F1 : Après une année 2024 tumultueuse, quelle saison 2025 pour Alpine ?
FORMULE 1 — Relation étincelante entre deux coéquipiers français, manque de performance et erreurs stratégiques, exploit à São Paulo et bataille au championnat constructeurs : la saison 2024 d’Alpine en Formule 1 a été mouvementée. De nombreux changements pourraient venir impacter le cours des évènements en 2025 et après, mais dans quel sens ?
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Après une saison 2023 dans la moyenne, marquée par les départs du directeur général Laurent Rossi, d’Alan Permane et de Pat Fry, Alpine avait pour ambition de remonter dans le top 4 du championnat constructeurs en 2024. La réalité fut tout autre. Entre difficultés de management, fiabilité aléatoire et communications douteuses, la collaboration entre Enstone et Viry-Châtillon aura fait de nombreuses étincelles.
Pour si peu… (de points)
Il aura fallu attendre le Grand Prix de Miami, sixième GP de la saison, pour qu’Alpine marque son premier point. Esteban Ocon termine dixième, tandis que Lando Norris (McLaren) remporte au même moment son premier Grand Prix. À Monaco, c’est au tour de Pierre Gasly de marquer son premier point de la saison. Le Grand Prix de la Principauté aura été marqué par la victoire du natif Charles Leclerc (Ferrari), et par le drama Alpine. Qualifiés dixième et onzième, les deux pilotes Français avaient une consigne claire : pas d’accrochage, pour maximiser une chance de finir dans les points. C’est raté ! Au premier tour, Pierre Gasly et Esteban Ocon s’accrochent, sortant ce dernier de la course.
Le Team Principal, Bruno Famin, réagit quelques minutes plus tard, alors que le Grand Prix n’est pas terminé : il veut « trancher dans le vif ». La semaine suivante, Alpine annonce le non-renouvellement d’Esteban Ocon, montrant des différends sous-jacents depuis un moment. L’équipe tricolore stagne donc à deux points après huits Grands Prix. La semaine suivante, au Grand Prix du Canada, nouveau problème de consigne d’équipe. Il est demandé à Esteban Ocon de laisser passer son coéquipier, qui tente de dépasser Daniel Ricciardo (Racing Bulls), et qui lui rendra la place s’il échoue. À un tour de l’arrivée, alors qu’il n’a pas réussi à dépasser l’Australien, Pierre Gasly garde la neuvième place, devant Ocon dixième.
Dans l’ombre, de nombreux changements structurels se préparent et s’opèrent déjà. À Barcelone, Flavio Briatore, ancien directeur de Renault F1, est de retour dans le paddock, prenant le rôle de conseiller chez Alpine. Ce même week-end en Espagne, les deux pilotes terminent dans les points pour le deuxième week-end consécutif. À Spa-Francorchamps, Alpine annonce que Bruno Famin, actuel Team Principal, quitte son rôle pour se concentrer sur Viry-Châtillon et le moteur Renault. Il est remplacé par Oliver Oakes, Team Principal d’Hitech (Formule 2), lors de la pause estivale. Côté pilote, Esteban Ocon est annoncé chez Haas, qu’il rejoindra dès les tests de post-saison à Abu Dhabi en décembre.

Une once d’espoir
La monoplace étant trop lourde en début de saison, il était compliqué pour les deux pilotes de créer la différence en course. Pourtant, au fil de la saison et des améliorations, les Normands ont su tirer le meilleur de leur voiture, trouvant certaines clés en qualifications. Esteban Ocon est P4 au Brésil, Pierre Gasly se qualifie P3 à Las Vegas, puis cinquième au Qatar. En course, ce dernier aura terminé neuf fois dans les points, contre cinq pour Ocon. Après la tournée européenne, Alpine est derrière Williams au championnat.
C’est le Grand Prix du Brésil qui changera la donne, créant surprise et espoir dans l’équipe française. Après le report des qualifications au dimanche matin, Ocon est quatrième sur la grille, Gasly quinzième. En course, ce dernier remonte à la neuvième place, avant la faute de Nico Hülkenberg (Haas), qui déclenche une voiture de sécurité virtuelle. Les leaders Norris et Russell s’arrêtent, tandis que les monoplaces rose et bleue restent en piste. Esteban Ocon est en tête, lorsqu’un torrent de pluie force la voiture de sécurité à sortir sur la piste. Franco Colapinto (Williams) fonce dans le mur, la commission de course sort le drapeau rouge : le top 3 composé d’Ocon, Verstappen et Gasly peut changer ses pneus gratuitement. Le Grand Prix reprend, et Max Verstappen (Red Bull) prend l’avantage sur Esteban Ocon. Les pilotes Alpine sont maintenant deuxième et troisième.
