Euro 2017 – Groupe C : L’Autriche plonge dans le grand bain européen et ne coule pas
Les Autrichiennes n’ont pas raté leur entrée dans leur histoire footballistique. Premier match dans une compétition internationale pour ces tuniques blanches hier, convaincantes dans leur numéro technique, engagé, collectif, vainqueur 1 but à 0 de Suissesses peu inspirées.
Deux équipes, une première
Le 18 juillet 2017, à 18 heures, au Stadion De Adelaarshors, commença l’histoire internationale d’une équipe d’Europe centrale, l’Autriche, qui jusqu’alors n’était restée qu’aux portes de la cour des grandes. C’est dire si cette bande d’audacieuses aurait pu se trouver lestée par une pression légitime, une inexpérience excusable.
En face, une formation helvète pas beaucoup plus aguerrie aux grands rendez-vous, il s’agit aussi de sa première participation à un Euro. Néanmoins, la participation à la Coupe du Monde 2015 démontre que ce petit pays tout en montagnes a déjà pris certaines habitudes, en plus de battre régulièrement l’Autriche, affiche certaines ambitions aussi, avec ses internationales qui évoluent dans de grandes formations européennes : Ramona Bachmann à Chelsea, Vanessa Bürki et Viktoria Schnaderbeck au Bayern, Lara Dickenmann à Wolfburg, Sandra Betschart à Fribourg et Rahel Kiwic à Postdam.
Etait-ce la légendaire tranquillité suisse ? Etait-ce un excès de confiance ? Les tuniques rouges ont entamé le match sur un rythme paisible, comme on mène le troupeau à l’estive, de loin, sûr qu’il trouvera lui-même le chemin.
Gare aux louves
Le but planté par Nina Burger a la 15ème minute ne fut ni contre le cours du jeu, ni une punition injuste. Un mauvais dégagement de la gardienne suisse Gaëlle Thalmann, interception, de Sarah Zadrazil, ouverture fabuleuse de précision, sur Nina Burger. Lancée, l’attaquante ne trembla pas, elle attendit le dernier moment pour fixer la portière suisse, l’ajuster magistralement.
Pas de réaction suisse pour autant.
Omniprésente Ramona Bachmann, qui jouait plus les meneuses que les avant-centres, distribuant le jeu surtout vers l’arrière, afin de repartir, paisiblement sur un schéma de jeu, calme, pas trop rapide surtout. Dans ces lignes parfois un peu brouillonnes, la capitaine helvète, Caroline Abé, a quelques fois su trouver des ouvertures intéressantes pour ses attaquantes (23ème), et un retourné de la Suissesse Fabienne Humm, suite à un service précis de Ramona Bachmann, nous aura bien laissé le temps de détailler chaque phase du geste, le ballon allant finalement mollement mourir dans les gants de la gardienne autrichienne Manuela Zinsberger.
Les dérèglements de l’horloge suisse
Parfaitement regroupées, n’allant pas chercher trop haut leurs adversaires, les Autrichiennes de Nina Burger, jouèrent d’abord au diapason, coulissant paisiblement d’un côté, de l’autre. Elles surent rapidement dérégler cette horlogerie suisse ronronnante : pressing plus agressif, autorité dans les duels, deux joueuses, systématiquement sur la porteuse de balle.
C’est alors que tout partit a volo : les défenseuses Caroline Abé et Ana-Maria Crnogorčević commirent d’inquiétantes imprécisions, entre relances ratées, et mises en difficulté de leur propre gardienne, c’est alors que Ramona Bachmann se convainquit que par elle-seule viendrait le salut, ce qui n’est jamais bon signe, c’est alors qu’on vit une avalanche de tirs aussi lointains que désemparés, comme si, avec une aide divine, cela pourrait troubler une Manuela Zinsberger, bien à son aise dans ses buts.
Autriche : des aguets à l’abordage.
Sarah Puntingam remporta la bataille du milieu de terrain, Nicole Billa à ses côtés, et surtout, le festival Laura Feiersinger / Nina Burger commença. Nous étions aux abords de la trentième minute de jeu en première mi-temps. Accélérations de Laura Feiersinger, comme autant de trous dans le gruyère de la défense suisse. Ouvertures lumineuses, et, comme par enchantement Nina Burger à la réception (37ème, 39ème minute). Si l’on, ajoute à cela une défense solide, à l’image de Katharina Schiechtl, on imagine l’impatience des Suissesses à retrouver le vestiaire.
On prend les mêmes, on recommence
Que dire de la seconde période ?
Copie conforme de la première, en plus outragée. L’engagement autrichien ne faiblit pas d’une once, les errements suisses devinrent irritants, entre une Ramona Bachmann toujours aussi entêtée, une Rahel Kiwic commettant l’irréparable sur Nina Burger, la jetant à terre au moment où sa promptitude la conduisait seule au but. Sanction immédiate : carton rouge.
Une adversaire de moins, cela ne permit pas aux Autrichiennes de marquer de nouveau, mais de s’essayer à différentes combinaisons, où s’illustrèrent Sarah Zadrazil, Viktoria Schnaderbeck, nouvellement entrée, l’étonnante Laura Feiersinger, et la véloce Nina Burger. Les remplaçantes suisses ne changèrent pas la donne. Ces Autrichiennes, ce soir-là, en voulaient plus. Plus de collectif, plus d’agressivité, plus de précision.
Les dix dernières minutes auraient dû être celles de la gestion du temps. Mais il s’agit d’une prérogative suisse, et les tuniques blanches, portées par la force dont elles se sentaient certaines, continuèrent d’attaquer encore, et Nina Burger, et Viktoria Schnaderbeck, et Viktoria Pinther.
Le prochain match les opposera à nos Bleues. Cette sélection autrichienne n’est pas fébrile, n’a rien à perdre, devra confirmer la délicieuse empreinte laissée au Stadion De Adelaarshors. Nos filles sont elles-aussi à présent lancées. Attention au syndrome suisse !



