin est long mais avec une équipe des plus motivées et les Jeux Olympiques de Paris 2024 en point de mire, nous y arriverons ! Journaliste dans le monde du sport depuis plus de 5 ans, je traite aussi bien de football, de rugby, de biathlon et de cyclisme.

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