Les faits divers du sport : Marc Cécillon et l’amour
Drogue, meurtres, prostitution… Ce n’est pas le lancement d’Enquêtes Exclusives, c’est le programme des « faits divers du sport ». Dans cette série d’articles, nous vous proposons de plonger dans les liens intimes que tissent police, justice et sports. Aujourd’hui, Marc Cécillon et l’assassinat de sa femme.
Marc Cécillon fait peur à sa femme
Il faut vivre avec lui, le Marco. Une femme dans chaque stade, un stade dans chaque bouteille. Pendant 24 ans, Chantal, son épouse, l’a supporté, lui avec ses tourments. Il a passé la vitesse supérieure, il rentre de plus en plus tard – quand il rentre – de plus en plus éméché. C’est devenu trop dur pour elle. L’homme qu’elle a aimé, qui a fait grandir un club jusqu’à en faire un européen, elle ne le connait plus. Il s’est effacé derrière l’alcoolique dépressif, accro aux médicaments. Le meneur d’hommes, le capitaine qui a élevé auprès de lui toute une génération de joueurs berjalliens, n’est plus qu’une loque qui écume les boîtes. Du moins celles dont il n’a pas été interdit. Marc Cécillon fait peur à sa femme.
L’homme est gaillard, 1 mètre 92 et 120 kilos, et il a l’alcool mauvais. Cet après-midi du 7 août 2004, elle n’a plus la force de faire semblant. Il lui propose un tour en moto, elle refuse. Elle sait que ça lui fait mal, mais ça ne lui fait plus rien, à elle, de lui faire du mal, à lui. Il part jouer aux boules au Bar du Lac, Dieu sait dans quel état il va rentrer. Chantal va chez les meilleurs amis du couple, les Berjuy.
Bamboula, bar déserté
Marc Cécillon joue aux boules toute l’après-midi. Pour une fois, il n’arrose rien. Il sait qu’il va retrouver ses amis pour une bamboula pas piquée des hannetons, il aura tout le temps de s’arsouiller là-bas. C’est ce qu’il fait quand il arrive, casque californien, tee-shirt noir et short beige. Chez les Bejuy, il enquille les verres près du bar déserté. Marc Cécillon a cette réputation de mauvais buveur. Tous ses amis le savent, sa famille lui a demandé de passer en désintox. Ces derniers temps, ça c’est aggravé. Il sait que sa femme est distante. Il ne sait plus comment combler le fossé qu’il se rappelle vaguement avoir creusé avec force verres, éclats de voix et gifles.
Chantal, elle, sait. Elle sait que c’est fini, que l’homme qu’elle a aimé par et pour le rugby lui a été volé par le rugby. Les troisièmes mi-temps que Marc Cécillon jouait sur 5 ou 6 périodes, la virilité promue au stade d’attribut magique. Surtout, l’abandon complet dans la nature quand le rugby n’a plus eu besoin de lui. Capitaine emblématique de Bourgoin-Jallieu, on a voulu lui faire avaler la pilule de la retraite en le recasant entraîneur-joueur en N2. Pierre Martinet, traiteur intraitable et Président, fait de lui l’ambassadeur du club et nomme une tribune en son nom. Une cage dorée pour un lion shooté et qui ne tourne plus très rond. Marc Cécillon dévisse. L’amour de sa femme aussi.
Bourre-pif et poignée de rugbymen
Chez les Berjuy, on a dressé une tente pour accueillir les 60 convives de cette soirée d’août. Marc Cécillon finit par s’y asseoir. Il est 23 heures, Babette, la maîtresse de maison, lui propose de le servir. Il la rembarre, se lève et, en face de sa femme, gifle Babette. Christian Berjuy, son meilleur ami et mari de Babette, le renvoie chez lui avec un bourre-pif et une poignée de rugbymen.
Est-ce parce qu’en frappant la meilleure amie de sa femme, Marc Cécillon était sûr de la perdre ? L’a-t-il fait parce que Chantal n’a pas pipé un mot de la soirée et ne l’a pas suivi quand il est parti ? L’alcool, la dépression et les médicaments l’ont-ils enragé plus que de raison ? Quand on lui demande pourquoi il a tiré 3 fois sur sa femme, Cécillon répond : « C’est l’amour ». C’est l’amour donc qui lui a fait prendre chez lui son 357 Magnum et revenir chez les Berjuy. Toujours l’amour qui parle quand il se plante devant sa femme et lui tire une balle dans la tête puis une balle dans le thorax et une autre dans l’abdomen, une fois à terre. Il faudra un pavé jeté dans son dos, une chaise cassée sur sa tête et une demi-douzaine de rugbymen pour maîtriser l’amour débordant de Marc Cécillon.
Les gendarmes sont appelés, ils arrêtent l’amoureux transi. Chantal est morte, Marc Cécillon est inculpé d’homicide volontaire.
« Quand on aime, on a toujours 20 ans »
Premier procès d’assises. Le jury condamne Marc Cécillon à 20 ans, le procureur en demandait 15. On disserte beaucoup sur l’impossible reconversion du bonhomme. Il fait appel et à Nîmes, assisté de Me Dupond-Moretti, le jury le condamne à 14 ans de réclusion criminelle. Céline et Angélique, les filles du couple Cécillon, et la mère de Chantal donnent leur pardon. Marc Cécillon est libéré en 2011, au terme de 7 ans d’emprisonnement.
Depuis, celui qui a été capitaine du XV de France à 5 reprises refait surface épisodiquement dans les médias et les tribunaux. D’abord quand il a poursuivi ses filles, coupables selon lui de mauvaise gestion des comptes familiaux pendant son incarcération.
Ensuite parce qu’il ne suffit pas d’un séjour en prison et de recevoir l’absolution de ses proches pour se soigner. En août 2018, il est arrêté dans les Pyrénées-Orientales où il a refait sa vie. Il passe en comparution immédiate pour une soirée alcoolisée qui a tourné au vinaigre dans une exploitation viticole. Marc Cécillon est lucide et reconnait que c’est l’alcool qui lui a fait perdre la tête. Il promet de se soigner.
Aujourd’hui, il n’a plus tellement le choix. Le tribunal l’a contraint aux soins et laissé libre. Libre de revenir lui-même ou de revenir à lui.



Alicia
24 janvier 2022 à 15h03
Etonnant d’écrire un article sur un féminicide et de parler d’amour à autant de reprises. Ca n’a rien à voir avec l’amour ça. C’est de la jalousie, de la possession, de la rage, de la frustration, de la haine… Mais c’est très loin de l’amour
Alvarez gérard
7 avril 2020 à 20h57
POUR MOI UN GRAND JOUEUR DE RUGBY LAISSER POUR COMPTE J4AI DISCUTER AVEC LUI EN AMIBIE LOR D4UNE TOURNER DES BLEU A CETTE époque il était mon idole maintenant j’ai 73 ans et il est toujours dans mes pensées