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Émilien Jacquelin (1/2) : « La base de mon passage à vide est purement mentale »

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Émilien Jacquelin (12) La base de mon passage à vide est purement mentale
Photo Icon Sport

BIATHLON – Alors qu’il profite de quelques semaines de vacances avant d’attaquer une nouvelle préparation pour la saison 2022-2023, Émilien Jacquelin s’est confié à Dicodusport, avec la franchise et la passion qu’on lui connaît. Ce bel entretien avec le numéro 2 français de la dernière saison de biathlon, vous sera proposé en deux parties. 

À lire aussi la deuxième partie de l’entretien : Émilien Jacquelin (2/2) : « Vraiment accepter qui je suis »

Dans ce premier volet, Émilien Jacquelin tire le bilan de sa saison et revient notamment sur son passage à vide début 2022, en expliquant les causes de ce moment difficile. Le champion français évoque aussi son besoin de se ressourcer, la santé mentale des athlètes et la dureté des réseaux sociaux.

Émilien, la saison est terminée depuis quelques semaines, comment ça va ?

Ça va de mieux en mieux. J’arrive à digérer la saison et les dernières semaines qui ont été compliquées et longues de mon point de vue. Je profite, je fais des choses que j’aime, je vois mes proches et ma famille. Je me rends compte au fur et à mesure de ma carrière que ce sont des choses qui sont importantes pour moi. J’ai besoin de ces moments-là pour être performant les jours J. Je me ressource avant de reprendre la préparation au mois de mai.

On t’a vu aux États-Unis et dans des salles NBA, peux-tu nous raconter un peu cette expérience ?

L’expérience du sport américain et de la NBA, c’est assez incroyable. J’aime beaucoup ces sports ou ça reste un show, où il y a du spectacle, et c’est d’ailleurs de cette manière que j’aime courir. Pour le basket, ça me parle beaucoup, je trouve ça très intéressant, car il y a beaucoup de similarités avec le biathlon. C’est un sport sui demande de l’adresse, du sang-froid, de la confiance en soi, de la forme physique et de la technique. Et puis il faut garder confiance, même quand ça ne rentre pas. C’est pour cela que j’aime regarder du basket. Et puis le Madison Square Garden, c’est une salle magnifique, l’ambiance était juste dingue. J’ai vraiment passé un bon moment !

Pour en revenir au biathlon, avec un peu de recul, quel regard portes-tu sur ta saison ?

Avec du recul, je suis quand même assez fier de moi. Le 1er août, je me casse le poignet, c’est une vraie blessure, la première de ma carrière, je ne savais pas du tout où j’allais. Le premier truc que je me suis dit quand je suis tombé, c’est « la saison et les Jeux Olympiques, c’est mort ». Il y avait beaucoup de fatalisme, et je pense que cela a été une manière de me protéger. Derrière, cela m’a coûté beaucoup d’énergie pour continuer à y croire et à aller de l’avant.

Du coup, j’ai le sentiment que la saison a débuté le 1er août, car à partir de ce moment-là, j’étais encore plus sérieux. Chaque séance n’était pas importante, mais ultra-importante. Ce sont des efforts que j’ai payés par la suite dans la saison. Mais c’était déjà une réelle fierté de revenir au plus haut niveau, car tous les gars en face de moi ont eu des préparations parfaites.

Finalement, je suis très fier d’avoir retrouvé mon niveau et d’avoir réalisé un magnifique mois de décembre. Je voulais revenir plus fort sur les skis, et je l’ai fait. Il y a beaucoup de positif. Après, c’est vrai que j’ai toujours tendance à voir le verre à moitié vide, parce que j’ai ce souci du détail, je suis plus perfectionniste que compétiteur. C’était important pour moi de tirer du positif de cette saison malgré tout, j’ai porté le maillot jaune, le rouge, je me suis installé, j’ai montré mon niveau. Mais voilà, j’ai manqué de naturel au niveau du tir pour exprimer tout mon potentiel.

Émilien Jacquelin sur le podium olympique du relais hommes avec Quentin Fillon Maillet, Fabien Claude et Simon Desthieux – © Icon Sport

Tu as eu ce passage à vide à partir du mois de janvier, est-ce que finalement, il était plus mental que physique ?

La base est purement mentale ! Même dans ma vie personnelle, comme j’aime le dire, il n’y a pas d’excuse, mais il y a des causes. Ça a été difficile pour moi ce passage. On parle souvent de la force mentale qui permet à un athlète d’être encore meilleur, mais ça marche aussi dans le sens inverse. Quand on ne se sent pas bien, notre corps crée du stress, on devient moins performant et c’est un cercle vicieux. À un moment, le mental, et surtout le négatif, avait pris le dessus, et ça n’a fait que de se développer. Je n’ai pas vraiment réussi à inverser la tendance sur la suite de la saison.

