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Euro 2017 Féminin

Euro 2017 – Groupe C : Les Bleues, face, pile, et match nul

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France Autriche

Les Bleues n’ont pas trouvé l’antidote à leurs fragilités. Face à l’Autriche, elles montrèrent de belles intentions et d’inquiétantes faiblesses. Le résultat nul, un but partout entre les deux équipes, offre un premier exploit à la formation autrichienne, en quête de références pour orner sa jeune histoire. Pour la France, c’est un premier revers.

Lorsque le coup de sillet de l’arbitre retentit dans le ciel pluvieux d’Utrecht ce samedi 22 juillet, figeant pour les annales ce score nul de un but partout entre la France (3ème nation FIFA) et l’Autriche (24ème), il y eut sur nos lèvres la moue des jours de pas assez.

Nous avions quitté nos Bleues soulagées de s’être tirées du piège islandais. Nous nous étions quittés, confiants,  certains que nos filles étaient sur les bons rails, que ce ballon de Le Sommer, agitant les filets islandais, à la 85ème minute, constituait LE déclic.

Et c’est ce que nous avons cru hier soir, pendant vingt minutes.

Quand Thiney et Henry vont, tout va

Gaëtane Thiney (crédit Ouest France)

Les changements dans le onze de départ opérés par le sélectionneur tricolore Olivier Echouafni se révélaient payants. Défense nette, Eve Perisset et Griedge M’Bock Bathy, préférées à Sakina Karchaoui et Laura Georges, prenaient leurs marques rapidement, Grace Geroyo fit preuve de  disponibilité en milieu de terrain, et en attaque, place aux expérimentées, Marie-Laure Délie et Gaëtane Thiney, indispensable, navigant entre les lignes de l’attaque et du milieu de terrain, décrochant, orientant le jeu, feu follet offensif au repli défensif inné.

Durant ces vingt premières minutes, la France laissa à Henry, toujours intenable, et Thiney l’organisation de ses attaques, Bussaglia étant un peu moins en vue, toujours en rodage, Le Sommer, cernée par la défense, comme un enfant turbulent que l’on surveille.

Elise Bussaglia (crédit Outre-Mer 1ère)

Tout fonctionnait, la science de la construction française, patiente, appliquée,  usait le bloc autrichien. La somptueuse ouverture de Jessica Houara d’Hommeaux pour Grace Geroyo (13ème), le centre au cordeau de Thiney pour Délie (16ème) et la frappe de cette dernière, le carton jaune de Feiersinger, l’incapacité de l’Autriche à poser une attaque,  avaient de quoi inquiéter la gardienne Zinsberger, promise à une soirée au cœur de la mitraille.

De la malédiction de la 22ème

Puis il y eut la 22ème minute. Dans le Stadion Galgenwaard d’Utrecht, elle délimita les deux faces de nos Bleues. De face, passèrent à pile.

La gardienne française Sarah Bouhaddi en fut l’illustration.

Balle au pied, elle relança, pensa trouver sa joueuse, tomba sur Nicole Billa, qui n’en espérait pas tant. Transmission millimétrée à Feiersinger, qui, lancée à vive allure, ne parvint à se montrer dangereuse. Et pour cette erreur dont on se félicita en notre for intérieur qu’elle soit sans dommage, on n’en mesura pas les dégâts.

Les temps qui suivirent furent autrichiens. Les Bleues, fébriles, produisirent un jeu haché, inquiet, et l’adversaire, qui avait passé de trop longues minutes à faire le dos rond, à tenir tant bien que mal le milieu de terrain, surgit de toutes parts. Deux joueuses sur la porteuse de balle, et la tête de Makas captée par Bouhaddi fut un premier avertissement (25ème).

Car trois minutes plus tard, cette même Makas, exploita à merveille une phase de jeu honnie par nos filles. Touche longue plantée dans la surface, cafouillage de la défense bleue incapable de dégager, Thiney surprise, et, en embuscade, Makas surgit, frappe. Bouhaddi, masquée, en retard, ne peut que sentir cette balle puissante frôler l’extrémité de ses gants.

But autrichien (crédit UEFA)

France 0 – Autriche 1. Sans même avoir eu recours au talent de Burger.