Ils garderont ces positions jusqu’à l’arrivée. Pour la première fois depuis 1997, deux Français partagent un podium, offrant à Alpine le point culminant d’une saison très compliquée. Grâce aux 35 points récoltés, l’écurie française remonte de trois places au championnat constructeurs, se plaçant devant Haas.

Arrêt du moteur Renault, Ocon remercié sans la manière : fin de saison polémique
Autre annonce cruciale de la saison d’Alpine : l’arrêt du moteur Renault. Après plusieurs décennies en Formule 1, le moteur Renault et l’expertise d’un moteur français ne seront plus de la partie dans la catégorie reine à compter de 2026. Alpine abandonne son moteur et mise sur celui du constructeur allemand Mercedes, plus performant à l’heure actuelle. En plus de contrarier une part importante des fans de sport automobile français, le non-renouvellement a également entrainé un mouvement de grève à Viry-Châtillon, l’abandon menaçant de nombreux postes.
Si certains estiment que celui-ci est la raison principale des problèmes de l’écurie, le changement prouvera, ou non, en 2026, si le problème n’était pas autre. 2025 sera la dernière année Alpine/Renault, et il convient de terminer en beauté.
Enfin, alors qu’il est l’unique vainqueur de l’équipe depuis son retour en F1, Esteban Ocon a été remercié une course plus tôt que prévu, n’effectuant pas le Grand Prix d’Abu Dhabi. D’après l’écurie, ce dernier aurait accepté de laisser sa place à son remplaçant la saison prochaine, Jack Doohan, afin qu’Alpine lui autorise à participer aux tests de post-saison avec Haas. On notera tout de même que Carlos Sainz, lui aussi quittant son écurie Ferrari, a pu participer aux tests avec Williams, qu’il rejoindra pour 2025. Comme au-revoir, Alpine laisse à Ocon un simple post “Merci Esteban”, au regret de nombreux fans.
Thank you, Esteban ❤
We’ve shared some special memories together and wish you all the best for your next chapter. pic.twitter.com/PXdHdAjIRv
— BWT Alpine Formula One Team (@AlpineF1Team) December 2, 2024
Vers 2025, et au-delà
Devenu remplaçant le temps d’un week-end, Jack Doohan a réalisé un Grand Prix moyen aux Émirats, et il sait ses jours en tant que pilote chez Alpine comptés. Il a derrière lui Franco Colapinto (Williams), impressionnant après avoir récupéré le baquet de Logan Sargeant, et Paul Aron, troisième de Formule 2 en 2024, nouveau pilote de réserve, et surtout… ancien pilote Hitech. L’équipe a également annoncé l’arrivée de Ryo Hirakawa, il y a quelques jours, en tant que pilote test et pilote de réserve, aux côtés de l’Estonien. Quelques heures plus tard, c’est Colapinto qui est annoncé comme troisième pilote de réserve. Si l’utilité d’avoir trois pilotes de réserve est questionnable, l’officialisation du départ de l’Argentin de Williams ne laisse pas de doute : il sera le prochain pilote Alpine si Jack Doohan ne performe pas rapidement. Nul doute du rapprochement avec Toyota et Hitech, mais la saison à venir sera déterminante, tant au niveau des performances, que pour l’entité légale et sportive de l’écurie.
En 2025, Pierre Gasly se devra de continuer sur sa très bonne lancée en menant l’équipe, afin d’éviter les pièges d’une saison précédant un changement de régulation et de moteur. Le Français a terminé la saison 2024 en grandes pompes, et malgré l’abandon à Las Vegas, les résultats sont prometteurs. Si Alpine veut s’améliorer, il faudra être compétitif dès le début de saison, ou a minima après quelques courses. Pierre Gasly n’ayant à ce jour aucune opportunité de rejoindre une top team, la perspective du développement d’Enstone est sa seule chance de se voir aux avant-postes dans les prochaines années.
Si Briatore annonce aux médias vouloir jouer les victoires dès 2027, la communication ultra-optimiste d’Alpine lui a souvent fait défaut. Seule une reconstruction de fond, telle que celle réalisée par McLaren, il y a quelques années, permettra d’atteindre les objectifs annoncés. Il faudra également miser sur les jeunes talents, Doohan, Aron ou Colapinto, pour être à la hauteur. Loin d’une espérance, des crashs réguliers ou un manque de vitesse clair pourraient mettre en péril les options de développement de l’équipe, surtout financièrement. En 2025 et au-delà, l’écurie devra s’imposer de manière claire si elle souhaite être à la hauteur de ses ambitions.


