Entre le matériel, les stages et la nutrition, le coût d’une carrière de haut niveau
MULTISPORTS – Derrière les médailles, une carrière de haut niveau, c’est beaucoup de temps, mais aussi beaucoup d’argent à dépenser. Et contrairement aux idées reçues, tous les sportifs ne gagnent pas des millions d’euros. Ils nous ont détaillé leurs différents postes de dépenses majeures.
Mbappé, Messi, Ronaldo, Neymar… ces footballeurs gagnent, chaque année, plusieurs millions d’euros. Mais ils sont loin de représenter la majorité. Parmi les sportifs français qui disputeront les Jeux Olympiques l’été prochain, il est estimé qu’environ 1/3 est en situation de précarité. C’est la raison pour laquelle la Fondation du Sport Français a organisé, le 22 novembre dernier, un Pacte Dating à l’INSEP. Pendant une soirée, les sportifs ont pu créer des liens avec des entreprises afin de nouer des partenariats et poursuivre leur rêve de médaille olympique.
Les déplacements, le poste de dépense numéro 1 des sportifs
Pour atteindre le meilleur niveau, il faut se confronter aux meilleurs athlètes. Cela implique de disputer les manches de coupe du monde et donc de se déplacer dans les cinq continents du globe.
« Une saison coûte 35 000 €, révèle Lison Gautron, grimpeuse spécialiste de la vitesse. Se déplacer est ce qui coûte le plus cher ». Basée à Toulouse, elle est venue spécialement à Paris pour la soirée. « C’était important pour moi de venir rencontrer les entreprises pour créer des contacts et éventuellement trouver des partenaires financiers pour m’accompagner dans mon projet. » Récemment, pour partir en compétition, elle a dû, elle-même, payer son déplacement. « Il y a une manche de Coupe du monde, où pour y aller, nous avons dû sortir de l’argent. C’était un budget qu’il fallait trouver. Finalement, on a eu des aides pour combler le trou, mais c’était un moment où il fallait trouver de l’argent ».
Pouvoir effectuer des stages est tout aussi important dans la progression. Les pentathlètes se rendent régulièrement en altitude, à Font-Romeu : « Ça a un certain coût de partir trois semaines en stage, expose Ugo Fleurot. De nombreux athlètes ne peuvent pas se le permettre alors que les bienfaits peuvent être énormes. Ce financement-là permet justement de pouvoir partir en stage, et donc de pouvoir s’améliorer ».

Matériel et nutrition
Le pentathlon moderne se démarque aussi par ses cinq disciplines complètement différentes (escrime, natation, équitation, course et tir), qui nécessite des équipements complètements variés. Comme dans de nombreux sports, le matériel permettant de pratiquer doit aussi être financé. C’est le cas en voile, comme le détaille le skippeur Martin Kowalski, qui navigue en Laser, un petit dériveur de 4 mètres de long « Une saison coûte 20 à 25 000 €. Et un bateau complet avec la voile, la coque, etc, c’est autour de 11 000 € ». La moitié.
En tant que sportif, le matériel, c’est également son propre corps. Il est donc important d’en prendre soin. Encore plus pour ceux qui pratiquent une activité avec des catégories de poids, comme le témoigne l’haltérophile Marie-Josèphe Fegue : « La nutrition est très importante chez nous. Avec les temps qui sont devenus durs, cela nous oblige à manger des burgers. Pourtant, ce n’est pas ce qu’il faut pour le corps. La nourriture représente un budget de 200 € par mois, pour moi toute seule. Parce qu’il faut manger tous les jours, matin, midi et soir. En sachant que les plats doivent être complets avec des aliments de bonne qualité ».
Vivre comme chaque citoyen
Au-delà de leur carrière de sportif, les jeunes athlètes sont comme les autres citoyens de leur âge. « J’ai 22 ans et comme je ne suis pas interne, je vis dans un appartement en dehors de l’INSEP, explique la judokate Coralie Haymé. Mais j’aimerais être indépendante financièrement et ne plus être sous la tutelle de mes parents. Je veux vivre de mon sport ». Avec 8 médailles – 2 en or, 3 en argent et 3 en bronze, le judo est la discipline qui a rapporté le plus de médailles des Jeux Olympiques de Tokyo en 2021. Pourtant, « pas mal de judokas qui font partie des meilleurs français et Françaises ne vivent pas encore du judo », déplore-t-elle.
Ryan Zézé, a déjà participé aux Jeux Olympiques sur les épreuves de sprint en athlétisme. Pour autant, il se sent complètement concerné. « J’ai dû rentrer aux États-Unis et vivre chez mon frère toute la saison estivale, car je n’avais pas les moyens. Sinon, je n’aurais pas pu m’entraîner, ni avoir accès à des salles ou des pistes d’athlétisme. Je dois vivre au jour le jour et compter l’argent. C’est un poids ». L’athlétisme est le sport roi aux JO, mais les athlètes sont loin de vivre dans des royaumes. Nombreux sont les athlètes qui lancent des cagnottes pour financer leur carrière.

Trouver un emploi
Ce Pacte Dating ne permettait pas seulement de nouer des partenariats ou d’être financé avec du mécénat. Certains sportifs parviennent également à se faire embaucher pour travailler en parallèle à leurs entraînements. C’est par exemple le cas de Malina Vongsavady. L’escrimeuse travaille depuis novembre 2022 à la Délégation Générale des Relations Internationales (DGRI) à mairie de Paris : « Je travaille à 30 % et ils sont annualisés en fait. Sur les grandes périodes, avec des déplacements qui peuvent aller jusqu’à 10 jours, je ne suis pas présente, donc, en rentrant, je vais aller travailler plus que d’habitude ».
Trouver un travail n’est pas nécessaire uniquement pendant la carrière. Ça l’est d’autant plus après. « Sportif, ça ne dure qu’un temps, donc il faut aussi savoir ce qu’on va faire plus tard, rappelle Ugo Fleurot. Être ici permet d’avoir un premier échange avec des entreprises qui nous présentent ce qu’il faudrait faire pour pouvoir potentiellement intégrer leur entreprise. » Il n’a pourtant que 22 ans et sa carrière ne fait que commencer. Mais c’est aussi ça être sportif de haut niveau.