Les Bleues en ordre dispersé

On ne peut pas dire que nos filles n’ont pas essayé. De l’engagement physique il y en eut. Des tacles autoritaires, des courses à perdre haleine, des corps à corps. Tout échoua. La faute à une dernière passe trop imprécise, puis, peu à peu, à une activité toujours plus lente, comme un corps se nécrose. Le Sommer sans ballon, Thiney étouffée, Houara D’Hommeaux, déréglée, même Henry se laissa aller à quelques gestes maladroits inhabituels. A l’inverse, Bussaglia sembla montrer des signes d’éveil, qu’elle confirmera en seconde mi-temps.

La tête expiatoire d’Amandine Henry

Au retour des vestiaires, on crut assister à un remake de nos regrettées vingt premières minutes. Bussaglia confirma ses meilleures dispositions, expédiant une frappe puissante, juste au-dessus des cages de Zinsberger (47ème), Le Sommer se lassa de son hibernation, tenta de prendre les choses en main, par un service à destination de Grace Geroyo malheureusement hors-jeu (49ème). Et puis, comme face l’Islande, tout changea grâce à Amandine. A la 51ème, sur un corner de Bussaglia, la voilà qui s’élève dans les airs, envoie un coup de tête expiatoire de toutes les frustrations françaises. Le ballon gicle dans les filets. C’est son 7ème but en bleu, et si une joueuse méritait de marquer ce soir-là, c’était elle.

Amandine Henry marque (crédit Libération)

Les Bleues tentèrent toutes les combinaisons, les centres de Périsset devinrent plus dangereux (61ème), Renard veilla, impériale en défense, Bussaglia orchestra le milieu de terrain, suppléant Thiney que l’on vit de moins en moins, Henry continua de placer ses têtes, ses frappes magistrales comme à la 59ème, où, de l’extrémité gauche de la surface, servie par Le Sommer, elle expédia la balle dans la lucarne droite de Zinsberger, déviée d’un souffle par la gardienne autrichienne sur la barre transversale. Olivier Echouafni effectua des changements. Il sortit Houara d’Hommeaux (63ème), trop imprécise, fit entrer Sakina Karchaoui, Thiney pour Diani (69ème), Bussaglia pour Abily qui honorait sa 181ème sélection (78ème).

Le piège du faux rythme

Les nouvelles entrées se montrèrent précieuses dans l’animation du jeu, et l’on se régalait devant la technique  de Diani, qu’elle avait cachée contre l’Islande. Dans la fin de match tendue qui se profilait, elle pesa. Sa puissante frappe à la 84ème minute, sur un bon service d’Amandine Henry, aurait mérité de trouer les gants de Zinsberger.

Kadidiatou Diani (crédit Huffington Post)

La France pousse, les démons reviennent, errements des faux rythmes dont l’adversaire raffole.

Etonnantes Autrichiennes que l’on aurait pu croire impressionnées pour leur première participation à l’Euro. Elles surent correctement lire les signaux de détresse envoyés par leurs adversaires. La tête d’Aschauer (60ème) non cadrée, la frappe vicieuse de Prohaska à la 77ème (entrée à la place de la buteuse Makas) incarnent leur opportunisme.

Une certitude : vaincre la Suisse

Lorsque les ultimes secondes, empressées, s’écoulèrent, Délie se libéra des griffes de la défense pour s’appuyer sur Abily offrant deux actions qui auraient pu nous sourire (88 et 89ème). Mais la conclusion, toujours la conclusion. Au-dessus. A côté. Dévié.

Lorsque le coup de sillet de l’arbitre retentit dans le ciel pluvieux d’Utrecht vers 22h35, ce samedi 22 juillet, figeant pour les annales ce score nul de un but partout, les Autrichiennes sautèrent de joie, se prirent dans les bras, firent des rondes et des sauts de cabris. Qualification à leur portée, première place du groupe peut-être acquise, elles défieront pour l’ultime match de groupe, les Islandaises, que l’audace de Makas et l’égalisation d’Henry auront éliminées ce soir.

Côté français, question certitudes, on ne s’appuie sur rien de plus que l’élimination de l’Islande. Les triomphales Suissesses de Ramona Bachmann et Lara Dickelmann seront ultime révélateur de ce que nous sommes réellement. Mercredi 26 juillet, l’élan et l’euphorie face aux doutes et à la fébrilité.

Camille Cordouan


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