Même si après les JO, j’ai retrouvé un peu d’énergie mentale et physique, et même du plaisir sur le pas de tir. Mais à ce moment-là, j’étais déjà déçu et frustré de la période que je venais de vivre, avec notamment les JO. Je ne sais pas si j’avais les moyens de gérer tout cela différemment, mais je l’ai vécu comme je devais le vivre, j’ai ce sentiment en tout cas. Je le prends comme une très bonne expérience, ça me servira pour l’année prochaine.

Cela me permet d’évoquer l’aspect mental dans le sport de haut niveau, souvent sous-estimé par les observateurs et le grand public. À quel point cet aspect est important dans une performance sportive ? Et comment le travailles-tu ?

Surtout sur une saison où tu vises un classement général, tous sports confondus, le mental a une part énorme dans la performance. C’est-à-dire la capacité à pouvoir performer chaque jour, même quand ça va moins bien. Je travaille dessus pour être meilleur à ce niveau. C’est vrai que ça m’attriste toujours un peu quand je vois certaines critiques, car on oublie très souvent l’aspect mental, alors qu’un sportif de haut niveau est un humain comme un autre, et peut-être même plus fragile. Car le résultat importe tellement pour l’estime de nous-même, qu’une contre-performance peut vraiment nous affaiblir. Ce n’est pas anodin que de nombreux sportifs de haut niveau partent en dépression en carrière, ou en après-carrière. Il y en a de plus en plus en carrière maintenant, mais c’est aussi parce qu’avant, c’était un peu tabou, de montrer ses faiblesses, de dire que mentalement, c’était compliqué.

Personnellement, je n’ai pas peur de dire que j’ai des hauts et des bas, je suis comme n’importe quelle autre personne. Je trouve que justement le sport de haut niveau est là pour montrer que l’on peut réussir malgré certaines faiblesses. Le sportif de haut niveau n’est pas forcément un Michael Jordan, un Martin Fourcade ou un Quentin Fillon Maillet. Ce sont des personnes qui sont exceptionnelles dans leur manière de voir le sport et leur rigueur. Mais ce n’est pas une finalité, tu peux réussir dans le sport de haut niveau en étant toi-même.

La dureté des réseaux sociaux est aussi un vrai sujet, comment gères-tu cela ?

Ça a pu me toucher l’an dernier par exemple. Tout est une question de point de vue. C’est un tout entre moi comment je performe, ce que j’attends de ma saison, ce que les médias attendent et les fans attendent. Quand tu fais un podium ou un Top 5 et que t’es malgré tout critiqué, je trouve que ça commence à être gênant, car quand t’es sportif de haut niveau, tu passes plus de temps à ne pas être sur la plus haute marche du podium que l’inverse. Après, les réseaux sociaux, de manière générale, je trouve que ça pousse à dire tout et n’importe quoi. Je pense que c’est un réel souci, mais encadrer tout, cela parait compliqué. C’est peut-être en mettant plus de personne au sport qu’ils se rendront compte, en fait, de la difficulté que c’est de faire ce sport, et de toutes les qualités que cela demande. Peut-être qu’ils auraient plus de bienveillance avec les athlètes ensuite.

Mais c’est vrai que ça fait mal au cœur de voir des championnes et champions comme Mikaela Shiffrin se faire descendre comme ça, ou même Alexis Pinturault avec les JO. Et puis pour moi, les échecs, ça rend un sportif encore plus humain, plus proche des personnes qui peuvent le suivre. Le sport, ce n’est pas que des performances, mais aussi des histoires. Et ces histoires sont mêmes parfois plus belles avec des défaillances. Pour en revenir aux réseaux sociaux et la méchanceté qu’il peut y avoir, c’est vrai que j’essaye de lire de moins en moins. L’hiver, j’ai tendance à supprimer quelques applications, et ça fait du bien.

Rendez-vous mardi 19 avril à 16 heures pour la deuxième partie de l’entretien, où il sera question de la préparation à venir, de ses objectifs pour la prochaine saison ou encore de l’avenir du biathlon en France. Dans ce second volet, le double champion du monde de la poursuite vous donnera aussi son biathlète idéal. 


Passionné de sport et entrepreneur depuis mes 18 ans, la création de Dicodusport m'a semblé évidente pour participer à la médiatisation d'un plus grand nombre de sports. Le chemin est long mais avec une équipe des plus motivées et les Jeux Olympiques de Paris 2024 en point de mire, nous y arriverons ! Journaliste dans le monde du sport depuis plus de 5 ans, je traite aussi bien de football, de rugby, de biathlon et de cyclisme.

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christophe GUILLOUX
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christophe GUILLOUX

Tu as raison, il faut s’accepter tel que l’on est, c’est pas une tare, il faut plutot voir ca comme un atout


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