Dans les filets de la hiérarchie
Si la concurrence fait partie intégrante d’un groupe, celle au poste de gardien reste la plus singulière. La hiérarchie établie laisse, la plupart du temps, deux joueurs orphelins de temps de jeu dans l’élite. Sur le banc de touche de l’EA Guingamp, Marc-Aurèle Caillard et Kilian Le Roy le savent, ils passeront l’essentiel de la saison assis là. Entre travail et vie de groupe, comment les doublures gèrent-ils ce statut ?
Échange houleux entre le jeune Killian Le Roy et son défenseur Lucas Deaux sur le terrain d’entraînement de l’En Avant Guingamp. A deux jours d’un déplacement crucial à Marseille (1-0), l’effectif d’Antoine Kombouaré ne laisse passer aucune faille sur son gazon encore humide de la veille. A la suite d’une frappe, non contestée, le jeune gardien stagiaire de l’EAG réprimande, sur la pointe des pieds, l’un des cadres du groupe breton. « Dans ce genre de situation ce n’est pas évident, car la prise de parole est très dure quand tu es jeune, confie le portier de 19 ans. Dans ma façon de communiquer sur le terrain, il y a des choses que je dis quand j’évolue dans le groupe de National 3, mais que je ne me permets pas avec les pros : j’y vais avec plus de pincettes par peur de déranger ».

Killian Le Roy espère signer son premier contrat professionnel avec l’EAG à la fin de la saison – Le Télégramme
Qui veut prendre sa place ?
Même si l’intégration de Killian Le Roy dans le groupe professionnel guingampais n’est visiblement pas totalement acquise, le natif de Pabu se positionne désormais comme le gardien numéro trois du club costarmoricain. Un statut auquel il accède suite à la blessure de Denis Petric en Coupe de la Ligue, face à Montpellier (0-2), le 24 octobre dernier. Un imprévu profitant également à Marc-Aurèle Caillard, propulsé depuis sur le banc de la Ligue 1. C’est là toute la singularité de ce poste où le malheur de l’un fait, d’une certaine façon, le bonheur d’un autre. Y a-t–il pour autant une concurrence malsaine entre les portiers ? Pour Ronald Thomas, entraîneur des gardiens de l’EAG, c’est avant tout une histoire d’hommes. « Ce que j’attends d’eux, c’est de l’investissement et une relation positive avec le numéro un : le mettre dans les meilleures conditions même si leur objectif à terme est de lui prendre sa place ». Durant la séance d’entraînement, l’entente est parfaitement cordiale entre les deux remplaçants et Karl-Johan Johnsson, le gardien titulaire. Dans un français encore haché, le Suédois encourage et félicite les deux Français sur chacune de leurs parades. « La concurrence au poste de gardien est très spéciale mais elle n’est pas pour autant mauvaise, souligne Marc Aurèle Caillard. On s’écoute et on s’aide au fil des séances pour que chacun soit dans les meilleures dispositions le week-end. »

«On s’écoute et on s’aide au fil des séances pour que chacun soit dans les meilleures dispositions le week-end» M-A Caillard – EA Guingamp
Un mental à toute épreuve
La hiérarchisation des gardiens pose également la question du temps de jeu. Un casse-tête pour les clubs qui doivent allier progression et compétitivité de leurs doublures. « C’est très compliqué pour un jeune joueur de continuer d’avancer sans temps de jeu. » souligne Ronald Thomas. « Les séances d’entraînements sont essentielles mais à la longue le manque de rythme se fait clairement ressentir. C’est problématique car le poste de remplaçant exige justement d’être constamment prêt en cas de besoin ».
« Le match c’est la récompense. A la fin de la semaine si tu ne joues pas c’est frustrant. », confie Killian Le Roy. Cantonné au banc de touche, la hiérarchie installé met souvent le mental des remplaçants à rude épreuve. « Pour l’avoir vécu, je me souviens que, parfois, on a l’impression que l’on est moins estimé parce qu’on joue moins, explique l’entraîneur des gardiens. Aujourd’hui c’est un aspect dont je tiens compte dans ma façon de travailler avec eux ». Pour le jeune portier guingampais la force mentale semble indissociable à son poste : « Il faut être très rigoureux et ne surtout pas abandonner. Personnellement je me dis que les efforts que je fournis à l’entraînement ne sont jamais perdus ! ».


